samedi 17 février 2018

décadenasser



je me félicite souvent
d'avoir une telle maîtrise de mes émotions
je suis heureuse d'être une fille relativement posée
ayant une santé psychologique sans remous
et je questionne rarement le fait
que je sois devenue si calme
alors que j'étais un tel torrent
avant la trentaine

comme par miracle

je suis devenue saine et équilibrée
du jour au lendemain

je suis shallow
je ne remue rien
je suis toujours bien
je n'éclate que rarement
j'aime
je n'aime pas
je bouge
je fonce
j'active par en avant
je pellette
je pédale
sans me questionner
sans me blesser
sans pleurer
sans rire aux éclats
et en jouissant tièdement

je fais très peu d'introspection
et ce que vous lisez ici depuis dix ans
ne sont que des réflexions superficielles

si on me découpait en tranches
du dessus de la tête aux orteils
on aurait à peine effleuré
ma racine capillaire

je n'ai jamais consulté
ni en psychothérapie ni en psychanalyse
ni fait de rebirth ni fait d'hypnose
une fois j'ai vu un coach
parce que je me questionnais
sur le bien-fondé de ma carrière

je suis une fille rationnelle
je pensais que je n'aimais pas investiguer
en fait je pensais que je n'avais rien à remuer

cette dernière ligne
je l'ai écrite récemment sur facebook

rien à remuer

or
qui n'a rien à remuer
n'a rien à dire
n'a rien à écrire

mais j'ai besoin d'écrire
et les trente mille mots
que j'ai tapés depuis le huit janvier
pêle-mêle
sans savoir
juste pour ouvrir la vanne de mon imagination
conjuguant mes états d'âme
à la troisième personne du singulier
m'ont un peu révélée
ont fait sauter le cadenas du cellier

ça m'a pris cinquante ans
pour avoir quelque chose à dire

les mots que j'ai écrits récemment
sont allés puiser un peu plus profond
que le dessus de ma tête
ils sont allés côtoyer le compost
j'ai eu mal physiquement en écrivant
certains thèmes revenaient
et je le sentais du côté gauche de mon corps
un peu plus profondément
que sur l'épiderme
ce n'était pas rationnel
c'était une vague
c'était des émotions
j'ai pleuré un peu
j'ai regardé une série romantique à la télé
j'avais besoin de ressentir des choses
j'avais envie d'entendre des mots
je ne sais pas encore nommer
je ne connais pas encore le chemin
mais je m'y abandonne

en voulant créer de la fiction
je suis allée puiser en moi
en remuant des roches
du terreau fertile
des fois de la boue
j'étais des fois joyeuse
des fois anxieuse
des fois nostalgique

et c'était parfait

l'humain qui crée
doit retrouver cette vibration en lui
et la transmettre avec émotion
et intelligence
il doit suivre son instinct

je pensais qu'écrire était un exercice narcissique
mais non
c'est du total dépouillement
de l'exploration minière

ça décrasse solide
c'est laborieux

et c'est crissement lumineux.

samedi 10 février 2018

gosser du bois



comme les athlètes olympiques
étant tombés de nombreuses fois en pratiquant
comme andré agassi
ayant frappé des millions de balles dans sa vie
j'ai vissé et dévissé des milliers
de vis à têtes étoilées et carrées
depuis les dernières quatorze années

et je ne sais toujours pas
me servir habilement d'une drill
n'appliquant jamais la bonne force
ou la bonne direction
de telle façon
que je scrap
des paquets de vis et de têtes de perceuses
que je les tords ou qu'elles ne rentrent pas jusqu'au fond

l'apprentissage empirique est celui
qui requiert le plus de patience
car n'ayant pas de technique
ton seul allié est le temps

c'est comme ça que je réussis à faire
des salles de bain et des cuisines
patiemment
en faisant quatre erreurs sur dix
et en recommençant
en coupant en deux un tuyau
fixé aux deux extrémités
pour essayer d'insérer une bague entre les deux
et me rendre compte que rien de tout cela
n'est élastique
et qu'il me sera impossible d'insérer la bague
sans écarter les deux tuyaux
tu vois
un professionnel aurait su ça
donc il a fallu que je défasse d'autre chose
que je force un peu
que je bend et que je pry
bref j'ai réussi
mais ça a été plus long
tout a été plus long
tout est toujours plus long

le plan initial n'est jamais le bon
parce qu'il il y a cent mille choses
que j'ignore
et que je n'apprends qu'en le faisant

mais j'aime faire des rénos
j'aime plus ça que l'homme-chat même
parce que j'ai plus de temps
je suis sûre que s'il en avait le loisir
il aimerait retourner gosser du bois dans l'établi
mais le temps lui manque
alors il ne se voit pas entreprendre un projet
et devoir tout faire rapidement

il n'y a rien de pire
que tout butcher quand tu rénoves
tu en payes toujours le prix
ça finit par couler
ça finit par tomber
ça finit par casser
ça finit par jaunir

bref si tu le fais
fais-le bien

regarde les vidéos sur youtube
lis les instructions
demande conseil chez le rénovateur ou le détaillant

je lis toujours les instructions
c'est ainsi ça que j'ai construit
six cuisines ikea
je suis la championne de l'assemblage
des armoires ikea
des bibliothèques billy
des chaises lits et armoires à monter
parce que leurs manuels d'instructions
sont les plus clairs du monde
c'est à la portée d'un génie de six ans
et de mon neveu eliott

je suis tellement bonne
que pendant mes heures creuses en comptabilité
je pourrais me faire embaucher
pour assembler les meubles ikea
au même tarif

j'aime rénover

au début d'un projet
je commence par mesurer
le tape à mesurer est mon meilleur ami
mais je n'ai aucune perception spatiale
je me débrouille très mal
en trois dimensions
je ne sais pas dessiner en perspective
je ne sais pas sculpter ce que je vois
et tout ce que j'aime
c'est modeler du matériau
pour qu'il transforme ma vision abstraite
en une réalité tangible
c'est pour ça que je rénove
et je le fais
malgré mes limitations cognitives
un pas à la fois
en me blessant les mains
avec marteau tournevis scie exacto
en courbaturant et tombant des escabeaux

je n'ai pas la force pour transporter seule
des feuilles de gypse
et de nombreux deux par quatre
alors je manipule de petites quantités de matériaux
c'est long
ça prend du temps
alors je pense en le faisant
à conserver mon énergie
à limiter mes déplacements
je deviens plus intelligente
pour ne pas m'épuiser
je suis étapiste
et patiente
encore

je n'ai pas la connaissance
de la physique mécanique
des flux des charges et des courants électriques
je n'ai pas de formation théorique
alors je lis un peu
je regarde beaucoup
je suis très visuelle
ça me prend des schémas
ça je comprends
j'essaye
et je retiens

mais je fais quand même

parce que chaque fois
je me dis que c'est un jeu de lego
ce n'est que du bois
du plastique
du métal
et que tout ce qui s'assemble se défait
et que tout ce qui se défait se refait

si tu ne démollis pas un intérieur
à la masse sans savoir ce que tu fais
il y a peu de chance que l'édifice
te tombe dessus d'un seul coup
si tu défais les choses une vis à la fois
tu as le temps de voir venir

je fais donc les choses doucement
avec une certaine délicatesse
un respect un calme
c'est très zen

mais quand je travaille en équipe
je suis le rythme
j'ai mes spécialités
mais je suis game de tout

non je ne varge pas dans le tas
en écoutant def leppard
je le faisais plus jeune
je me souviens de la violence
avec laquelle j'ai fendu le mur entre deux pièces
dans notre première maison
maintenant non
j'écoute radio-canada première
en dévissant les structures patiemment
morceau par morceau
comme un artisan

mais j'aime encore le rough
monter dans le pick-up en pantalons sales
et me pointer à l'éco centre
avec mes gants de travail
puis embarquer dans la boîte du truck
et garocher à grands coups
des tonnes de déchets
dans les containers de récupération
puis aller manger une crème à glace
au dairy queen juste à côté
sans me laver les mains

quand je rénove
seule dans l'établi
je suis dans un vacuum
un vide spatial et temporel
et je suis absorbée par ma tache
le temps passe
il est treize heures
puis il est minuit
et à chaque étape réalisée
je me félicite
et je me dis

tu l'as fait mo
tu l'as fait

c'est comme un soufflé
ça ne lève jamais du premier coup
et quand tu le réussis
tu dégustes ta victoire.

samedi 3 février 2018

patiemment



j'ai toujours trouvé que ma'
était d'une lenteur irritante

lorsqu'elle habite à la maison
pendant le séjour annuel de pa' et ma'
et qu'elle décide de faire la vaisselle le soir
elle enfile lentement ses gants de latex
après avoir quitté la table du dîner
au moins quinze minutes après tout le monde
et prend au bas mot une heure
pour laver quatre assiettes
quelques casseroles
des baguettes des fourchettes des couteaux
des pinces et des cuillères de bois

elle ne lave jamais les verres à vin
de peur de les casser
si tu repasses dans la cuisine un peu plus tard
tu la vois en train d'essuyer patiemment un comptoir
un bout de la cuisinière
d'utiliser chaque morceau de papier
pour tout sécher

bref
moi ça me prend quinze minutes faire tout ça
car je suis efficace
moi

lorsque nous étions petits
et que nous sortions en voiture
nous étions tous assis dans l'auto
même les petits
et nous regardions la porte de la maison
pour la voir émerger
au moins quatre-vingt-dix secondes
après tout le monde

ma' découd des rideaux à la main
pour les couper à la bonne longueur
et les recoudre
elle reprise tous les vêtements
ma' a fait des études pour devenir enseignante
puis a choisi de ne pas enseigner

ma' se couche plus tard que tout le monde
pour faire tout ce qu'elle a à faire
et se lève à l'heure des travailleurs
et elle ne montre jamais
aucun signe de fatigue
ni d'épuisement

toute ma vie
j'ai été une butcheuse
pressée de faire quarante-douze mille affaires
dont trois en même temps
j'étais droguée aux démarrages
aux grandes idées
aux projets
je menais tout rapidement
j'accomplissais
je mettais derrière moi
et je repartais
même s'il fallait tourner les coins ronds
mais j'aimais commencer les choses
rénover des maisons et tout de suite les habiter
et vivre dedans
même avec un backsplash inachevé

je suis de même moi
j'ai un métabolisme rapide
j'ai un spring dans le cul

ça m'a pris cinquante ans
pour enfin me déposer
et apprécier faire les choses pour les faire
non ce n'est pas que je vieillis
et que tout prend plus de temps
c'est que j'aime prendre le temps

après un an à faire gâteaux et muffins
tous les lundis
je me suis rendu compte
qu'outre le sentiment nourricier
de fabriquer ce que nous allions manger
j'aimais prendre le temps
de faire sans penser
lentement

faire
lentement

essayer une pâte feuilletée
pour la galette des rois
la jeter car elle ne pogne pas
et la recommencer une heure plus tard
essayer de comprendre ma plomberie
défaire toute la salle-de-bains
commencer
dessiner couper assembler des tuyaux
mesurer couper visser des planches
puis tout redéfaire et redessiner
pour mieux faire
pour bien faire
écrire sans savoir
des heures de temps pour voir
où cela mènera

patiemment
sans aucune urgence
mais pas artificiellement lentement
pas involontairement lambin
pas en retard pour que ça tape sur les nerfs
non
juste calmement
parce que j'ai le temps

ma chumette me disait hier
que j'avais donc le luxe
de pouvoir écrire ainsi chaque jour
sans urgence aucune
au coin du feu avec le chat
et elle a bien raison

hier soir l'homme-chat me disait
qu'il ne voudrait plus déménager
ailleurs à montréal
qu'il aimait notre maison
et qu'il pourrait y vivre
le restant de la vie
qu'il ne manquait de rien

tout coïncide
à ce temps luxueux
où personne ne nous attend
où on prend le temps de bien faire
et d'ancrer au fond de soi
les gestes et les savoirs

où on prend le temps
de se découvrir
de s'interroger
de ne pas souffrir
de faire simplement les choses
c'est le temps de la dentelle
c'est le temps de la beauté des gestes
et des sentiments
c'est le temps de la perfection

j'avais décidé pour deux mil dix-huit
que je ne mènerais pas de front
quarante-douze projets
j'en ai d'ailleurs abandonné deux
la veille de leur commencement
pour avoir le temps d'écrire tranquillement
et d'apprendre
je laisse les choses aller
et je prends les autres en main
bien comme il le faut
pour le plaisir de faire bien
pour la soif d'apprendre
pour faire de chaque chose un métier
pour maîtriser polir parfaire

et je sens que ça me nourrit
et me construit très bien

comme ma'
dont la patience n'est pas que vertu
mais est source d'énergie.

samedi 27 janvier 2018

entrepreneuriat cent un



chaque jour
me lever à l'heure des travailleurs
même si aucun patron n'attend après moi
même si aucun chèque de paye
ne me tire ou ne me pousse
c'est ce que je suis la plus fière
d'avoir pu accomplir depuis plus d'un an
c'est ce qui me rassure
quant au fait
que je suis bien une entrepreneur

il y a deux ans
lorsque je travaillais encore à la banque
j'avais pris congé et quelques économies
pour me payer un billet pour une super conférence
je m'étais inscrite à des brain dates
et y ai rencontré des gens
j'ai appris des choses pendant les conférences
j'ai participé à des ateliers

je l'ai fait également en deux mil dix-sept
mais cette année-là
je n'avais pas envie de rencontrer des gens
dont la plupart étaient intéressés à vendre quelque chose
je voulais juste profiter
des transferts de savoir
et de tomber naturellement sur des gens
qui veulent partager
comme j'étais peu disponible
je n'ai évidemment rencontré personne de bien marquant
mais j'y ai quand même croisé
des connaissances personnelles et professionnelles

lorsque yann me disait il y a dix-huit mois
que j'aurais du succès en affaires
je savais que j'avais des compétences
fort utiles pour beaucoup de gens
mais étant moins douée pour vendre
je m'imaginais très mal
aller cogner aux portes des commerçants de mon quartier
pour promouvoir mes services

et puis je me suis concentrée sur mes affaires
sans la pression de courir partout
je n'ai fait qu'une chose à la fois
en demeurant curieuse
et en assistant à une tonne d'activités
j'ai appris j'ai eu du plaisir
et par la force des choses
j'y ai rencontré des personnes
qui avaient des projets
et des compétences
j'ai discuté et échangé
et j'ai développé des réseaux

je me suis dédiée
à faire ce que j'aimais le plus
m'intéresser aux gens et à leur histoire
aux défis qui les préoccupent
et comprendre comment je pouvais les aider

et c'est ainsi que je suis devenue entrepreneur

en faisant ce que j'aime
le mieux du monde
en disant oui à ce qui m'intéresse
en apprenant ce que je connais moins
en découvrant de nouveaux outils
et en perfectionnant mes forces

bien sûr je continue
à baigner dans les concepts
et les méthodologies de marketing
mais c'est en faisant qu'il se passe quelque chose
et non en prenant des notes et en serrant des mains

et quoi de plus facile à faire
que de se lever le matin
et faire ce qu'on aime
dire oui
être dans l'action.

samedi 20 janvier 2018

au sommet



la plupart des coureurs n'aiment pas
faire les séries d'intervalles requis
dans leurs plans d'entraînement
ils préfèrent courir à leur rythme
et c'est pourtant en faisant des intervalles
qu'ils apprennent à dépasser leurs limites
et à courir plus fort plus vite et plus longtemps

ah non ça commence à faire mal
dix-neuf kilomètres
zut j'ai une crampe je vais marcher un peu
ah puis je vais marcher jusqu'à la fin
fuck all ça me tente plus
pourquoi je fais ça

le résultat est médiocre
accablant
pire que tout

des fois quand je cours
je ne cherche que le plaisir
quand ça m'écoeure j'arrête
je me dis que je suis déjà bonne de courir

je me dis rarement que je peux être meilleure

quand j'étudie pour mes cours
je fais des exercices
s'il y en a vingt-cinq à faire
j'en fais quinze
parce que je pense que j'ai compris
parce qu'il est rendu vingt-et-une heures
et que c'est plus payant pour moi de dormir

j'ai toujours l'impression que j'en ai fait assez
aux examens je réussis
je passe toujours
mais je n'ai pas de notes parfaites

quand j'écris le matin
je pousse
je couche sur papier mes idées
puis les mots viennent et viennent
et c'est bon
puis je regarde le compteur de mots
et quand je sais que j'en ai écrits
plus que ma limite minimum
je ralentis
mes idées disparaissent
je me dis
c'est bien
c'est assez

j'ai déjà écrit ici
que je tolérais peu l'effort
étant née sans déficience
j'ai toujours pu naviguer
relativement facilement
m'en sortir à l'école sans effort

mais sans éclat

je déteste souffrir je déteste pousser

j'utilise en toute chose
à peine moins que cinquante pourcents
de mes capacités

ce qui est rassurant
c'est de savoir que presque tout le monde
est comme moi
alors il ne me reste
qu'à être meilleure
pour me distinguer

les gens qui réussissent
font
ce que les gens
qui ne réussissent pas
ne font pas

je répète

les gens qui réussissent
font
ce que les gens
qui ne réussissent pas
ne font pas

souffrir et persévérer
pousser
avoir mal
tout donner
tout donner
tout donner

je ne veux plus être tiède
avoir juste essayé
non
je ne veux pas dire
oui j'ai essayé
je veux dire

oui j'ai de l'envergure
et oui
j'ai réussi.


samedi 13 janvier 2018

i believe



lors de mes années de mba
ce qui m'a le plus déstabilisée
et qui a cependant été le plus grand apprentissage
était que les enseignants faisaient confiance
en notre intelligence
quelques semaines avant le début du premier cours
notre professeur de processus opérationnel
nous avait envoyé un courriel avec le recueil à acheter
et demandé de faire les lectures préalables au premier cours
j'étais assise au bord d'une piscine à puerto vallarta
en janvier deux mil onze avec sur mes oreilles
mes écouteurs me criant en boucles
des albums de muse
et je me farcissais des centaines de pages
du livre sur les processus opérationnels
sans jamais comprendre ce que je lisais
et puis comme les semaines passaient
et que nous mettions en application nos apprentissages
avec peu d'intervention de l'enseignant
mais des cas réels à résoudre en entreprises
tous ces mots que nous comprenions individuellement
mais qui formaient un charabia de chapitres denses
devenaient progressivement limpides

nous comprenions
nous apprenions

le travail d'équipe le plus intéressant
que j'ai réalisé à l'université
est certainement l'analyse de la structure de gouvernance
de la rabobank
institution financière internationale d'origine hollandaise
qui m'a alors permis de comprendre
toute l'importance qu'occupent ces institutions
dans le paysage économique mondial
et quels sont les contrôles et règles prudentielles
à créer mettre en place et appliquer
afin qu'il n'y ait pas de dérive systémique

j'étais en admiration face à mes enseignants
c'est à ce moment que j'ai compris
que l'on pouvait apprendre
tout ce qu'on décidait d'apprendre
moyennant de bons outils
et un accompagnement pédagogique
mais surtout
on peut tout faire
dès lors que nos mentors
nous font confiance

et après on se souvient
qu'après tout on avait passé à travers
un processus de sélection
rempli des prérequis
donc on n'était certes plus à la maternelle
nos bases étaient solides
et pouvaient accueillir d'autres défis intellectuels
afin d'enrichir nos fondements

je suis restée connectée
avec plusieurs de mes enseignants
et j'ai eu le plaisir d'en recroiser
dans le monde académique
autant que dans le monde des affaires
dans les cinq dernières années

ce décembre avant les fêtes
j'ai reçu un courriel de mon ancienne professeur
de gouvernance
qui enseigne toujours à l'uqam
et est titulaire de la chaire de recherche
ivanhoe cambridge sur l'immobilier
dans ses aspects de valorisation et développement durable
je ne savais pas ce qu'elle me voulait
mais elle m'indiquait qu'elle suivait avec intérêt mon cheminement
et souhaitait me rencontrer

je l'ai vue hier après-midi
le respect mutuel qu'il y avait entre nous était saisissant
elle m'a demandé comment j'allais
pourquoi j'avais quitté la banque
où j'en étais rendue dans mon cheminement
quelles étaient les prochaines étapes
quel genre de comptabilité je souhaitais faire

puis elle a fait quelque chose d'incroyable

elle m'a donné un conseil
elle m'a dit
vous devriez faire ci
c'est ça qui vous distingue des jeunes qui sortent de l'école
vous avez tel ou tel bagage
c'est un profil très rare et très recherché
allez voir les senior
ne passez pas par les voies de débutants
vous êtes d'un calibre différent
ne reniez pas votre passé
laissez-le vous porter

bref je ne vous dis pas précisément
ce qu'elle a préconisé
mais elle m'a bousculée et galvanisée
elle a vu en moi encore une fois
beaucoup plus d'ambition
que l'horizon que je m'étais moi-même fixé

et puis après
je lui ai parlé d'un projet intellectuel
sur lequel j'aimerais travailler
et je lui ai demandé des idées
des pistes de réflexion pour créer quelque chose d'utile
elle m'a donné une myriade d'avenues
et j'ai dû interrompre la réunion
qui avait largement dépassé le temps alloué
parce que je savais qu'elle serait en retard
pour son entretien suivant

nous nous sommes laissées
aussi simplement que nous nous sommes revues
et j'avais sûrement des étoiles dans les yeux
je ne sais toujours pas ce qu'elle me voulait
il est tellement rare de rencontrer des gens
qui par leur simple présence
et leur générosité à votre égard
puissent changer votre vie
en quelques heures

les êtres humains sont merveilleux
soyez toujours respectueux
et reconnaissant autour de vous
maintenez des liens
dites bonjour dites merci
ne médisez pas sur les gens
ne soyez pas égoïste ni aigre
la vie est de loin meilleure
dans la bienveillance.


samedi 6 janvier 2018

Le billet du lendemain


Nude standing by the sea
Pablo Picasso, 1929

Elle s'approcha du bar avec un pas lent dès qu'elle le situa parmi les clients.  Fabrice leva les yeux de son téléphone quand il vit les souliers de la femme proches des siens.
- Hi! You look wonderful!
- Oh, nice to see you; you're amazing too!
La femme déposa son sac à main sur le comptoir pour extirper le tabouret et s'installer entre le couple étranger et Fabrice.

Marie avala sa bouchée de pâtes et dit à Paul "Elle a vraiment de gros seins", ce que Paul ne tarda pas de constater en apercevant la poitrine de sa nouvelle voisine, appuyée sur le comptoir pendant les salutations.  On aurait dit que le chandail rouge serré accentuait les volumes, mais peu importe la couleur, Marie n'y pensait déjà plus et retourna son attention sur sa somptueuse assiette de tonarelli au cacio e pepe.  Elle tâta rapidement le pendentif de rubis accroché à sa chaîne en or, qu'elle portait délicatement au cou lors des grandes sorties.

Paul ne faisait jamais de commentaires déplacés sur les femmes, et démontrait une grande tendresse pour Marie.  Il était un homme discret et il ne voudrait jamais la blesser en comparant le physique plus avantageux d'une autre au sien, qu'il connaissait depuis près de vingt ans.  Il l'aimait, après tout.  Et c'était leur week-end de voyage, celui avant qu'il rentre au bureau en début d'année.  Il était heureux et en paix avec l'idée de partager sa vie avec une complice, une compagne qui disait oui à toutes ses folies, qui mangeait et buvait avec lui.  Ensemble, ils réalisaient des rêves qu'aucun n'aurait entrepris chacun de son côté.

En ce vendredi soir, le restaurant de l'hôtel grouillait d'achalandage, et c'est au bar qu'il y avait le plus de va-et-vient.  Les clients s'y assoyaient pour un apéritif en attendant que leur table se libère, et seulement quelques-uns s'y installaient pour manger.  Paul et Marie préféraient toujours manger au bar, bénéficiant d'une vue exclusive sur la préparation des drinks, et d'un accès rapproché aux conversations du personnel.  Ils se sentaient ainsi davantage dans la game.

Marie s'était maquillée pour l'occasion et sentait qu'en ce moment, ses pupilles étaient particulièrement brillantes lorsqu'elle annonça à Paul :
- Je sais ce que j'écrirai demain.
- Hmmm.
- Oui, je vais sûrement parler d'art.
Ils venaient de passer une longue journée à flâner dans les musées et ça l'avait rendue heureuse.  Elle savourait la chance qu'elle avait de vivre avec un homme qui aimait l'art autant qu'elle et en ce vendredi, il n'y avait rien de plus noble que de travailler à la diffusion de l'art et de la culture auprès du plus grand nombre.

- Prends un break demain.
- Pourquoi, un break?
- Saute un samedi, tu n'as pas besoin d'écrire demain, nous sommes en vacances.
- Mais si, je t'assure, j'ai envie d'écrire.
Après un moment Marie ajoute :
- C'est un bon exercice pour moi.  Tu sais que depuis quatre ans, en écrivant tous les samedis, j'ai écrit environ deux cents billets?
- Wow, c'est beaucoup.  Et qu'as-tu appris en écrivant depuis quatre ans?
- Bah, je ne sais pas, je n'ai pas vraiment appris, j'écris plutôt mes réflexions.  Ça m'aide à réfléchir et à articuler mes pensées.  J'avais recommencé à écrire régulièrement lorsque j'ai pris le cours de création littéraire, tu te souviens, avec Laurance qu'on a été voir au lancement?
- Oui, mais pourquoi veux-tu encore écrire tous les samedis?
Pour Paul, cet exercice était un peu laborieux.  Il lui semblait émaner d'une discipline que lui-même ne s'imposerait pas et trouvait légitime de prendre relâche pendant les vacances.

- What's next?
La question gêna profondément Marie.  Elle se dépêcha d'avaler sa bouchée de pâtes et lui répondit :
- Un roman, j'aimerais écrire un roman.  Et je suis sûre que ça m'aide, d'écrire régulièrement, c'est un bon exercice.
- Alors écris-le, ton roman.  Arrête de prendre des cours, mets les efforts sur ton roman si c'est ça que tu veux.  Focusse!  D'ailleurs, tu l'as déjà écrit, ton roman, avec tous tes billets depuis ces années, vas-y, mais fais-le!  Rien ne se fera si tu ne le fais pas, tu as beau apprendre à tenir un crayon, mais un livre ne se fait pas si tu ne le déposes pas sur le papier.
Il avait raison et elle le savait.
- Mais j'aime ça Paul, prendre des cours.  J'aime écrire, et j'aime apprendre... Tu sais Paul, c'est pour ça que je t'aime.  Tu me connais tellement que tu peux me dire des choses pareilles.  J'aime ça quand tu me bouscules un peu comme ça.  Et tu as raison.

- Ils ont vraiment une drôle de dynamique à côté.

Fabrice venait de quitter le bar avec sa compagne.  À côté de Marie, un homme se glissait entre elle et son épouse et les obligeait à tasser leurs sièges plus à droite.  Un groupe de jeunes femmes se rassemblait du côté de Paul, la brune lui faisant penser à Monica Lewinsky.  Il était au-delà de vingt-deux heures et le plat de poulet à la diablo venait d'être déposé devant eux.  Le barolo était soyeux, et Marie se disait qu'elle était vraiment une femme comblée.

Elle pensait toujours écrire un billet sur l'art le lendemain.

samedi 30 décembre 2017

entrelacs de mots et quelques chiffres



le dernier samedi de l'année
l'heure des bilans est arrivée
mais je n'en ferai rien ce matin
aucune liste il n'y aura
je me rends bien compte
que je ne deviens pas comptable pour rien
j'aime compter autant que conter
et faire défiler ma vie
dans des bilans et états des résultats
et cumuler les bénéfices non répartis
pour me rassurer devant l'infini

donc j'ai choisi le bon métier
celui qui me permet de tout ordonner
en sudoku et ledger
sans que rien ne dépasse
et que tout balance
comme le signe astrologique
d'une fille née un dix-neuf octobre

je veux juste dire ceci ici

dans les derniers mois
des gens influents ont mis en garde
contre les réseaux sociaux
sachez que dans mon cas
ils me font mieux vivre et mieux aimer
ce n'est pas à cause de l'avènement de facebook
que j'ai arrêté de parler ou de voir le monde
c'est parce que je ne voulais plus recevoir
cent personnes en même temps chez moi
et torcher du jus d'huîtres le lendemain

les réseaux sociaux illuminent ma vie
grâce à eux et l'envie de rendre des comptes
l'envie de rapporter du beau et du bon
comblant mes penchants d'esthète
font que mon quotidien s'embellit
font que je recherche dans les faits et les moments
la beauté en toute chose
pour l'exposer pour la montrer
et par le fait même
ma vie est pleine de savoureux
et délicieux moments

les réseaux sociaux
pour mieux déposer
pour mieux vider mon esprit
et repartir à neuf vers un nouveau cliché
à chaque instant
pour vivre du beau et pour le beau
pour saisir l'heureux

et savez-vous quoi
jamais ces moments
je ne les compte
une fois racontés
ils sont classés
je passe à autre chose

compter et conter
pour mieux naviguer sur le flot

joyeuse deux mil dix-huit les babes
soyons connectés
avec la terre avec l'eau
et entre nous.

xxx

samedi 23 décembre 2017

du feu et beaucoup d'eau



samedi prochain j'écrirai sûrement
mon cinquante-deuxième billet de l'année
alors que j'énumérerai mes réalisations
dans un bilan annuel
comme j'aime tant le faire
parce que j'ai besoin de le faire
parce que souvent je me demande pourquoi
je suis fatiguée à goaler trois cours universitaires
quand mon collègue de classe
en fait cinq à temps plein
en travaillant une vingtaine d'heures par semaine
j'aime savoir que j'ai fait
et vous savez que je suis une fille de médailles
à défaut d'en être une de podiums
je carbure aux réalisations
aux papiers aux photos aux mots
aux témoignages de mon passage sur terre

hier

j'ai écouté vu et entendu
quatre personnes ayant parlé d'elles-mêmes
et de ce qui les avait motivées
à créer le projet dans lequel elles se sont engagées
dans les récentes années

il y avait catherine blanchette-dallaire
fondatrice de onroule.org et sesame.world
laure caillot
la maman zéro déchet
sophie tarnowka
fondatrice de we do something montreal
et fabrice vil
fondateur de pour 3 points

j'adore ces personnes
elles sont bien sûr engagées
et dédiées à leurs causes
et en sont des ambassadeur et ambassadrices hors pair
mais ce qui m'a le plus rejointe
dans leurs présentations d'hier matin
était un point commun
qui a confirmé une intuition
que je traîne avec moi depuis la dernière année

elles ont toutes agi selon un gutts feeling
elles ont toutes senti en elles
une rage une indignation un besoin de changement
et ont tranquillement transformé ce malaise
en action de façon à diminuer la dissonance

sans savoir comment leur action
allait se concrétiser
en suivant leur instinct
en ayant peur
en doutant
en ne sachant pas

petit à petit
elles ont rencontré des gens
qu'elles ne connaissaient pas avant
qui leur ont permis de continuer à avancer
leurs organismes leurs médailles leurs réalisations
ne sont que le témoignage de leurs parcours
ce qui compte là-dedans c'est le parcours

je confirme donc
que si mon coeur et mon intuition
me guident de changer et de faire
je n'ai pas besoin de me poser la question
à savoir où cela va me mener
je n'ai qu'à en être consciente
et suivre le chemin
en le faisant bien
en faisant tout de mon mieux
et en connaissant mes motivations

geneviève qui traite mon muscle raide du mollet
en acupuncture
me parle de l'eau
qui est l'élément de l'hiver
l'eau a de nombreuses vertus
et caractéristiques
dont celle de couler
mais également de déposer

tout concorde avec la saison
je vais arrêter de réfléchir et rationaliser
pour quelques jours
je vais juste sentir
et me déposer

il y a un temps pour le feu
qui pousse à agir
et il y a un temps pour l'eau
qui consolide et guérit.

(et du coup me revient en tête
ce ver d'oreille d'enya que je ne vous mettrai
pas en lien
parce que je trouve que la chanson a mal vieilli).

samedi 16 décembre 2017

à l'ardoise


(je sais de quelle ardoise il s'agit)

j'aime faire des demandes d'admission
à des programmes universitaires
les deux derniers non complétés
sont un certificat en création littéraire
débuté entre la fin du MBA
et le début du certificat en comptabilité
puis un certificat en muséologie
et diffusion de l'art
que je n'ai pas pu débuter
car le certificat en comptabilité
exigeait que mes cours lui soient exclusifs

j'aime m'inscrire à des cours
comme les coureurs aiment s'inscrire à des courses
je suis juste motivée par mon envie de le faire
puis lorsque j'y pense je me dis que je sais le faire
que j'ai déjà étudié
que les apprentissages ne seront qu'incrémentaux
que ce sera légèrement difficile
mais totalement à ma portée

alors je fais des cours universitaires
et des fois ça me fait compléter des jalons
un peu lorsqu'à force de courir quarante-deux virgule deux kilomètres
on complète un marathon

mais j'aime vraiment ça étudier
et les quatorze cours en comptabilité
que je viens juste de finir
ne sont qu'une portion
du grand nombre de cours universitaires complétés
au fil de ma vie
et de ceux qu'il me reste à faire prochainement
pour me préparer aux grands examens de profession

j'aime tellement l'université
que des fois je me dis que je devrais plutôt
enseigner qu'étudier
j'y serais plus utile
et ça me coûterait moins cher

ma' a dit une ou deux fois
mais je pense bien que cela vient d'elle
qu'il y a deux grandes phases dans la vie
celle où tu prends
et qui comprend bien sûr toute la phase de l'enfance
puis celle de l'apprentissage
et celle où tu donnes
soit celle où tu contribues à la société
en produisant des choses utiles

en étudiant toutes ces années
j'ai l'impression d'être restée prise
dans la phase un
comme l'aiguille bloquée dans un sillon
et qu'il faudra bien qu'un jour je finisse
par consolider mes acquis
pour qu'ils soient utiles à la société

bref
place aux remerciements

j'ai complété ce premier jalon universitaire
en comptabilité grâce à
ma candeur ma naïveté et ma tête de linotte
mon orgueil mon orgueil et encore mon orgueil
ma stupeur ma discipline mon travail
mon acharnement mon stress ma confiance
mes capacités mes apprentissages

l'homme-chat qui m'encourage sans arrêt
tous les membres de la famille incluant le chat
tous les amis de partout
sur la planète virtuelle
dans le chlore
et sur les flancs du mont-royal et du parc la fontaine

adeline
alec
anie
castin
catherine
chantal
christine
debbie
elie
jasmine
joseph
ksenia
marianne
marie-lisa
maggie
mathieu
mohamed
sarah
thierry
thierry deux
vincent
mes précieux partenaires de travaux d'équipe

andré
atef
bruno
chantal
claude
denis
janine
louise
marie
pierre
rachel
renée
robert
sylvain
mes passionnés enseignants

pour apprendre et aimer apprendre
il faut un écosystème
il faut de bonnes conditions
j'avais le temps de penser et réfléchir
j'avais les moyens de me nourrir
le cerveau était disponible
et chacune des personnes qui m'entourait
croyait en mes capacités autant que moi

il faut faire la juste part
ça ne vient pas tout seul
avec les bons ingrédients
on compose une belle ardoise
après c'est à nous de choisir
si on rajoute de nouvelles saveurs
de nouveaux savoirs

et à quel moment et avec qui on les partage.