samedi 22 avril 2017

chouchous



ils sont seize
à m'avoir fait confiance
à avoir demandé mon aide
à m'avoir confié leurs plus précieuses informations
à m'avoir écrit parlé lue écoutée
dont j'ai écrit le nom
calculé les revenus les dépenses les crédits
découvert les occupations les habitudes financières
pour qui j'ai créé des dossiers
que je tiens au chaud dans mon classeur verrouillé
et que je chéris comme la prunelle de mes yeux

ce sont mes nouveaux chouchous
ce sont mes clients

seize individus de tous âges
de toutes professions
et de toutes conditions
qui me font découvrir seize univers

il y a presqu'un an
yann m'avait dit que j'aurais du succès comme pigiste
car je savais faire tant de choses
je n'en espérais pas tant
mais je retiens souvent sa phrase
depuis la dernière année
elle me donne confiance lorsqu'il m'arrive de douter

je vous écrirai un jour un autre billet
sur l'indépendance financière
que beaucoup pensent que j'ai
et qui me permettrait de vivre mes passions
d'avoir fait le saut entre un emploi rémunéré
et les études à financer
ainsi qu'un travail autonome
je vous parlerai alors de l'indépendance
que j'ai acquise face aux choses financières
plutôt que de la possibilité d'arrêter
de générer des revenus
ce qui est totalement l'opposé de ma situation

mais elle est importante
cette indépendance
elle modèle mon esprit

car en fait des clients je n'en cherchais pas si tôt
alors que j'étais et suis encore dédiée
à la raison pour laquelle
j'ai laissé mon travail à temps plein
c'est-à-dire les études sept jours sur sept
je suis concentrée à me rapprocher de jour en jour
d'un titre professionnel que je trime dur à obtenir
d'ici deux ou trois ans
comme je l'ai dit à des amis jeudi
cette fois-ci j'aimerais bien ne pas mourir
avant de l'avoir obtenu

donc
cette indépendance
qui ne criait pas
je veux des clients
j'ai besoin d'un job
je veux des sous
elle me permet de rester cool

alors ils sont venus
un à un
parce que je n'étais pas pressée
parce que je savais ce que je faisais
et que j'avais le loisir de le faire ou de le refuser
je savais que si j'accueillais de nouveaux mandats
en février mars et avril
cela bousculerait ma session universitaire
qui se termine avec des examens
en même temps que la saison fiscale

alors j'ai mis mes limites
j'ai dit
voici ce que je sais et peux faire
et voici ce que je ne peux pas faire
avant le premier mai
et ils ont tous embarqué

et je les aime
j'ai été chanceuse
ils sont tous extras
je n'ai pas attiré de morons de malfrats de malhonnêtes
de névrosés de psychopathes de dramatiques

rien que des gens formidables

j'ai donc commencé à avoir des clients

j'ai appris en février mars et avril
qu'on ne peut développer une entreprise
que lorsqu'on croise le besoin d'un client
on ne peut pas créer une entreprise
on ne peut pas avoir cette vision mythique
si elle ne croise aucun besoin
tout reste théorique
tant qu'on n'a pas un service concret à offrir

c'est en lançant cette idée de faire les impôts
dans le bon timing
que les clients ont choisi de me faire confiance
ont décidé de changer de comptable
tu y penses
ils ont changé de comptable pour moi
en ne me connaissant pas
c'est fort une réputation
il y en a même qui ont décidé de me payer
pour faire quelque chose qu'ils faisaient eux-mêmes
et sans le vouloir
j'ai commencé de nouvelles et formidables relations
et j'ai même rentabilisé ma license de logiciel d'impôt
je me suis instruite encore davantage
alors que je n'en demandais pas tant

et oui cher ami yann
je vais avoir du succès
parce que je vais continuer à bien faire
ce que je sais faire
et surtout écouter mon coeur et mes capacités
à trimer à mon rythme
à vouloir être là
investir
bien servir
travailler avec des gens intéressants
qui triment aussi dur que moi
des clients responsables
qui payent et qui comprennent

vois-tu
je suis en lune de miel
je ne pensais pas que cela m'arriverait encore

i fully heart.


MERCI À TOUS POUR VOS COUPS DE POUCE LES BABES!!! XXX

samedi 15 avril 2017

last call



s'il y a une chose qui me rend
bête et méchante
c'est les losers

je sais
j'ai promis un certain jeudi
que j'essaierais de moins dénigrer
parce qu'au fond je ne peux pas juger des gens
qui suis-je
que sais-je d'eux

mais bon
quand il y en a vraiment trop au pied carré
je peux juste hurler ark
gang de losers

je sais
tu veux me tirer des roches
je suis une femme hautaine
tu ne me pensais pas comme ça
mais non
je suis une femme heureuse
je me tiens loin de l'échec
de la honte
de la mièvrerie

j'évolue parmi des gens positifs et équilibrés
qui font des choses
qui regardent et entendent autour d'eux
qui se lèvent le matin
qui ont des projets
des gens d'action
qui profitent de la vie

pas des gens qui se retrouvent
dans des bars miteux
tous les samedis depuis quarante ans
et qui écoutent de la bonne musique
seulement si on l'entend une fois par an
mais pas tous les samedis
alors que le deejay a le même âge qu'eux
pour leur rappeler le bon vieux temps
tu sais en mil neuf cent quatre-vingt-cinq

non la vie continue
et il faut continuer avec

pas écouter marjo milène farmer
pis niagara en boucles
pour oublier
qu'ils sont encore là
à consommer
à fuir la vie et chercher les chimères
qu'ils ont d'ailleurs déjà abandonnées
édentés d'avoir mal vécu
et sans dessein autre que de tenir une baguette de pool
et s'ils avaient pu
ils auraient la cigarette entre l'index et le majeur
dont la cendre tombe sur le tapis de billard
parce qu'ils la tiennent en même temps que la baguette
ceux-là même qui n'ont aucune conversation
ceux qui te font baisser la tête
lorsqu'ils te passent devant parce qu'ils sont tellement pleutres
parce qu'ils n'ont pas changé d'un iota
depuis deux mil huit
ceux qui portent des souliers laids et usés
et dont les visages n'ont aucun relief
les losers
tu sens mon dédain
et tu me hais d'être vile

on a récemment reparlé
d'une des plus ancienne performance
de marina abramovic datant des années soixante-dix
où elle se tenait debout pendant des heures
pendant que les spectateurs pouvaient disposer de son corps
comme ils l'entendaient
ayant à leur disposition différents objets

après un certain temps
les gens sont devenus cruels et humiliants
la blessant physiquement autant que psychologiquement
par la suite elle a marché parmi eux
et peu d'entre eux pouvaient la regarder dans les yeux
ayant honte de ce qu'ils avaient fait

je ne veux pas voir les losers
savoir que si j'étais parmi eux
je m'abaisserais à leur niveau
ça me rend méchante cruelle et inhumaine
je ne veux pas penser que si je me tenais là
je deviendrais comme eux
ils voudraient me séduire
et je n'aurais plus la force de fuir

hier nous parlions des gens malheureux
ceux qui commettent des délits honteux
parce qu'ils ont besoin d'amour
parce qu'ils veulent de l'attention
l'homme-chat en sage vénérable
disait que nous étions tous un peu comme ça
que nous l'exprimions chacun à notre façon
ce grand besoin d'amour
alors je te le dis
mieux vaut le crier haut et fort
créer des choses belles et douces
te trancher les veines sur une scène
faire de la poésie du punk militer
que de marcher la tête entre les jambes
tellement insignifiant
que tu te lèches les couilles

ne sois jamais
au grand jamais
un crisse de loser
un estique de nul
sois unique heureux malheureux
en quête de
mais sois fier
lève-toi

ressucite bonyienne
c'est pâques simonac!


samedi 8 avril 2017

écrire l'autre



le salon du livre de québec bat son plein
avant ça il y a eu des lancements
des auteurs et auteures parmi mes amis
beaucoup d'auteurs
pleins de coureurs
comme si l'un allait avec l'autre

le salon du livre du québec
ouvre également la saison de course
celle où tous à part les vikings de l'hiver
sortiront dans leurs tits kits serrés

depuis murakami
l'auteur est coureur
d'ailleurs les auteurs ne sont pas que des coureurs
ils sont des coureurs de fond
des endurants
ça prend la même discipline
est-ce complémentaire ou renforçant
je n'en sais rien

je ne possède pas la discipline
du coureur de fond
fournir un effort continu
pendant de longues heures
m'a toujours été difficile
je ne possède pas non plus
l'art d'être auteur

je parle d'écriture ce matin
car lorsque je lis tant de fabuleux romans
je me demande encore
si un jour j'en serai capable

j'ai beaucoup envie d'écrire
et je me dis tout le temps que ce sera facile
le jour où je m'y mettrai
puis quand je commence à penser à un début de
je suis à la même place
que lorsque j'ai débuté mon bac' en compta
avec tout à apprendre
à ne rien savoir

ça m'a flashé ce matin
je ne sais pas faire la fiction
je n'écris pas sur les autres
peut-être devrais-je commencer à le faire
cela me permettrait d'utiliser
le je moins souvent
et de voir évoluer des personnages

je ne sais écrire que mon journal intime
je ne sais que io i je uo

peut-être devrais-je m'astreindre à mieux courir
en réfléchissant à écrire

encore
encore travailler
j'avais cette idée romancée de l'écriture
celle du talent inné
celle de liz gilbert disant
que l'histoire passe par l'auteur
mais trouvera sa voie pour s'exprimer
et qu'il faille juste être assez sensible
pour trouver le fil

j'aimerais me faire hypnotiser
trouver le début de la bobine
le mot
elle
lui
un jour
ici
là-bas

bref tu comprends
je vais aller faire quelques devoirs
me calmer le pompon
et courir pour la fondation pour l'alphabétisation

chacun sa place dans l'univers.


samedi 1 avril 2017

entrevue



le week-end dernier je lui ai demandé
s'il pensait qu'untel était amoureux d'unetelle
ou s'ils ne faisaient que former un couple
une cellule fonctionnelle

il a trouvé ça étrange comme question
il n'avait jamais pensé à l'absence d'amour
il m'a dit qu'il pensait qu'il l'aimait
j'ai voulu me rassurer en lui demandant s'il m'aimait
il m'a répondu oui

mardi j'ai eu peur qu'il me quitte
je crois que cela ne me soit arrivé
que deux fois en seize ans
c'est trop peu

c'est angoissant quand ça arrive

j'ai eu ce guts feeling au nord de mes entrailles
toute la journée enfermée dans une tour du centre-ville
je le sentais
je ne voulais pas lui écrire
il était occupé
c'était sa fête
il avait tant besoin de liberté

hormis son anniversaire
il n'y avait rien de spécial
pas d'escarmouche
pas de malentendu
rien qui puisse mettre
un iota de nuage dans notre vie idéale

juste cette impression
qu'il voulait partir

en sortant du boulot pour aller
à notre date où il ne savait pas s'il serait présent
à cause de l'heure inconnue de son rendez-vous
avec un enième contracteur pour nos sheds
je me suis transportée cinq minutes
dans son âme et son coeur
de jeune garçon
et me suis vu fuir cette vie
cette vie calme et rangée
où tout va si vite
où l'on doit exécuter des gestes
pour ne pas lâcher
où l'on a des projets
et où l'on se repose
cette vie qui exténue
mais où l'on donne tant
parce que c'est le temps de donner
cette vie où l'on s'imagine déjà dans le futur
à south beach ou à la campagne
avec des acres de bois
du feu partout des chiens et des chats
cette vie faite de travaux
de gâteaux de vaisselle de bouffe
de vidanges à sortir
de locataires à gérer
de devoirs à faire
de voyage à booker

cette vie

s'enfuir

quitter

notre cellule fonctionnelle

j'ai eu un haut le coeur dans le métro
qui m'a humecté les yeux
en enflammant mes joues au passage
j'avais une mini peine d'amour
j'avais la chienne
j'avais une peine d'ego

s'il partait
ce serait ma faillite
mais je savais aussi que non
s'il partait
ce serait parce qu'il veut autre chose
une autre vie

et je me suis demandé
comment je pouvais l'aimer autrement
que de la façon dont je l'aime depuis seize ans
il y a pourtant tant d'amour
d'affection de respect de sollicitude entre nous
il y a de la tendresse et du bien-être
il y a du confort du rire
de la grande amitié
il y a de la passion à nos heures
c'est mon meilleur ami
c'est mon complice

comment donc l'aimer autrement

il n'est pas parti
il est venu au rendez-vous
la vie a repris son cours

comment ferais-je donc
pour que parmi toutes
il me choisisse encore
il me faut passer cette entrevue
et la passer encore
chaque jour comprendre entendre
séduire aimer émerveiller

avoir peur de perdre.

samedi 25 mars 2017

fugacité



ma vie est un embranchement
un réveil ignorant
fruit du seul hasard
fonçant vers la mort
en ne sachant pas plus
où mène l'autre route

ma vie n'est pas bataille
elle est une suite de gestes
des rituels insensés
qui escamotent la beauté

ma vie est aveugle
elle a si peu de temps
pour attraper l'essence
les effluves organiques
l'héritage
la civilisation
la science
la technologie
la littérature
l'art
l'architecture
et la mathématique

ma vie ne sait pas où aller
elle sait seulement avancer
avec des indications abstraites
une voix qui lui parle
d'abysalles entrailles

ma vie ne sait rien des autres
elle est un peu superflue
elle ne se lie ni aux fleurs
ni aux parfums de celles-ci
quand par hasard elle s'arrête
pour contempler ses semblables
ma vie sourit mais sans savoir

elle n'a pas d'existence
elle est diaphane
elle va disparaître
sans grand souci ni dégât

ma vie passe
elle est sans conséquence
rien ne sert donc de l'alourdir
avec de graves importances.


samedi 18 mars 2017

la ferme



je me demande ce qu'être fermé le samedi
a en commun avec la ferme
d'ailleurs il n'y a pas de lion à la ferme
il faudrait que je fouille dans antidote
ou wikipedia y a-t-il encore un larousse
je veux dire en ligne tu sais
qui m'expliquerait l'étymologie
du verbe fermer

il n'était pas question de fermer ce matin
sous prétexte de me lever tard
ou de manquer de choses à dire

j'ai une certaine fierté à tenir ce blogue
et à y pointer régulièrement
comme à la ferme où tout est orchestré
comme un ballet russe
malgré les aléas de la nature
mais réglé quand même au quart de tour
à la technique pomodoro

donc pas question de fermer ce matin
loin d'être une obligation une cassure
le fait de coucher dans l'univers une centaine de mots
pendant une heure le matin
est plutôt une hygiène de vie
une façon de tisser des liens
là où on n'en verrait pas normalement
le fait de tracer un sentier
dans le champ allant de l'étable à l'écurie
juste du fait d'avoir mis le pied
dans une mare bouetteuse

il faut y être
just show up qu'ils disent
ensuite on verra

il y a toujours au hasard de l'action
un embranchement
comme les très beaux de pierre-léon
ceux qui nous sont encore inconnus
une chatte qui accouche dans l'étable
des oeufs chaudement pondus
ou de la sève qui coule

la ferme
non
on ne la ferme pas
pourquoi donc
plutôt que d'être béant à la vie
à la nouveauté et aux pensées modernes
qui ne sont pas nécessairement enrichissantes
mais toujours symptomatiques
de l'air du temps
lécher son index et le lever
sentir le zeitgeist
puis le tremper dans la crème

j'ai essayé d'être ouverte hier soir
et d'apprendre les nouveaux mots
que les convives prononçaient
lorsqu'ils m'expliquaient l'existence
de groupes auxquels appartenaient
des gens qui prenaient des positions plutôt radicales
mais je ne me souviens même pas des termes utilisés
j'étais un peu fascinée mais plutôt fatiguée
j'ai décidé que je m'y fermais
et qu'il n'y avait là pour moi aucun intérêt
rien qui vaille de mon temps chronométré
ni même errant
rien qui puisse me faire évoluer
pour les cinquante années qu'il me reste à pointer
du coup je me suis sentie vieille
comme quelqu'un qui s'était fermé
et qui à défaut de savoir ce qui se passait
s'était retranché dans ses convictions
et qui serait rapidement dépassé

je me suis dit que ces phénomènes
étaient marginaux et si spécifiques
qu'ils ne valaient pas la peine
qu'on ne peut pas tout savoir
mais voilà le hasard ne les a pas mis sur ma route pour rien
il faudra que j'en comprenne un peu plus
des gens vont naître et vont mourir
et pas juste naturellement
il y a beaucoup de haine ces temps-ci
on disait que les réseaux sociaux la nourrit bien

la vie suit son cours
mais prend des fois des chemins un peu sombres
dans l'univers des humains
elle leur fait dire des choses cruelles
penser des aberrations qui divisent plutôt qu'unissent
il faut savoir que ça existe
comprendre même superficiellement
ne pas rester fermé à ces réalités
mais pas que

il faut aussi continuer à vivre
en restant connecté
avec le plus profond de soi
ce qui est biologique
et spirituel
pas ésotérique
mais spirituel dans l'essence de nos vies

au moins les moutons les brebis les cochons
et autres trucs qui groinent
les plumés qui piaillent
ils ne racontent pas la haine
ce n'est pas à eux que l'on crierait
la ferme!

samedi 11 mars 2017

femina


polly jean harvey

je suis une fille je suis une femme
j'ai peigné pleuré peiné
me suis parfumée
j'ai séduit j'ai enfanté
j'ai nourri j'ai aimé
j'ai travaillé
j'ai jardiné décoré enjolivé
j'ai illuminé et donné

je suis une fille je suis une femme

depuis toujours j'ai évolué
parmi les filles et les garçons
les femmes et les hommes
dans la lumière et non dans l'ombre
dans une vie ouverte et bienveillante
avec le port altier
et la dégaine d'une rock star

je n'ai jamais souffert de mon sexe
les hommes ne m'ont jamais intimidée
ni écrasée ni violée
je n'ai donc jamais senti le besoin
de me battre pour faire valoir mes droits
ne me sentant pas diminuée
par rapport à eux

je dirais même que j'ai passé
une grande partie de ma vie
sans avoir grande conscience
de la condition féminine dans la société
proche moyenne ou lointaine

jusqu'a récemment
j'ai pensé que le combat féministe
était un combat ancien
très digne d'avoir été mené
de la même nature que les soldats canadiens
avaient donné lors de la deuxième guerre
un combat du passé envers lequel
j'étais reconnaissante

l'air ambiant me dit qu'il en est autrement
que plus je m'intéresse aux autres
plus je comprends que la majorité
n'est pas aussi privilégiée
qu'il y a de la violence et de la hargne
qu'il y a d'importants clivages
et j'haguis les positions sectaires
les retranchements sociaux

en mûrissant avec les années
je sais que mon être intérieur refait surface
je comprends que la vie a un sens
je le sens dans mes tripes
les parties profondes de mon identité
être une fille être une femme
être chinoise être mère
être une artiste être travaillante
se manifestent et veulent se camper
je ressens le besoin de définir ces identités
de les comprendre et les appréhender
d'une manière universelle

peut-être parce que je suis rendue là
j'ai reçu
je redonne

mais je ne vais pas crier
ce n'est plus le temps de crier pour moi
c'est le temps de faire du bien
parce que les femmes font le bien.


samedi 4 mars 2017

dossier complet



je veux me faire exorciser
le gène de l'abandon
celui qui me fait mourir en plein coeur de l'action

mais en douceur siouplait
avec effluves de lavande
et sans que je reste poignée
sur le sillon du disque où ça fait mal
où c'est douloureux
où je découvre un morceau de moi
qui soit vraiment honteux
et que je veuille abandonner
mes cinquante prochaines années

je ne voudrais pas non plus me faire soigner
et devenir demain une superachiever
qui ne pense qu'à tout terminer
et à gagner à n'importe quel prix
qui ne dort plus et devient ultracompétitive

le gène de l'abandon
oui celui qui vient me chercher
chaque fois que l'effort me coûte un peu plus cher
celui qui me fait révolter dès que je n'aime plus ça
celui qui me fait arrêter de courir en plein entraînement
des fois même en pleine course
la voix qui me dit d'abandonnner les études en beaux-arts
parce que je ne serais pas aussi bonne
que ceux qui m'entourent

vous savez ce dont je parle
vous l'avez lu dans le portrait de châtelaine
qui se termine sur ce fameux trait de caractère

celui qui permet de mettre en relief un regret
ce à quoi j'ai renoncé

quand je cours
ce gène de l'abandon me défie
je ne comprends pas pourquoi je n'arrive pas à le vaincre
d'où il vient et pourquoi il est en moi
il me cause un trouble de l'opposition
me met en colère contre tout encouragement
ne reviens pas en arrière me chercher avec une tape sur l'épaule
je vais t'envoyer promener même si tu as les meilleures intentions
si j'en ai envie je vais abandonner
et du coup la seule issue possible est l'abdication
la carotte n'est pas assez grosse
pour l'effort que cela me demande
il n'y a aucune conséquence négative
je n'ai pas de gun s'a tempe
alors je choisis souvent l'alternative
de fuir de partir de faire autre chose
plutôt que de me forcer et de terminer

je finis quand même plein de choses
et pas juste mes assiettes
mais je n'ai pas un parcours parfait
et même si ces abandons ne me dérangent pas
dans l'ensemble de ma vie
j'haguis m'avouer faible
et j'aimerais franchement
être capable de courir et de me dépasser
sans me rappeler tout le temps
que je suis une lâcheuse

sans me remémorer ces dossiers incomplets
mon bac en beaux-arts
mon permis de moto
les deux années à faire plein d'argent
pour l'entreprise ontarienne
mon triathlon mon demi au scotia deux mil seize

j'aimerais me débarasser de ce caractère infantile
du ça me tente plus de jouer
j'abandonne
je donne ma langue au chat
je vaux mieux que ça

je veux faire un rebirth
et comprendre pourquoi je suis si douillette
et que si tu me pousses le moindrement
je veuille te tuer
pourquoi comme la chatte dont on tire la queue
je deviens méchante
c'est pas fin ni pour moi ni pour mon entourage

je ne suis pas de nature à l'introspection
et à fouiller en dedans
comme tout le monde j'ai mes bébites
et je ne tiens pas à les remuer
je fonctionne très bien dans l'action
et suis mentalement équilibrée

mais ça me ferait du bien
parce que ces temps-ci
ces unfinished qui m'envahissent
m'emplissent d'urgence de colère et d'aigreur
pis dieu sait que ma vie n'a pas ce loisir-là.


samedi 25 février 2017

chérir



quand tu viens chez nous
c'est beau
c'est pas laid
c'est pas anodin
c'est beau
c'est pas le tapis
c'est pas la lampe
c'est pas le foyer
tu ne sais pas ce que c'est
mais c'est beau

c'est beau parce que j'ai décidé
que c'était beau
que la laideur n'existait pas
que les détails se pouvaient
et que l'ensemble doit être aimé

un de mes anciens amoureux me disait
que lorsqu'on a le choix
on devait choisir la beauté
plutôt que la laideur

entièrement d'accord
c'était dans mes cordes

je ne supporte pas la laideur
à vrai dire je ne la vois pas
c'est pour ça que tu aimes ça chez nous
les accidents de réno
de peinture de cadrage
de niveau
ils sont beaux chez nous
parce qu'ils côtoient le reste
ils fréquentent les objets choisis et chéris
parce que tout est aimé

tu te sens bien quand tu viens chez nous
quand tu manges ma soupe
ou que tu portes mon hoodie
dans le sous-sol lorsqu'il fait déjà frais l'automne
parce que c'est naturel
c'est comme l'homme comme le chat
comme le couteau de cuisine
comme le poulet au four
comme le lion décrissé en avant
comme les feuilles mortes pas ramassées
comme le gazon jauni
comme les cheveux qui trainent par terre
dans la salle de bain
comme les taches sur le miroir pas toujours astiqué
ça baigne dans une aura de volupté

tu aimes ça chez nous
parce que je m'y sens bien
parce que nous y occupons l'espace
nous le meublons des pensées que nous aimons
des livres que nous avons lus
des toiles que nous avons regardées
des images qui nous sont offertes
des cadeaux qui nous sont donnés

tous les jours mon regard s'arrête et aime

rien n'est drabe ni laid
les lustres qui ne portent pas le bon doré
aux deux tons qui jurent dans la salle à manger
je les dépoussière les astique
et je finis par les aimer
comme des oeuvres abandonnées
qui ont le droit d'exister
chez nous

chaque détail reçoit ma contemplation
partout
depuis toujours

la lumière tricolore au coin de la rue
la pente du trottoir
les affiches et les graffitis aléatoires
les traces que mes pieds font dans la neige
les allées d'épicerie trop éclairées du marché chinois
le parquet presque luisant de notre corridor
les planches de chêne mal clouées au rez-de-chaussée
le cercle de peinture écaillée au plafond
les dessins et sérigraphies des fils
les cadres aux fils d'or
les dizaines de miroirs
ramassés sur les trottoirs de la ville

je trouve belles les poignées d'armoires
autant que les cuillers et les fourchettes
les tasses écorchées
et les vieilles bouilloires
je bichonne les objets
je les lave les astique les utilise
comme je contemple les fenêtres des appartements
de l'autre côté de la rue

j'aime quand la laideur se présente
le trash le rock l'incohérence
ils me font visite de temps à autre
et cherchent leur place dans l'univers
qu'ils finissent toujours par adopter
et où ils aiment se lover.

samedi 18 février 2017

interprétation libre




ah oui johanne j'aimerais bien
avoir la tête pleine d'idées et de mots
à vous livrer sur papier velin
chaque samedi matin

des fois j'ai l'impression d'avoir fait
cent mille fois
le tour de la question

je vous prends donc un peu d'inspiration
pour ma matinale interprétation

je crois nathalie que les chiffres sont importants
surtout lorsqu'on oublie de convertir
des degrés celsius en farenheit
car on risque d'essuyer un fâcheux échec
en exécutant une recette pour le gâteau sous la cloche
et de se retrouver avec une pâte molle
alors qu'on tente d'élever une meringue

un jour j'écrirai que j'aime les chiffres
ils traduisent dans un même langage
tant de réalités différentes
des concepts abstraits
que nous ne pourrions autrement
comparer mesurer ou relativiser

j'aime les chiffres
mais dans l'inspiration
j'aime bien entendu mieux la tarte au citron
carinne je ne l'ai pas encore mise au menu
alors que j'opterai lundi pour un marbré classique
vous savez ce genre de gâteau facile
qui m'évitera un autre cuisant
et je ne le répéterai pas deux fois
ce mot débutant par un e par un é même dirais-je
que sophie m'a hasardeusement déniché
car tellement j'abhore faillir

mais je ferai plaisir bien entendu
à ma princesse comète blonde
qui me suggère de vous chanter recette
qui comptera des chiffres
cependant ici en lettres

la recette donc
de la tarte au citron meringuée

comme il faut la réfrigérer
de sept à huit heures
ne la préparez pas à la dernière minute
mais plutôt la veille
surtout si vous recevez votre amant pour son anniversaire
dans lequel cas vous serez pris à baiser en cuisinant
parce que ce ne sera jamais prêt à temps

ok je vous ai perdu
revenez donc à la tarte au citron

merci

en bon élève vous serez outillé
d'un plat à tarte de neuf pouces de diamètres
d'un four chauffant en degrés farenheit ou en celsius
en autant que vous ayez une tête pour choisir
un réfrigérateur pour tout refroidir
un batteur électrique et un fouet manuel
quelques cul de poules
des tasses à mesurer à profusion
des cuillères de toutes tailles
de la fougue et de la bonne humeur
et des lunettes de lecture pour si

la croûte nécessitera
une tasse de farine
trois cuillères à soupe de sucre
une pincée de poudre à pâte
six cuillères à soupe de beurre froid coupé en dés
et un oeuf

il vous faudra réchauffer le four à quatre cent degrés
vous devinez que ce ne sont pas des celsius
ce seront donc des farenheit

mélangez au robot ou avec ce qu'il faut
tous les ingrédients secs puis ajoutez le beurre
et mélangez jusquà ce que la texture soit sablonneuse
mais pas bitumineuse
ajoutez l'oeuf pondu par la poule
et mélangez jusqu'à
ce que votre pâte soit granuleuse
prenez un temps d'arrêt et admirez
votre travail

sortez votre plat à tarte
que vous n'aurez pas besoin de beurrer
car devinez quoi
votre pâte contient assez de gras
pressez-la de vos doigts dans le fond
et sur les bords du moule
enfournez cette coquille pour vingt-deux minutes
soyons précis de grâce
et sur la grille du milieu pardieu
jusqu'à ce que la croûte soit dorée

en sortant la croûte du four
baissez la température à trois cent cinquante degrés
de la même race
pour tantôt vous verrez

comme il s'agit d'une tarte au citron
vous allez créer une garniture au citron en utilisant
une tasse et quart de sucre
un quart de tasse de fécule de maïs
quatre jaunes d'oeufs
gardez vos blancs pour la meringue qui suivra
le zeste râpé de deux citrons
le jus pressé de quatre citrons ce qui en fera trois quarts de tasse
une tasse et quart d'eau
deux cuillères à soupe de beurre

dans une casserole hors du feu
mélangez le sucre et la fécule de maïs
à l'aide d'un fouet incorporez-y les jaunes d'oeufs
puis le zeste et le jus de citron
ajoutez l'eau et portez à ébullition
laissez mijoter environ une minute
vous devinez que cela épaissira
un quart de tasse de fécule de maïs ma foi
retirez du feu
recouvrez-en la croûte de tarte
puis recouvrez la garniture de papier cellophane
et trouvez une place au frigo pour la laisser tiédir
à cette étape prenez réellement le temps
de faire une belle place au frigo
car votre tarte y passera tantôt
un plutôt long séjour
faites ça comme il faut please

vous entamerez la meringue suisse
pour décorer le tout
et vous fabriquerez cela avec
quatre blancs d'oeufs ceux pondus par la poule
dont vous avez déjà battu les jaunes en garniture au citron
dans l'étape précédente mais revenez ici
trois cuillères à soupe d'eau
une cuillère à thé de fécule de maïs
et trois quarts de tasse de sucre

dans le bain-marie d'eau frémissante
mélangez l'eau et la fécule de maïs
et cuisez jusqu'à épaississement
en remuant gaiement du fouet
retirez du bain-marie pour incorporer
les blancs d'oeufs et le sucre
puis rechauffez le mélange doucement
pour dissoudre le sucre
pendant environ une autre minute
à ce stade-ci je vous mets au défi
de voir sans vos lunettes si le sucre est bien dissout
retirez le bol du feu
et battez au fouet électrique
jusqu'à l'obtention de pics semi fermes
ne les comptez pas
les chiffres ne sont pas ici le sujet chère francine
il n'y a pas d'autre sujet que de regarder
toucher et sentir si les pics de la meringue sont semi fermes

faites-vous plaisir en recouvrant la tarte
du mélange meringué
puis enfournez à nouveau
à trois cent cinquante degrés farenheit
pour quinze minutes
jusqu'à ce que la meringue soit bien dorée

rappelez-vous que dans cette recette
la pâte doit être dorée
la meringue doit l'être également
mais la garniture au citron
sera quant à elle jaune bien jaune
même si vous ne la verrez la prochaine fois
que lorsque vous trancherez votre première tranche
mais jamais au grand jamais
sans avoir préalablement réfrigéré votre tarte
plusieurs heures qu'il faudra bien compter
car il en faudra de sept à huit
dans cette jolie place que vous lui avez préparée
au frigo entre le céleri ramolli
et la pinte de lait vide

je pense que vous avez terminé
mais si vous n'avez pas encore commencé
et que les nombres épelés vous irritent
je vous offre la recette du grand ricardo
rédigée avec expertise pour une exécution sans faille ici
pour les compteux que vous ne savez pas que vous êtes.