samedi 25 mars 2017

fugacité



ma vie est un embranchement
un réveil ignorant
fruit du seul hasard
fonçant vers la mort
en ne sachant pas plus
où mène l'autre route

ma vie n'est pas bataille
elle est une suite de gestes
des rituels insensés
qui escamotent la beauté

ma vie est aveugle
elle a si peu de temps
pour attraper l'essence
les effluves organiques
l'héritage
la civilisation
la science
la technologie
la littérature
l'art
l'architecture
et la mathématique

ma vie ne sait pas où aller
elle sait seulement avancer
avec des indications abstraites
une voix qui lui parle
d'abysalles entrailles

ma vie ne sait rien des autres
elle est un peu superflue
elle ne se lie ni aux fleurs
ni aux parfums de celles-ci
quand par hasard elle s'arrête
pour contempler ses semblables
ma vie sourit mais sans savoir

elle n'a pas d'existence
elle est diaphane
elle va disparaître
sans grand souci ni dégât

ma vie passe
elle est sans conséquence
rien ne sert donc de l'alourdir
avec de graves importances.


samedi 18 mars 2017

la ferme



je me demande ce qu'être fermé le samedi
a en commun avec la ferme
d'ailleurs il n'y a pas de lion à la ferme
il faudrait que je fouille dans antidote
ou wikipedia y a-t-il encore un larousse
je veux dire en ligne tu sais
qui m'expliquerait l'étymologie
du verbe fermer

il n'était pas question de fermer ce matin
sous prétexte de me lever tard
ou de manquer de choses à dire

j'ai une certaine fierté à tenir ce blogue
et à y pointer régulièrement
comme à la ferme où tout est orchestré
comme un ballet russe
malgré les aléas de la nature
mais réglé quand même au quart de tour
à la technique pomodoro

donc pas question de fermer ce matin
loin d'être une obligation une cassure
le fait de coucher dans l'univers une centaine de mots
pendant une heure le matin
est plutôt une hygiène de vie
une façon de tisser des liens
là où on n'en verrait pas normalement
le fait de tracer un sentier
dans le champ allant de l'étable à l'écurie
juste du fait d'avoir mis le pied
dans une mare bouetteuse

il faut y être
just show up qu'ils disent
ensuite on verra

il y a toujours au hasard de l'action
un embranchement
comme les très beaux de pierre-léon
ceux qui nous sont encore inconnus
une chatte qui accouche dans l'étable
des oeufs chaudement pondus
ou de la sève qui coule

la ferme
non
on ne la ferme pas
pourquoi donc
plutôt que d'être béant à la vie
à la nouveauté et aux pensées modernes
qui ne sont pas nécessairement enrichissantes
mais toujours symptomatiques
de l'air du temps
lécher son index et le lever
sentir le zeitgeist
puis le tremper dans la crème

j'ai essayé d'être ouverte hier soir
et d'apprendre les nouveaux mots
que les convives prononçaient
lorsqu'ils m'expliquaient l'existence
de groupes auxquels appartenaient
des gens qui prenaient des positions plutôt radicales
mais je ne me souviens même pas des termes utilisés
j'étais un peu fascinée mais plutôt fatiguée
j'ai décidé que je m'y fermais
et qu'il n'y avait là pour moi aucun intérêt
rien qui vaille de mon temps chronométré
ni même errant
rien qui puisse me faire évoluer
pour les cinquante années qu'il me reste à pointer
du coup je me suis sentie vieille
comme quelqu'un qui s'était fermé
et qui à défaut de savoir ce qui se passait
s'était retranché dans ses convictions
et qui serait rapidement dépassé

je me suis dit que ces phénomènes
étaient marginaux et si spécifiques
qu'ils ne valaient pas la peine
qu'on ne peut pas tout savoir
mais voilà le hasard ne les a pas mis sur ma route pour rien
il faudra que j'en comprenne un peu plus
des gens vont naître et vont mourir
et pas juste naturellement
il y a beaucoup de haine ces temps-ci
on disait que les réseaux sociaux la nourrit bien

la vie suit son cours
mais prend des fois des chemins un peu sombres
dans l'univers des humains
elle leur fait dire des choses cruelles
penser des aberrations qui divisent plutôt qu'unissent
il faut savoir que ça existe
comprendre même superficiellement
ne pas rester fermé à ces réalités
mais pas que

il faut aussi continuer à vivre
en restant connecté
avec le plus profond de soi
ce qui est biologique
et spirituel
pas ésotérique
mais spirituel dans l'essence de nos vies

au moins les moutons les brebis les cochons
et autres trucs qui groinent
les plumés qui piaillent
ils ne racontent pas la haine
ce n'est pas à eux que l'on crierait
la ferme!

samedi 11 mars 2017

femina


polly jean harvey

je suis une fille je suis une femme
j'ai peigné pleuré peiné
me suis parfumée
j'ai séduit j'ai enfanté
j'ai nourri j'ai aimé
j'ai travaillé
j'ai jardiné décoré enjolivé
j'ai illuminé et donné

je suis une fille je suis une femme

depuis toujours j'ai évolué
parmi les filles et les garçons
les femmes et les hommes
dans la lumière et non dans l'ombre
dans une vie ouverte et bienveillante
avec le port altier
et la dégaine d'une rock star

je n'ai jamais souffert de mon sexe
les hommes ne m'ont jamais intimidée
ni écrasée ni violée
je n'ai donc jamais senti le besoin
de me battre pour faire valoir mes droits
ne me sentant pas diminuée
par rapport à eux

je dirais même que j'ai passé
une grande partie de ma vie
sans avoir grande conscience
de la condition féminine dans la société
proche moyenne ou lointaine

jusqu'a récemment
j'ai pensé que le combat féministe
était un combat ancien
très digne d'avoir été mené
de la même nature que les soldats canadiens
avaient donné lors de la deuxième guerre
un combat du passé envers lequel
j'étais reconnaissante

l'air ambiant me dit qu'il en est autrement
que plus je m'intéresse aux autres
plus je comprends que la majorité
n'est pas aussi privilégiée
qu'il y a de la violence et de la hargne
qu'il y a d'importants clivages
et j'haguis les positions sectaires
les retranchements sociaux

en mûrissant avec les années
je sais que mon être intérieur refait surface
je comprends que la vie a un sens
je le sens dans mes tripes
les parties profondes de mon identité
être une fille être une femme
être chinoise être mère
être une artiste être travaillante
se manifestent et veulent se camper
je ressens le besoin de définir ces identités
de les comprendre et les appréhender
d'une manière universelle

peut-être parce que je suis rendue là
j'ai reçu
je redonne

mais je ne vais pas crier
ce n'est plus le temps de crier pour moi
c'est le temps de faire du bien
parce que les femmes font le bien.


samedi 4 mars 2017

dossier complet



je veux me faire exorciser
le gène de l'abandon
celui qui me fait mourir en plein coeur de l'action

mais en douceur siouplait
avec effluves de lavande
et sans que je reste poignée
sur le sillon du disque où ça fait mal
où c'est douloureux
où je découvre un morceau de moi
qui soit vraiment honteux
et que je veuille abandonner
mes cinquante prochaines années

je ne voudrais pas non plus me faire soigner
et devenir demain une superachiever
qui ne pense qu'à tout terminer
et à gagner à n'importe quel prix
qui ne dort plus et devient ultracompétitive

le gène de l'abandon
oui celui qui vient me chercher
chaque fois que l'effort me coûte un peu plus cher
celui qui me fait révolter dès que je n'aime plus ça
celui qui me fait arrêter de courir en plein entraînement
des fois même en pleine course
la voix qui me dit d'abandonnner les études en beaux-arts
parce que je ne serais pas aussi bonne
que ceux qui m'entourent

vous savez ce dont je parle
vous l'avez lu dans le portrait de châtelaine
qui se termine sur ce fameux trait de caractère

celui qui permet de mettre en relief un regret
ce à quoi j'ai renoncé

quand je cours
ce gène de l'abandon me défie
je ne comprends pas pourquoi je n'arrive pas à le vaincre
d'où il vient et pourquoi il est en moi
il me cause un trouble de l'opposition
me met en colère contre tout encouragement
ne reviens pas en arrière me chercher avec une tape sur l'épaule
je vais t'envoyer promener même si tu as les meilleures intentions
si j'en ai envie je vais abandonner
et du coup la seule issue possible est l'abdication
la carotte n'est pas assez grosse
pour l'effort que cela me demande
il n'y a aucune conséquence négative
je n'ai pas de gun s'a tempe
alors je choisis souvent l'alternative
de fuir de partir de faire autre chose
plutôt que de me forcer et de terminer

je finis quand même plein de choses
et pas juste mes assiettes
mais je n'ai pas un parcours parfait
et même si ces abandons ne me dérangent pas
dans l'ensemble de ma vie
j'haguis m'avouer faible
et j'aimerais franchement
être capable de courir et de me dépasser
sans me rappeler tout le temps
que je suis une lâcheuse

sans me remémorer ces dossiers incomplets
mon bac en beaux-arts
mon permis de moto
les deux années à faire plein d'argent
pour l'entreprise ontarienne
mon triathlon mon demi au scotia deux mil seize

j'aimerais me débarasser de ce caractère infantile
du ça me tente plus de jouer
j'abandonne
je donne ma langue au chat
je vaux mieux que ça

je veux faire un rebirth
et comprendre pourquoi je suis si douillette
et que si tu me pousses le moindrement
je veuille te tuer
pourquoi comme la chatte dont on tire la queue
je deviens méchante
c'est pas fin ni pour moi ni pour mon entourage

je ne suis pas de nature à l'introspection
et à fouiller en dedans
comme tout le monde j'ai mes bébites
et je ne tiens pas à les remuer
je fonctionne très bien dans l'action
et suis mentalement équilibrée

mais ça me ferait du bien
parce que ces temps-ci
ces unfinished qui m'envahissent
m'emplissent d'urgence de colère et d'aigreur
pis dieu sait que ma vie n'a pas ce loisir-là.


samedi 25 février 2017

chérir



quand tu viens chez nous
c'est beau
c'est pas laid
c'est pas anodin
c'est beau
c'est pas le tapis
c'est pas la lampe
c'est pas le foyer
tu ne sais pas ce que c'est
mais c'est beau

c'est beau parce que j'ai décidé
que c'était beau
que la laideur n'existait pas
que les détails se pouvaient
et que l'ensemble doit être aimé

un de mes anciens amoureux me disait
que lorsqu'on a le choix
on devait choisir la beauté
plutôt que la laideur

entièrement d'accord
c'était dans mes cordes

je ne supporte pas la laideur
à vrai dire je ne la vois pas
c'est pour ça que tu aimes ça chez nous
les accidents de réno
de peinture de cadrage
de niveau
ils sont beaux chez nous
parce qu'ils côtoient le reste
ils fréquentent les objets choisis et chéris
parce que tout est aimé

tu te sens bien quand tu viens chez nous
quand tu manges ma soupe
ou que tu portes mon hoodie
dans le sous-sol lorsqu'il fait déjà frais l'automne
parce que c'est naturel
c'est comme l'homme comme le chat
comme le couteau de cuisine
comme le poulet au four
comme le lion décrissé en avant
comme les feuilles mortes pas ramassées
comme le gazon jauni
comme les cheveux qui trainent par terre
dans la salle de bain
comme les taches sur le miroir pas toujours astiqué
ça baigne dans une aura de volupté

tu aimes ça chez nous
parce que je m'y sens bien
parce que nous y occupons l'espace
nous le meublons des pensées que nous aimons
des livres que nous avons lus
des toiles que nous avons regardées
des images qui nous sont offertes
des cadeaux qui nous sont donnés

tous les jours mon regard s'arrête et aime

rien n'est drabe ni laid
les lustres qui ne portent pas le bon doré
aux deux tons qui jurent dans la salle à manger
je les dépoussière les astique
et je finis par les aimer
comme des oeuvres abandonnées
qui ont le droit d'exister
chez nous

chaque détail reçoit ma contemplation
partout
depuis toujours

la lumière tricolore au coin de la rue
la pente du trottoir
les affiches et les graffitis aléatoires
les traces que mes pieds font dans la neige
les allées d'épicerie trop éclairées du marché chinois
le parquet presque luisant de notre corridor
les planches de chêne mal clouées au rez-de-chaussée
le cercle de peinture écaillée au plafond
les dessins et sérigraphies des fils
les cadres aux fils d'or
les dizaines de miroirs
ramassés sur les trottoirs de la ville

je trouve belles les poignées d'armoires
autant que les cuillers et les fourchettes
les tasses écorchées
et les vieilles bouilloires
je bichonne les objets
je les lave les astique les utilise
comme je contemple les fenêtres des appartements
de l'autre côté de la rue

j'aime quand la laideur se présente
le trash le rock l'incohérence
ils me font visite de temps à autre
et cherchent leur place dans l'univers
qu'ils finissent toujours par adopter
et où ils aiment se lover.

samedi 18 février 2017

interprétation libre




ah oui johanne j'aimerais bien
avoir la tête pleine d'idées et de mots
à vous livrer sur papier velin
chaque samedi matin

des fois j'ai l'impression d'avoir fait
cent mille fois
le tour de la question

je vous prends donc un peu d'inspiration
pour ma matinale interprétation

je crois nathalie que les chiffres sont importants
surtout lorsqu'on oublie de convertir
des degrés celsius en farenheit
car on risque d'essuyer un fâcheux échec
en exécutant une recette pour le gâteau sous la cloche
et de se retrouver avec une pâte molle
alors qu'on tente d'élever une meringue

un jour j'écrirai que j'aime les chiffres
ils traduisent dans un même langage
tant de réalités différentes
des concepts abstraits
que nous ne pourrions autrement
comparer mesurer ou relativiser

j'aime les chiffres
mais dans l'inspiration
j'aime bien entendu mieux la tarte au citron
carinne je ne l'ai pas encore mise au menu
alors que j'opterai lundi pour un marbré classique
vous savez ce genre de gâteau facile
qui m'évitera un autre cuisant
et je ne le répéterai pas deux fois
ce mot débutant par un e par un é même dirais-je
que sophie m'a hasardeusement déniché
car tellement j'abhore faillir

mais je ferai plaisir bien entendu
à ma princesse comète blonde
qui me suggère de vous chanter recette
qui comptera des chiffres
cependant ici en lettres

la recette donc
de la tarte au citron meringuée

comme il faut la réfrigérer
de sept à huit heures
ne la préparez pas à la dernière minute
mais plutôt la veille
surtout si vous recevez votre amant pour son anniversaire
dans lequel cas vous serez pris à baiser en cuisinant
parce que ce ne sera jamais prêt à temps

ok je vous ai perdu
revenez donc à la tarte au citron

merci

en bon élève vous serez outillé
d'un plat à tarte de neuf pouces de diamètres
d'un four chauffant en degrés farenheit ou en celsius
en autant que vous ayez une tête pour choisir
un réfrigérateur pour tout refroidir
un batteur électrique et un fouet manuel
quelques cul de poules
des tasses à mesurer à profusion
des cuillères de toutes tailles
de la fougue et de la bonne humeur
et des lunettes de lecture pour si

la croûte nécessitera
une tasse de farine
trois cuillères à soupe de sucre
une pincée de poudre à pâte
six cuillères à soupe de beurre froid coupé en dés
et un oeuf

il vous faudra réchauffer le four à quatre cent degrés
vous devinez que ce ne sont pas des celsius
ce seront donc des farenheit

mélangez au robot ou avec ce qu'il faut
tous les ingrédients secs puis ajoutez le beurre
et mélangez jusquà ce que la texture soit sablonneuse
mais pas bitumineuse
ajoutez l'oeuf pondu par la poule
et mélangez jusqu'à
ce que votre pâte soit granuleuse
prenez un temps d'arrêt et admirez
votre travail

sortez votre plat à tarte
que vous n'aurez pas besoin de beurrer
car devinez quoi
votre pâte contient assez de gras
pressez-la de vos doigts dans le fond
et sur les bords du moule
enfournez cette coquille pour vingt-deux minutes
soyons précis de grâce
et sur la grille du milieu pardieu
jusqu'à ce que la croûte soit dorée

en sortant la croûte du four
baissez la température à trois cent cinquante degrés
de la même race
pour tantôt vous verrez

comme il s'agit d'une tarte au citron
vous allez créer une garniture au citron en utilisant
une tasse et quart de sucre
un quart de tasse de fécule de maïs
quatre jaunes d'oeufs
gardez vos blancs pour la meringue qui suivra
le zeste râpé de deux citrons
le jus pressé de quatre citrons ce qui en fera trois quarts de tasse
une tasse et quart d'eau
deux cuillères à soupe de beurre

dans une casserole hors du feu
mélangez le sucre et la fécule de maïs
à l'aide d'un fouet incorporez-y les jaunes d'oeufs
puis le zeste et le jus de citron
ajoutez l'eau et portez à ébullition
laissez mijoter environ une minute
vous devinez que cela épaissira
un quart de tasse de fécule de maïs ma foi
retirez du feu
recouvrez-en la croûte de tarte
puis recouvrez la garniture de papier cellophane
et trouvez une place au frigo pour la laisser tiédir
à cette étape prenez réellement le temps
de faire une belle place au frigo
car votre tarte y passera tantôt
un plutôt long séjour
faites ça comme il faut please

vous entamerez la meringue suisse
pour décorer le tout
et vous fabriquerez cela avec
quatre blancs d'oeufs ceux pondus par la poule
dont vous avez déjà battu les jaunes en garniture au citron
dans l'étape précédente mais revenez ici
trois cuillères à soupe d'eau
une cuillère à thé de fécule de maïs
et trois quarts de tasse de sucre

dans le bain-marie d'eau frémissante
mélangez l'eau et la fécule de maïs
et cuisez jusqu'à épaississement
en remuant gaiement du fouet
retirez du bain-marie pour incorporer
les blancs d'oeufs et le sucre
puis rechauffez le mélange doucement
pour dissoudre le sucre
pendant environ une autre minute
à ce stade-ci je vous mets au défi
de voir sans vos lunettes si le sucre est bien dissout
retirez le bol du feu
et battez au fouet électrique
jusqu'à l'obtention de pics semi fermes
ne les comptez pas
les chiffres ne sont pas ici le sujet chère francine
il n'y a pas d'autre sujet que de regarder
toucher et sentir si les pics de la meringue sont semi fermes

faites-vous plaisir en recouvrant la tarte
du mélange meringué
puis enfournez à nouveau
à trois cent cinquante degrés farenheit
pour quinze minutes
jusqu'à ce que la meringue soit bien dorée

rappelez-vous que dans cette recette
la pâte doit être dorée
la meringue doit l'être également
mais la garniture au citron
sera quant à elle jaune bien jaune
même si vous ne la verrez la prochaine fois
que lorsque vous trancherez votre première tranche
mais jamais au grand jamais
sans avoir préalablement réfrigéré votre tarte
plusieurs heures qu'il faudra bien compter
car il en faudra de sept à huit
dans cette jolie place que vous lui avez préparée
au frigo entre le céleri ramolli
et la pinte de lait vide

je pense que vous avez terminé
mais si vous n'avez pas encore commencé
et que les nombres épelés vous irritent
je vous offre la recette du grand ricardo
rédigée avec expertise pour une exécution sans faille ici
pour les compteux que vous ne savez pas que vous êtes.


samedi 11 février 2017

les gâteaux de l'étudiante



je ne deviendrai pas pâtissière
ni boulangère
ça ne fait partie d'aucun de mes plans
ni de proche ni de loin
je fais des gâteaux pour me nourrir
et pour fabriquer quelque chose de mes mains

en décembre dernier
j'ai confectionné des biscuits pour les fêtes
et j'ai retrouvé le plaisir
de battre les jaunes d'oeuf
avec le sucre blanc
de passer ma main dans un bol de farine
d'y jeter sel et poudre à pâte
de moudre des amandes des pistaches
de faire fondre le chocolat au bain-marie
de jouer avec ma spatule
mon rouleau à pâte
et mon papier parchemin

je m'étais mis en tête
de cuisiner chaque soir de semaine dès janvier
ce que je réussis assez bien
à quelques exceptions près
en rédigeant un menu le dimanche
et faisant mon épicerie
le lundi après-midi

j'aime fabriquer ce que je manque
et les gâteaux du déjeuner sont exactement ça
chaque matin sous la cloche
j'ai quelque chose de délicieux à mettre en bouche
et c'est moi qui l'ai fait
c'est pour ça que je fais des gâteaux

je ne cherche pas le défi de la pâtisserie
un type de truc plutôt qu'un autre
je pense à ce que j'ai envie de manger
je trouve quelque chose sur google
et j'essaye de le fabriquer

ce qui est fantastique avec la cuisine
incluant les biscuits et les gâteaux
c'est la possibilité de créer quelque chose rapidement
passer de rien à quelque chose
je veux dire
c'est pas mal plus simple
de faire un pain au bananes
que de construire une maison disons
ou fabriquer un flo pendant neuf mois
j'ai besoin de ça régulièrement
un résultat matérialisé
qui diffère des résultats numériques
figurant à mes relevés de notes

des fois la pâtisserie c'est ardu
comme ce dernier croquant de cette semaine
qui m'a pris deux heures à confectionner
dont j'ai réussi toutes les meringues et les génoises
mais dont la crème au beurre au café m'a fait suer
sinon je manque rarement une recette de gâteau
ou de biscuits

j'ai constaté que j'aimais faire de la pâtisserie
car je suis une bonne élève
lorsqu'une recette est bien écrite
je la suis
simplement
une étape à la fois
c'est difficile à rater
mais il ne faut pas la contester
et partir avec sa propre initiative
des fois mon esprit de leadership
voudra la comprendre au complet
en la lisant maintes et maintes fois
et la validant avec l'image du résultat final
avant d'en entamenr le processus
des fois les recettes sont juste mal écrites
n'étant pas du tout chronologiques
même lorsque publiées par la brillante maison ricardo

sinon c'est simple
c'est un repos de mon esprit que j'adore
le lundi après-midi
tous mes neurones sont concentrés à la tâche
comme lorsque je fais du yoga
je ne pense à rien d'autre
que les gestes que j'accomplis minutieusement
sans savoir d'avance ceux qui suivront

bref je fais de la pâtisserie
pour me reposer
pour créer une chose qui dure quelques jours
que je peux voir sentir toucher
pour manger bon dans 'yieule
et pour publier de belles photos sur instagram

tadam.


samedi 4 février 2017

souriez vous êtes filmé



je me suis emportée
samedi dernier
en disant que les humains
étaient un peu niais
ne pensant pas pour le mieux de l'humanité

et pourtant
en bons animaux que nous sommes
nous n'avons plus de prédateurs
pour nous courir après
nous n'avons plus que nous-mêmes
pour nous reproduire
ad infinitum
dans le même univers
de ressources limitées
comme des matous en danger
nous défendons notre cour
notre territoire
notre descendance
nos possessions

mais nous avons un peu plus de cruauté
que toute autre espèce
pour anéantir notre compétition
et nous approprier toutes les ressources

mais n'allez pas croire
que je n'aime pas les humains
loin de là
je les adore
j'adore cette race

happy happy me

vous me direz que je suis née sous une bonne étoile
sous un ciel ensoleillé
et vous aurez raison

à l'âge de vingt ans
vous auriez plutot dit
que j'étais une fille d'intempéries
mais depuis l'âge adulte
je suis devenue très sage et calme
à cause de tous ces humains qui m'entourent
et qui n'ont jamais à mon égard
fait preuve d'animosité

happy happy me

donc
mon bonheur passe par les humains
pas juste les nombreux
les centaines que je fréquente avec bonheur
gourmandise et curiosité
sur les réseaux sociaux
qu'ils me connaissent ou non

mais surtout et de plus en plus
par les humains en chair et en os
ceux que l'on prend dans nos bras
à deux semaines ou soixante-douze ans
les humains dont les yeux s'illuminent
et dont la bouche se décore de dents blanches
dès qu'on place entre eux et soi
la copie du travail à faire en classe
dès qu'on leur dit bonjour
dès qu'on leur sourit dans le métro
dès qu'on les aide à monter la poussette dans les marches
dès qu'on leur dit merci
dès qu'on les appelle en levant la main
dès qu'on répond à leur question
dès qu'on enlève son manteau du siège à côté
dès qu'on leur cède sa place ou qu'on se tasse un peu
dès qu'on leur offre un café
dès qu'on prend un exemplaire de leur journal
dès qu'on s'intéresse à eux
dont on témoigne l'existence

ces humains-là
je les veux de plus en plus dans ma vie
j'en veux un par jour
au moins
car il apporte tant de lumière
encore plus que toute la lumière
autour de laquelle nous tournons tout ignescents
cet humain qui est reconnaissant
il apporte la lumière de la gratitude
la chaleur dans le coeur
la connexion
le synchronisme à la vie
le sentiment
l'amour
l'amitié

un sourire
souriez-moi
prenez-moi dans vos bras.

samedi 28 janvier 2017

ce cerveau prétentieux



les abeilles ont-elles du plaisir
des orgasmes une piscine creusée
un château de la loire
trois semaines de vacances
sur le bord de la méditérannée

les abeilles ont-elles des droits
des devoirs et des obligations
ou sont-elles strictement programmées
par leur code génétique
dictant leurs faits et gestes
dans le seul but de se nourrir
nourrir leur reine et ses rejetons
pour perpétuer l'espèce
quitte à mourir en cent vingt jours

pourquoi sommes-nous si différents
parce que nous vivons soixante-dix ans
plutôt qu'un tiers d'année
parce que nous sommes capables de la pensée
et qu'il nous faille donc trouver un sens
au-delà du devoir et des obligations

mais quels sont-ils donc ces devoirs
une fois que l'on déconstruit tous les systèmes
celui de la santé
celui de l'éducation
la primaire la secondaire la supérieure
le sytème économique
la main invisible
les cultes
les conglomérats et actionnariats
les bateaux les châteaux les gâteaux

une fois que ces constructions humaines
n'existent plus
que reste-t-il

des êtres humains
parmi d'autres espèces animales
trouvant des moyens de survie
pour se reproduire et durer

enfin je veux dire
quand je mourai
ce sera essentiellement ça ma vie
naître me reproduire et mourir
ce sera quoi d'autre sinon

je pense à tout cela alors que
depuis mercredi
mon thorax se serre en pensant
à la nécessité d'une journée de la santé mentale
à l'angoisse au stress au cancer
à l'épuisement professionnel
au manque de sens à la dépression
au suicide
au fait qu'on ne se sente jamais à la hauteur
au fait que mcsween nous ramène encore dans la face
notre devoir individuel
parce que nous n'avons pas réussi
à nous construire une collectivité
un essaim et un objectif humble
respectueux de l'écosystème biologique
dans lequel nous sommes partie

alors nous sommes seuls à nous battre
contre eux
ceux-là
les autres
les qui déjà
les abeilles
les dinosaures
les lions

mais contre qui nous battons-nous
si ce n'est que contre nous-mêmes
si ce n'est le mal dont nous nous emballons
les murs que nous érigeons
pour nous protéger individuellement
plutôt qu'agir ensemble
pour être plus fort et plus grand
dans l'âme le coeur et le corps
pendant soixante-dix ans
et des fois cent quatre

faisons l'amour
bien comme il faut
reproduisons-nous et cultivons des jardins
pour perpétuer la belle race humaine
et de grâce
arrêtons de trop intellectualiser
ce fait si simple
que d'exister
car malgré que nous ayons
le cerveau le plus développé
du règne animal
nous n'avons pas encore compris
que nous créons notre propre destruction
plutôt que notre évolution.


samedi 21 janvier 2017

pour le plaisir



en fait c'est plutôt pour la forme
mais je voulais absolument intituler ce billet
pour le plaisir
pour vous envoyer de suite écouter ce hit du kitsch
de notre flamboyant herbert léonard
pendant que vous lisez mon xième retour du balancier
au sujet de la course à pied

ça m'a frappé en pleine face
à l'aube mercredi matin
alors que mon corps voulait sortir courir
après neuf jours d'immobilisme

il n'y a pas un coureur qui passe
de si longues périodes de temps sans sortir courir
mais voilà
je n'aime pas vraiment ça courir
en fait sur les cent à deux cents fois de ma vie
où je suis sortie courir
pour m'entraîner ou dans le cadre d'une course officielle
je compte sur les doigts de mes deux mains
le nombre de fois où j'ai vraiment aimé courir
je veux dire trouver la grâce pendant que je cours

je cours non pas parce que je sois obligée de le faire
je n'ai pas le temps de m'astreindre à quoi que ce soit
mais parce que j'aime tant de choses
qui entourent la course à pied
d'abord l'idée de rester en forme à peu de frais
la simplicité de pratiquer ce sport
où que l'on soit sur la planète
ensuite les bienfaits de l'exercice
sur la condition physique et mentale
et puis avouons-le les médailles
et les accomplissements
le fait de m'améliorer de temps à autre

mais mercredi donc
je me disais que mon high typique de fin de course
du demi-marathon de septembre deux mil seize
m'avait donné envie de courir plus vite
et de me fixer des objectifs plus compétitifs
c'est toujours ça qui arrive
quand j'accomplis quelque chose
je suis soit contente ou déçue
et la déception arrive lorsque ma performance
est moins bonne qu'avant
je me dis que je n'ai pas assez travaillé
l'orgueil prend le dessus et la raison me dit
que tout est possible
je suis galvanisée par les endorphines
et me dis que la prochaine fois
je travaillerai plus fort pour m'améliorer

mais depuis le temps que je cours
je sais très bien que je n'ai plus la discipline
pour m'améliorer en course
je n'aime pas assez les efforts que cela implique

je pense que l'effort minimal que cela prenait
pour faire de moi une coureuse
a été effectué
je suis devenue une coureuse
je sais que je peux courir
j'aime courir et je veux courir longtemps
mais je n'aime pas être obligée de courir
quand je n'en ai pas envie

conséquemment

je laisse tomber mes objectifs
d'améliorer mon temps de course
je préfère vivre avec une déception de temps à autre
de m'inscrire à une course moins bien préparée
et finir avec un mauvais temps
que de me sentir coupable
chaque matin où je ne sors pas courir
au moins une demi-heure pour suivre un plan

j'aime trop la course pour la gaspiller
pour l'abandonner

j'ai hâte de courir pour le plaisir.