samedi 20 août 2016

la vie c'est comme si



okay si ça peut vous faire plaisir
disons que je suis chanceuse

ben oui
chanceuse d'avoir eu des parents
qui m'ont inculqué la valeur du travail
qui m'ont appris par l'exemple
que tout job était bon à faire
sans hiérarchisation en toute humilité
même la restauration ou le marché aux puces
après un doctorat en sciences politiques
même après une carrière en diplomatie
chanceuse d'avoir eu une maman
qui a trimé et donné sans arrêt et qui a obtenu
une licence d'enseignement à soixante ans
et fait une immersion de quelques mois au mexique
pour apprendre l'espagnol dans la cinquantaine
chanceuse d'avoir une soeurette
qui a changé d'orientation pendant l'université
pour suivre sa voie même si elle rallongeait ses études
chanceuse d'avoir un frérot
qui n'a jamais été à la solde des intérêts commerciaux
et qui a pratiqué son métier dans la plus pure perfection
chanceuse d'avoir eu des parents asiatiques
qui m'ont permis d'étudier en arts
et non en pharma ou en dentisterie
chanceuse d'avoir lâché l'école à vingt ans
pour mieux reprendre à vingt-huit
à quarante-trois et même à quarante-huit

chanceuse d'être en bonne santé
chanceuse de savoir lire et écrire
et même de savoir compter
vous y pensez
chanceuse de continuer à apprendre
chanceuse de vivre avec un homme
qui accepte sans juger
chanceuse d'avoir commencé à travailler
dans une industrie pleine de cash
qui m'a donné le goût d'en faire
et m'a permis d'acquérir quelques biens
que je ne pourrai possiblement plus acquérir demain
chanceuse de vivre à cette époque
où tant de femmes et d'hommes
ont tracé le chemin
de toutes les possibilités en toute liberté
chanceuse d'avoir étudié pendant dix-sept ans
à temps partiel en travaillant
chanceuse d'avoir fait payer mes études
par mes employeurs grâce à de bonnes notes
chanceuse de savoir encore réfléchir
chanceuse d'avoir fait des bébés
pendant que mes pairs vivaient leur jeunesse
et de ne plus avoir d'enfants à ma charge
alors que je suis encore en forme
chanceuse d'avoir confiance en la vie
et de ne pas avoir peur de me tromper
chanceuse d'être optimiste
chanceuse d'avoir payé mon char
et d'espérer compter dessus encore un an
chanceuse d'aimer les huîtres
chanceuse de ne pas avoir d'orgueil
et me dire qu'au pire je lâche l'école
et je me cherche une job
car si j'ai pu le faire à vingt
je sais certainement comment à cinquante
chanceuse de savoir que comme tous je mourrai
et deviendrai poussière
chanceuse de vouloir tellement faire des choses
que je les fais
chanceuse de pouvoir décomposer la vie
en toutes petites étapes pour entreprendre chaque chose
chanceuse de savoir que la vie
c'est tellement plus grand que moi
et que la vanité c'est tellement juste du luxe
chanceuse de ne jamais dramatiser
et de me dire que je ne suis tellement pas grand chose
qu'il ne sert à rien de m'énerver avec tous ces paradigmes
chanceuse d'avoir le sens de l'humour
chanceuse de rayonner positivement
et d'avoir des encouragements
et de l'influence
chanceuse de toujours vouloir plus
de vouloir aller plus loin

et d'y aller

oui vous avez bien raison
pour pouvoir me réinventer sans cesse
et avoir du plaisir dans la vie
pour décider de changer de route de temps à autres
il me faut surtout de la chance comme vous dites

mais je vais vous confier ceci
j'y mets pas mal de bonne foi
et une bonne dose de sueur quand même!

(ok go,je vous laisse là
m'en vas recommencer ma vie
but don't you worry babe
cause it's only mountains).

samedi 13 août 2016

home sweet home



j'aime ma maison
la mienne pas comme dans ma possession
ou celle de la banque ou du propriétaire ou celle que je paye
ma maison
comme dans celle que j'habite

lorsque nous sommes rentrés de voyage hier
et que nous avons pénétré ses aires
elle sentait le renfermé
l'air n'y avait pas circulé depuis deux semaines
pas plus que l'eau que l'homme-chat a repartie tout de suite
il n'y a pas eu âme qui vive
voix d'homme de femme d'enfant ou de chat
qui ait résonné en ses murs
depuis trop longtemps

j'ai hâte d'avoir le temps de la prendre
qu'elle m'habite à son tour

lorsque j'étais enfant
les lieux m'habitaient
dans mes rêves les lieux m'habitent encore
petite je m'y assoyais je les contemplais
je les touchais je m'y ennuyais
depuis que je vis ici
la maison ne m'habite pas
je n'ai pas eu le temps
nous avons rénové nous avons emménagé
nous avons rénové encore et loué et géré
mais je n'ai pas encore eu le temps
de m'asseoir à terre
dans chacun de ses recoins
de toucher et d'embrasser
le plâtre sur ses murs
de palper amoureusement ses longueurs de boiseries
de me coucher sur ses parquets
non je n'ai pas encore eu le temps
de sentir son odeur
de connaître les rayons de soleil
lorsqu'ils entrent à telle heure dans le salon
ou dans la cuisine

dès septembre je passerai plus de temps
dans ma maison
le jour comme le soir
et je me laisserai imprégner
de cette structure qui n'est pas bénigne
de ces volumes enveloppants
de ces matériaux nobles
de cet air nourricier

bientôt ma maison sera plus que l'hôtel où je dors
où je me ressource pour repartir
elle sera mon foyer et le réceptacle
de mes amours et mes passions
j'en prendrai soin comme elle le mérite
j'en décaperai la porte et les fenêtres avant
je referai ses balcons
je lui ferai un parterre de fleurs
je la ferai belle et elle sentira bon
je la dorloterai et l'aimerai
comme tous ceux qui l'ont habitée
et j'y resterai pour encore quelques années.

samedi 6 août 2016

am i not your girl



je lisais hier un billet de glennon doyle melton
relayé par elizabeth gilbert
où elle révèle sur son blogue
qu'elle vient de se séparer
et elle fait part du combat qu'elle a eu
à savoir si elle allait ou non le dire à ses lecteurs
alors qu'elle était en train de publier
son dernier livre portant sur le mariage
il y avait la question débattue de la stratégie marketing

toute vérité est-elle bonne à dire

je parle bien sûr dans un contexte professionnel
pas de la question de jugement lors d'une conversation

je me suis posé la même question hier
par rapport à moi-même
alors que j'étais en train de créer un blogue d'affaires
avec le même identifiant que mon blogue personnel
et le même donc que mon blogue érotique
je me suis demandé si le lectorat visé était le même
s'il était judicieux de cacher
cette partie de mon identité ou de la révéler
bref comment j'allais gérer mon image

lorsque j'ai fait le choix cette année
de retourner aux études et obtenir un titre professionnel
j'ai aussi décidé de m'affranchir de certaines contraintes
je remarque avec le temps que chacun est une personne entière
avec des goûts et intérêts variés
et que le fait que je sois multiple
que j'aime les arts les lettres autant que les affaires
que j'aime les cocktails les fleurs les voyages le sport
le bénévolat et le cul
n'est pas quelque chose qui m'est exclusif
mais tout le monde n'en parle pas ouvertement

et d'ailleurs est-ce pertinent

mais
il y a ce désir d'authenticité
mêlé à mon expérience
qui me dit
oui je peux continuer à dire et à m'exprimer
vous me connaissez ce n'est pas comme si j'allais arrêter
mais avec un peu de finesse et de stratégie
continuer à penser où et comment le faire
quelle démarcation appliquer entre le professionnel et le personnel
même si je la veux de plus en plus invisible

pour ne pas me compromettre
pour ne pas tout ruiner
parce que le jugement
ça continue à exister
et ça va peser pour toutes les années à venir.

si le coeur vous en dit, jouez sinead et lisez glennon.

samedi 30 juillet 2016

allegro vivace ma non troppo



il me semble qu'on arrive tard dans la vie
à se rendre compte de notre finitude
de la mort inéluctable
faudrait introduire une date de péremption
on serait plus efficace dans la vie
on accomplirait des choses
on arrêterait de niaiser

cent quatre ans
ce n'est quand même pas si loin que cela
enfin ce n'est certainement pas l'éternité
ce sera dès le dix-neuf octobre
treize mille deux cents jours ouvrables
si je me fais quatre semaines de vacances par année
en travaillant huit heures par jour
chu mieux d'aiguiser mon crayon
pour réussir à y ployer tout ce que j'ai envie de faire

ainsi donc
des fois il faut prioriser
comme je veux mon titre comptable
avant l'âge de cinquante-cinq ans
j'ai décidé de ne plus étudier à temps partiel
mais d'étudier à temps plein
on change de régime
on inverse l'emploi du temps

mardi neuf heures trente patrimoine et collections
c'est pas en compta c'est pour changer d'air
et faire un peu de muséologie et diffusion de l'art
mardi quatorze heures gouvernance
gestion des risques et contrôle interne
mercredi neuf heures trente comptabilité financière intermédiaire II
mercredi quatorze heures impôt sur le revenu II

à cela on ajoute
séances sportives les lundis matins
lunchs séance tenante les lundis midis
étude et devoirs les soirs et les jeudis
et gagne-pain les vendredis

c'est simple on arrange l'horaire en conséquence
et c'est ça dès septembre

bien sûr j'ai du succès et j'ai confiance
bien sûr la vie me sourit et je saurai faire
mais il faut que je vous l'avoue
mon meilleur guide dans la vie
c'est d'être à l'écoute de mes faiblesses
c'est de capter quand l'amour n'y est plus

quand je n'ai plus la flamme
quand je suis épuisée
c'est souvent parce que je ne suis pas bien
qu'il manque quelque chose à mon équilibre
je perds le contrôle de ma vie
quelqu'un d'autre la dirige et ça dérape
quand je sens que je passe du temps à être occupée
sans rien accomplir
c'est que l'emploi du temps est erronné
que je ne passe pas le clair de mon temps
à ce qui compte vraiment pour moi

il faut alors que je laisse aller
et que je me recentre
avant de m'éteindre
et de ne plus rien vouloir
ni même vivre jusqu'à cent quatre ans

en septembre je retombe en amour
je le suis déjà en fait
depuis que je me suis engagée dans ce nouvel horaire
depuis que j'ai avisé la banque il y a quelques semaines
que j'allais quitter mes fonctions
car je manquais de temps
pour faire des choses qui m'importaient plus pour l'instant
consacrer du temps à mes études
ce sera quand même quatre ans devant moi
du temps à ma forme physique
un marathon à cinquante ans peut-être
du temps à l'alphabétisation
beaucoup d'événements bénéfices
du temps pour réapprendre mon rapport à l'argent
et au pouvoir de faire mieux avec moins
du temps pour le jardin les enfants l'amour
du temps pour m'occuper
du temps pour faire pour créer

cause t'sais
treize mille deux cents heures
c'est quand même pas l'éternité
mais c'est bien assez
pour retourner jouer.

samedi 23 juillet 2016

creo creas creat



la créativité
implique la matérialisation

la créativité dont je rêve
est celle qui fait naître des choses
qui donne la vie

après des études en beaux-arts
au cégep et à l'université
j'ai travaillé presque exclusivement
en financement pendant près de trente ans

on m'a souvent demandé pendant tout ce temps
où était passé mon côté artistique
ma créativité
et je répondais que je ne sentais pas en manquer
je sentais que je créais même dans un monde sans art
je trouvais des solutions à des problèmes
je créais
réellement
je contribuais
en finançant des entreprises
des projets voyaient le jour
créaient des emplois
devenaient des environnements de vie
de production

il y a dix ans j'ai quitté la finance
car je voulais me rapprocher de la créativité
je voulais travailler au cirque du soleil
ou dans une école de danse ou dans une galerie d'art

j'ai travaillé en marketing
j'ai créé
pas des pubs ni des belles choses
je n'étais ni rédactrice ni directrice artistique
mais je créais par ma disponibilité
à penser autrement
je fabriquais de l'apprentissage
je grandissais

je suis revenue aux chiffres que j'aime tant
car ils s'additionnent dans un monde que je comprends
je les vois réellement sur mon chiffrier
ils clignotent ils vivent ils dansent
ils balancent
je les agrémente de vision et de stratégie
et ils deviennent des réalités futures
des perspectives de croissance

mais il me manque encore dans mon emploi du temps
cette tangibilité cette sensualité cette satisfaction
de créer de fabriquer
de mettre la main à la pâte
de réaliser des choses

depuis treize ans je rénove
je fabrique des murs des planchers
des lavabos des cuisines des tables
je tricote des pulls
j'écris des textes
ça répond très bien au besoin de créer
ça laisse quelques legs tangibles

dans le cadre d'un cours d'initiation à la créativité
débutant mon certificat
en création littéraire
entamé mais non achevé
je me suis réinventée
comme une fille qui vainc ses peurs
et apprend à faire du skateboard
à quarante-cinq ans
j'ai créé glamoroll
elle tarde toujours à se matérialiser
je n'ai pas encore dompté mon skate
il me faudra passer à l'action
dépasser le stade de la conception si confortable
dans lequel je ne prends aucun risque

je veux pourtant créer
faire pousser les tomates
donner la vie à des projets
à des choses à des cabanes
à des gâteaux à la terre
j'ai envie de voir naître des chats
j'ai envie de changer les choses

je suis impressionnée par les jeunes
ceux qui créent sans contraintes mentales
en abattant les cloisons et les paradigmes
dans le grand champ des possibles
comme les fondateurs et l'équipe
de pépinière et co qui créent des espaces dans notre ville
avec peu de moyens et peu de temps
ils matérialisent rapidement
ils sortent efficacement
du stade du rêve et de l'idéalisme

j'ai envie de matérialiser
de jouer une oeuvre pour la première fois
de la voir naître
de me réinventer une fois de plus
de façon concrète
de faire

creare
mettre au monde
être en contact avec la vie
pour vivre mieux.

samedi 16 juillet 2016

brain dates



cette semaine je voulais justement faire la conversation
moi qui ai toujours haï cela
moi qui ai fui les partys de filles
car j'abhorre les confidences
je les déteste car je n'aime pas l'apitoiement
propre à certaines situations
la complaisance dans le malheur
le bitchage et la ligue des unes contre les autres
je n'y portais aucun intérêt

et puis aussi il faut l'avouer
j'avais peur de m'écouter parler
je n'avais aucun intérêt pour la vie des autres
j'étais trop intéressée par la mienne

j'ai donc gardé les échanges à un autre niveau
et ai trouvé du sens autrement
ça n'excluait pas pour autant l'amitié
mais ça excluait la confidence
tout le monde sait
que je ne suis pas une confidente
j'esquive toujours le small talk
et les affaires personnelles

cela se manifeste aussi dans mes contacts d'affaires
toujours un peu maladroits avec les femmes
et beaucoup plus simples avec les hommes
je rentre dans le vif du sujet rapidement
en oubliant même de saluer
évidemment et je l'ai répété souvent
un cocktail comptant pleins d'inconnus
venus ramasser des leads d'affaires
me rebute au plus haut point
quoi dire
quoi entendre

mais qu'est-ce que j'aime écouter pourtant
j'étudie et j'adore les classes
j'adore que l'on m'apprenne des choses
je chéris les moments où j'écoute une conférence
où j'absorbe de la matière du savoir
les idées que mes pairs partagent
j'adore les conversations politiques
philosophiques et intellectuelles
lors desquelles j'écoute attentivement
à défaut de manquer de perspective
et de me garocher comme une dogmatique
dans la fosse aux lions
et faire une folle de moi

avec les années
ce dernier type de conversation m'interpelle énormément
les réseaux sociaux mettent en relief
le fait que les gens ont des idées
ont des projets de vie
ont énormément à m'apprendre
et sont en train de réfléchir
j'ai envie à nouveau de faire la conversation
on est rendu ailleurs
fini le pleurnichage immature de l'adolescence
on est rendu dans les choses sérieuses
celles où on a envie de changer le monde

ces conversations-là
autour d'un petit déjeuner
ou d'un lunch rapide
entre deux ou trois ou six personnes
qui ont envie de faire des choses
oui
elles changent le monde
et elles m'inspirent
j'ai besoin de cet input pour avancer

et comme le dit si bien yann fortier
dans son dernier billet
je ne vais pas évoluer grâce à une société
qui a une histoire à me raconter
je vais grandir grâce à des gens qui ont des réflexions
et des expériences de vie
ce besoin a été très bien capturé
par christine renaud qui a fondé e-180
sur la prémisse de l'apprentissage par les pairs
c'est d'elle que vient le brain date
ce concept de rencontres
entre gens qui ont des choses à s'apprendre
c'est formidable ce que les gens font
et il y en a plein autour de moi

je t'appelle et on déjeune
j'ai envie de t'entendre.

samedi 9 juillet 2016

un très digne passage sur terre



c'est une phrase de l'homme-chat
nous parlions d'ibrahim ferrer
dont la voix réchauffait nos coeurs
lors du souper hier soir
je me demandais ce qu'il deviendrait
alors que cuba renouait vec les états-unis
l'homme-chat m'a rappelé qu'il n'était plus en vie

il a dit
c'est un très digne passage sur terre
tu sais
il a passé sa vie à faire de la musique

j'ai regardé cet homme
et mon coeur a fondu
je l'ai aimé vraiment très fort à ce moment de la soirée

c'est un très digne passage sur terre

je me pose les questions existentielles le samedi matin
le reste de la vie
je meuble le temps ou bedon le temps se meuble
de frivolités et de plaisir et de passe-temps
et de choses et de stress et d'émotions
qui ne laisseront aucune trace dans la vie
quand je capote
je me demande toujours si cela sera important
alors que je serai sur mon lit de mort
et cette perspective me permet alors de relativiser
et revenir à mon idée de l'existence
qui est que c'est poussière et ça redeviendra poussière
ou un peu mieux
pissenlit

je le connais depuis quatre-vingt-douze
nous vivons ensemble depuis seize ans
je l'ai marié l'an dernier
nous avons craqué ensemble des dizaines de biscuits chinois
dont je garde les messages superstitieusement
nous en avons eues des discussions
sur tout et sur rien
sur l'avenir du hockey comme sur le nôtre
sur le rythme de notre vie
sur l'accumulation des biens
sur l'éducation du chat
sur le menu du prochain souper aux gars

et hier soir cette clé qui a allumé ma batterie
cette phrase comme sortie de la bouche du messie
si significative et qui m'aidera à répondre
aux futures questions de la vie
c'est encore lui qui l'a amenée
il n'y a rien pour rien dans la vie

c'est un très digne passage sur terre

merci l'homme-chat
quelle beauté
quelle clarté.

samedi 2 juillet 2016

le grand bleu



sur trois cents billets de blogue
j'ai bien dû en écrire cent sur l'audace
et sur le goût de faire pleins de choses
et bien sûr la nécessité de vivre vieille
pour compléter ma bucket list

je suis de moins en moins attirée
par les nouveaux projets
car à défaut de tout essayer superficiellement
pour dire que je l'ai fait
ou pour savoir si j'aime ça ou non
j'essaye de plus en plus de les limiter
car ça demande du travail de l'effort
car je ne réussis pas toujours facilement ce que j'essaye
et je ne suis pas capable de livrer toutes les commandes
auxquelles m'engagent mon enthousiasme et mon intérêt

cependant
à défaut d'évoluer dans la nouveauté
ce que je vais tenter de faire
est d'éviter de me scléroser
quand je parle du trait le plus vilain
de la vieillesse
et je le dis avec un grand dédain
c'est bien celui-là
dans lequel notre vie se rapetisse
parce qu'on a peur
parce qu'on ne veut plus

je vais donc continuer d'oser
d'oser à être meilleure
à affronter mes peurs
à ne pas dire non
à ne pas lâcher là où habituellement j'arrête

jeudi je nageais et j'étais fatiguée
j'allais arrêter en plein milieu d'une longueur
et puis je me suis dit non
je me suis dit que j'étais capable
et j'ai continué
et j'ai arrêté plus loin

il y a pleins de trucs qui me font peur dans ma vie
alors qu'il s'agit de capacités dont j'ai besoin
je serais heureuse de les réussir
avant même d'entreprendre du nouveau

engager une conversation avec un inconnu
dans un coquetel professionnel
après trente ans de carrière
j'en suis toujours incapable
c'est quelque chose que j'aimerais réussir
avant de mourir
je n'ai pas à justifier pourquoi
je veux tout simplement dépasser
ce petit bloquage psychologique
je ne veux plus être gênée

être flexible dans mes plans plutôt que rigide
être capable de m'adapter aux humeurs
et à la température
ça doit faire une décennie que j'y travaille
je ne lâcherai pas ce trait-là

écouter plus et écouter attentivement
quand les gens me parlent
et réfléchir
pouvoir changer d'opinion
et ne pas rester campée
je ne veux plus avoir de préjugés

être empathique
sans nécessairement aller vers les autres
mais au moins les recevoir
dans mon coeur avec sincérité
c'est l'endroit le plus serré chez moi
l'ouverture du coeur
je le sais et il est dur à ramollir
je n'irai pas jusqu'à y planter un couteau
pour le pétrir
mais j'ai besoin de sentir
et d'être meilleure
sans vanité
mais sincèrement

je ne cours plus après la nouveauté
je veux juste m'améliorer
dire okay je peux faire mieux
arrêter de penser que je ne suis pas capable
que je ne le veux pas parce que c'est comme ça
je vais oser être entière
je vais oser continuer de croire
que c'est possible

je me regarde aller
et ce que je dois le plus surveiller
est de ne pas fermer moi-même
les portes de la vie
mais de continuer à marcher  droit dedans
avec le port altier et l'humilité

la semaine dernière je me suis regardée dans la glace
et me suis fait croire
que j'avais douze ans de moins
j'ai tenté de me souvenir
de ce que je faisais à trente-six ans
puis je me suis rappelé que j'étais encore une floune
il n'y a pas si longtemps

je vais garder ça en tête
cette énergie et cet enthousiasme
à plonger dans la vie
et je vais maintenant l'appliquer
à me connaître davantage
à plonger au fond de moi
et arrêter de flirter superficiellement avec le quotidien
et je serai encore plus fière
de ce que j'apprendrai
de ce que j'accomplirai.

samedi 25 juin 2016

ouste!



je ne vous ai pas raconté la crise de nerfs
que j'ai pognée lorsque nous avons amené
deux chars à l'aéroport dimanche
pour aller reporter un char de location
contracté suite à la panne de moto du samedi au vermont
et pour ramener le chauffeur du char de location
dans un char plutôt qu'un taxi ou un autobus
donc un char de bourgeoise qui part
avec une chatte dedans à l'aller
qui tourne en rond à l'aéroport pour
ne pas payer de parking
et qui revient avec une chatte et un chat
ayant délesté le char de location
pour se perdre dans le traffic
du dimanche où arrivent en ville
les centaines de cyclistes du grand défi pierre lavoie

la crise de nerfs toi
ou
comment j'étais en crisse
de gérer des objets
d'avoir passé le clair de ma matinée ensoleillée de dimanche
à virer su' l'top dans le traffic collé
pour gérer un objet
seul le char avait besoin d'être là
ni le chat ni moi
et pourtant
tant de temps perdu
tant de ressources gaspillées
t'aurais dû voir toi
la crise de nerfs

ne jamais suivre un objet
mais toujours essayer
d'être là où l'on veut être soi-même
combien de temps et de ressources
est-ce que je perds dans la vie
à gérer des objets

d'abord
travailler tous les jours pour les payer
maison mobilier équipement
confort informatique et télécommunications
coudon' ça n'existe plus
rencontrer ses amis dans un café
ou chez soi
faut nécessairement que ça coûte
deux cent piastres à tous les mois
mon bill de vidéotron
pis mon bill d'assurance pour assurer tous ces biens
sans compter le coût de réparation ou de remplacement
quand ça brise
ou le towing tiens comme samedi

deuxio
faire le ménage encore et encore
avoir plus d'un garde-robe de linge
un en haut et encore c'est pas assez
et deux en bas pour celui qu'on met pas
avoir de plus en plus de place
pour contenir de plus en plus de stock à entretenir

une maison
un châlet
une piscine
un schack
un truck
un taxi
un bateau
un hydravion
un quatre roues
où ce que tu t'en vas a'c tes skis
ma p'tite mère folle

tertio
perdre du temps
faire la vaisselle
laver la cafetière
laver le plancher
épousseter

merde je veux le temps et les ressources
pour vivre
je veux l'espace mental
et non le fouillis

c'est fini l'esclavage du matérialisme
on s'en cawlice des bébelles
donnez-moi de l'air que je respire

t'aurais dû voir la crise de nerfs toi
j'ai gardé l'essentiel
j'ai gardé toute ma tête
tout mon sang et tout mon coeur

et j'ai même réussi à garder mon mari
ouf
j'ai eu chaud

j'ai juste classé du linge en soirée
et joué dans des pots de terre
pour faire pousser prochainement des fines herbes
ça va me réconcilier avec le faire
plutôt qu'avec le posséder

allez ouste
fais d'l'air!

samedi 18 juin 2016

demain ensemble



au mois de mai j'ai baigné trois jours
dans une orgie de succès
de communauté de nouvelles idées
de gens qui ont osé ont fait
veulent encore changer
n'ont pas froid aux yeux
écoutent travaillent agissent

lundi j'ai écouté une jeune quarantenaire
originaire d'un bled des caraïbes
raconter son parcours
pour devenir la première femme
dirigeant un service essentiellement masculin
dans une société de transport métropolitaine
elle rayonnait de joie d'ardeur et de détermination
rien ne lui fait peur
bien sûr elle ne dort pas beaucoup
elle a couru trois marathons
et a un équilibre de vie raisonné

mercredi soir nous avons vu
le documentaire demain
une oeuvre à ne pas manquer
une collection d'initiatives locales
ayant du succès et articulant le grand désir
de l'humain de conserver son espèce
dans l'harmonie globale
les gens ont des idées
et ils les réalisent

jeudi matin nous cogitions entre gens d'affaires
et de professions sur les enjeux de l'automatisation
sur la transformation des services
des prérogatives habituelles des professionnels
de la réduction des coûts
et donc des revenus
et de la transformation profonde
de la société et de la relation des gens face au travail
de la relation des gens entre eux
de la valorisation de la communauté
et de la collaboration
plutôt que celle traditionnelle
des carrières et des professions
nous créions des pistes de solutions
et toutes les idées étaient permises
les expériences fusaient de l'international
au local à l'extrêmement pointu
bref il y avait du beau à table
de quoi changer le monde

hier j'ai suivi en direct
les cyclistes du grand défi pierre lavoie
travaillant corps et âmes
à pédaler mille kilomètres du saguenay à la métropole
pour financer et sensibiliser à l'importance
de l'exercice physique
des centaines de gens voulant s'impliquer
dans ce mouvement collectif
pour vivre sainement
que de force et de joie

je suis si privilégiée d'être quotidiennement inspirée
par tant d'exemples de succès
d'audace et de capacité
ça nourrit mes ambitions
ça rassure mes moyens
ça me permet d'oser

mais encore et toujours le constat désolant
que près de la moitié de la population québécoise
n'a pas accès à ce bonheur à ce succès
car elle ne sait pas lire
ou se servir d'un guichet automatique
d'un téléphone cellulaire ou d'un ordinateur

imaginez le retard qu'elle prend sur les autres
l'écart que ça lui impose
du reste de la société qui avance
à la vitesse grand v
la polarisation du savoir et des moyens
n'ira qu'en s'accentuant
avec les progrès technologiques
et le clivage entre les riches et les pauvres
se creusera davantage

le contact avec le succès favorise le succès
la société est perméable
l'innovation vient de l'extérieur
aidons
aidons
aidons
c'est notre devoir et notre bonheur
pour avancer ensemble vers une vie
encore meilleure

nous n'avons pas à régler le sort du monde
mais d'être empathiques au quotidien
d'ouvrir les yeux et constater
et poser les gestes de la gentillesse
mettre en pratique nos cours moraux
exercer le plus simple bon sens
celui qui nous rend heureux

chaque fois qu'on pense à soi au quotidien
s'interroger si cela est bon pour tous
puis agir

sourire et saluer
c'est la première clé pour le rapprochement
j'aime la vie
et je veux la vivre encore longtemps
ensemble.