samedi 18 février 2017

interprétation libre




ah oui johanne j'aimerais bien
avoir la tête pleine d'idées et de mots
à vous livrer sur papier velin
chaque samedi matin

des fois j'ai l'impression d'avoir fait
cent mille fois
le tour de la question

je vous prends donc un peu d'inspiration
pour ma matinale interprétation

je crois nathalie que les chiffres sont importants
surtout lorsqu'on oublie de convertir
des degrés celsius en farenheit
car on risque d'essuyer un fâcheux échec
en exécutant une recette pour le gâteau sous la cloche
et de se retrouver avec une pâte molle
alors qu'on tente d'élever une meringue

un jour j'écrirai que j'aime les chiffres
ils traduisent dans un même langage
tant de réalités différentes
des concepts abstraits
que nous ne pourrions autrement
comparer mesurer ou relativiser

j'aime les chiffres
mais dans l'inspiration
j'aime bien entendu mieux la tarte au citron
carinne je ne l'ai pas encore mise au menu
alors que j'opterai lundi pour un marbré classique
vous savez ce genre de gâteau facile
qui m'évitera un autre cuisant
et je ne le répéterai pas deux fois
ce mot débutant par un e par un é même dirais-je
que sophie m'a hasardeusement déniché
car tellement j'abhore faillir

mais je ferai plaisir bien entendu
à ma princesse comète blonde
qui me suggère de vous chanter recette
qui comptera des chiffres
cependant ici en lettres

la recette donc
de la tarte au citron meringuée

comme il faut la réfrigérer
de sept à huit heures
ne la préparez pas à la dernière minute
mais plutôt la veille
surtout si vous recevez votre amant pour son anniversaire
dans lequel cas vous serez pris à baiser en cuisinant
parce que ce ne sera jamais prêt à temps

ok je vous ai perdu
revenez donc à la tarte au citron

merci

en bon élève vous serez outillé
d'un plat à tarte de neuf pouces de diamètres
d'un four chauffant en degrés farenheit ou en celsius
en autant que vous ayez une tête pour choisir
un réfrigérateur pour tout refroidir
un batteur électrique et un fouet manuel
quelques cul de poules
des tasses à mesurer à profusion
des cuillères de toutes tailles
de la fougue et de la bonne humeur
et des lunettes de lecture pour si

la croûte nécessitera
une tasse de farine
trois cuillères à soupe de sucre
une pincée de poudre à pâte
six cuillères à soupe de beurre froid coupé en dés
et un oeuf

il vous faudra réchauffer le four à quatre cent degrés
vous devinez que ce ne sont pas des celsius
ce seront donc des farenheit

mélangez au robot ou avec ce qu'il faut
tous les ingrédients secs puis ajoutez le beurre
et mélangez jusquà ce que la texture soit sablonneuse
mais pas bitumineuse
ajoutez l'oeuf pondu par la poule
et mélangez jusqu'à
ce que votre pâte soit granuleuse
prenez un temps d'arrêt et admirez
votre travail

sortez votre plat à tarte
que vous n'aurez pas besoin de beurrer
car devinez quoi
votre pâte contient assez de gras
pressez-la de vos doigts dans le fond
et sur les bords du moule
enfournez cette coquille pour vingt-deux minutes
soyons précis de grâce
et sur la grille du milieu pardieu
jusqu'à ce que la croûte soit dorée

en sortant la croûte du four
baissez la température à trois cent cinquante degrés
de la même race
pour tantôt vous verrez

comme il s'agit d'une tarte au citron
vous allez créer une garniture au citron en utilisant
une tasse et quart de sucre
un quart de tasse de fécule de maïs
quatre jaunes d'oeufs
gardez vos blancs pour la meringue qui suivra
le zeste râpé de deux citrons
le jus pressé de quatre citrons ce qui en fera trois quarts de tasse
une tasse et quart d'eau
deux cuillères à soupe de beurre

dans une casserole hors du feu
mélangez le sucre et la fécule de maïs
à l'aide d'un fouet incorporez-y les jaunes d'oeufs
puis le zeste et le jus de citron
ajoutez l'eau et portez à ébullition
laissez mijoter environ une minute
vous devinez que cela épaissira
un quart de tasse de fécule de maïs ma foi
retirez du feu
recouvrez-en la croûte de tarte
puis recouvrez la garniture de papier cellophane
et trouvez une place au frigo pour la laisser tiédir
à cette étape prenez réellement le temps
de faire une belle place au frigo
car votre tarte y passera tantôt
un plutôt long séjour
faites ça comme il faut please

vous entamerez la meringue suisse
pour décorer le tout
et vous fabriquerez cela avec
quatre blancs d'oeufs ceux pondus par la poule
dont vous avez déjà battu les jaunes en garniture au citron
dans l'étape précédente mais revenez ici
trois cuillères à soupe d'eau
une cuillère à thé de fécule de maïs
et trois quarts de tasse de sucre

dans le bain-marie d'eau frémissante
mélangez l'eau et la fécule de maïs
et cuisez jusqu'à épaississement
en remuant gaiement du fouet
retirez du bain-marie pour incorporer
les blancs d'oeufs et le sucre
puis rechauffez le mélange doucement
pour dissoudre le sucre
pendant environ une autre minute
à ce stade-ci je vous mets au défi
de voir sans vos lunettes si le sucre est bien dissout
retirez le bol du feu
et battez au fouet électrique
jusqu'à l'obtention de pics semi fermes
ne les comptez pas
les chiffres ne sont pas ici le sujet chère francine
il n'y a pas d'autre sujet que de regarder
toucher et sentir si les pics de la meringue sont semi fermes

faites-vous plaisir en recouvrant la tarte
du mélange meringué
puis enfournez à nouveau
à trois cent cinquante degrés farenheit
pour quinze minutes
jusqu'à ce que la meringue soit bien dorée

rappelez-vous que dans cette recette
la pâte doit être dorée
la meringue doit l'être également
mais la garniture au citron
sera quant à elle jaune bien jaune
même si vous ne la verrez la prochaine fois
que lorsque vous trancherez votre première tranche
mais jamais au grand jamais
sans avoir préalablement réfrigéré votre tarte
plusieurs heures qu'il faudra bien compter
car il en faudra de sept à huit
dans cette jolie place que vous lui avez préparée
au frigo entre le céleri ramolli
et la pinte de lait vide

je pense que vous avez terminé
mais si vous n'avez pas encore commencé
et que les nombres épelés vous irritent
je vous offre la recette du grand ricardo
rédigée avec expertise pour une exécution sans faille ici
pour les compteux que vous ne savez pas que vous êtes.


samedi 11 février 2017

les gâteaux de l'étudiante



je ne deviendrai pas pâtissière
ni boulangère
ça ne fait partie d'aucun de mes plans
ni de proche ni de loin
je fais des gâteaux pour me nourrir
et pour fabriquer quelque chose de mes mains

en décembre dernier
j'ai confectionné des biscuits pour les fêtes
et j'ai retrouvé le plaisir
de battre les jaunes d'oeuf
avec le sucre blanc
de passer ma main dans un bol de farine
d'y jeter sel et poudre à pâte
de moudre des amandes des pistaches
de faire fondre le chocolat au bain-marie
de jouer avec ma spatule
mon rouleau à pâte
et mon papier parchemin

je m'étais mis en tête
de cuisiner chaque soir de semaine dès janvier
ce que je réussis assez bien
à quelques exceptions près
en rédigeant un menu le dimanche
et faisant mon épicerie
le lundi après-midi

j'aime fabriquer ce que je manque
et les gâteaux du déjeuner sont exactement ça
chaque matin sous la cloche
j'ai quelque chose de délicieux à mettre en bouche
et c'est moi qui l'ai fait
c'est pour ça que je fais des gâteaux

je ne cherche pas le défi de la pâtisserie
un type de truc plutôt qu'un autre
je pense à ce que j'ai envie de manger
je trouve quelque chose sur google
et j'essaye de le fabriquer

ce qui est fantastique avec la cuisine
incluant les biscuits et les gâteaux
c'est la possibilité de créer quelque chose rapidement
passer de rien à quelque chose
je veux dire
c'est pas mal plus simple
de faire un pain au bananes
que de construire une maison disons
ou fabriquer un flo pendant neuf mois
j'ai besoin de ça régulièrement
un résultat matérialisé
qui diffère des résultats numériques
figurant à mes relevés de notes

des fois la pâtisserie c'est ardu
comme ce dernier croquant de cette semaine
qui m'a pris deux heures à confectionner
dont j'ai réussi toutes les meringues et les génoises
mais dont la crème au beurre au café m'a fait suer
sinon je manque rarement une recette de gâteau
ou de biscuits

j'ai constaté que j'aimais faire de la pâtisserie
car je suis une bonne élève
lorsqu'une recette est bien écrite
je la suis
simplement
une étape à la fois
c'est difficile à rater
mais il ne faut pas la contester
et partir avec sa propre initiative
des fois mon esprit de leadership
voudra la comprendre au complet
en la lisant maintes et maintes fois
et la validant avec l'image du résultat final
avant d'en entamenr le processus
des fois les recettes sont juste mal écrites
n'étant pas du tout chronologiques
même lorsque publiées par la brillante maison ricardo

sinon c'est simple
c'est un repos de mon esprit que j'adore
le lundi après-midi
tous mes neurones sont concentrés à la tâche
comme lorsque je fais du yoga
je ne pense à rien d'autre
que les gestes que j'accomplis minutieusement
sans savoir d'avance ceux qui suivront

bref je fais de la pâtisserie
pour me reposer
pour créer une chose qui dure quelques jours
que je peux voir sentir toucher
pour manger bon dans 'yieule
et pour publier de belles photos sur instagram

tadam.


samedi 4 février 2017

souriez vous êtes filmé



je me suis emportée
samedi dernier
en disant que les humains
étaient un peu niais
ne pensant pas pour le mieux de l'humanité

et pourtant
en bons animaux que nous sommes
nous n'avons plus de prédateurs
pour nous courir après
nous n'avons plus que nous-mêmes
pour nous reproduire
ad infinitum
dans le même univers
de ressources limitées
comme des matous en danger
nous défendons notre cour
notre territoire
notre descendance
nos possessions

mais nous avons un peu plus de cruauté
que toute autre espèce
pour anéantir notre compétition
et nous approprier toutes les ressources

mais n'allez pas croire
que je n'aime pas les humains
loin de là
je les adore
j'adore cette race

happy happy me

vous me direz que je suis née sous une bonne étoile
sous un ciel ensoleillé
et vous aurez raison

à l'âge de vingt ans
vous auriez plutot dit
que j'étais une fille d'intempéries
mais depuis l'âge adulte
je suis devenue très sage et calme
à cause de tous ces humains qui m'entourent
et qui n'ont jamais à mon égard
fait preuve d'animosité

happy happy me

donc
mon bonheur passe par les humains
pas juste les nombreux
les centaines que je fréquente avec bonheur
gourmandise et curiosité
sur les réseaux sociaux
qu'ils me connaissent ou non

mais surtout et de plus en plus
par les humains en chair et en os
ceux que l'on prend dans nos bras
à deux semaines ou soixante-douze ans
les humains dont les yeux s'illuminent
et dont la bouche se décore de dents blanches
dès qu'on place entre eux et soi
la copie du travail à faire en classe
dès qu'on leur dit bonjour
dès qu'on leur sourit dans le métro
dès qu'on les aide à monter la poussette dans les marches
dès qu'on leur dit merci
dès qu'on les appelle en levant la main
dès qu'on répond à leur question
dès qu'on enlève son manteau du siège à côté
dès qu'on leur cède sa place ou qu'on se tasse un peu
dès qu'on leur offre un café
dès qu'on prend un exemplaire de leur journal
dès qu'on s'intéresse à eux
dont on témoigne l'existence

ces humains-là
je les veux de plus en plus dans ma vie
j'en veux un par jour
au moins
car il apporte tant de lumière
encore plus que toute la lumière
autour de laquelle nous tournons tout ignescents
cet humain qui est reconnaissant
il apporte la lumière de la gratitude
la chaleur dans le coeur
la connexion
le synchronisme à la vie
le sentiment
l'amour
l'amitié

un sourire
souriez-moi
prenez-moi dans vos bras.

samedi 28 janvier 2017

ce cerveau prétentieux



les abeilles ont-elles du plaisir
des orgasmes une piscine creusée
un château de la loire
trois semaines de vacances
sur le bord de la méditérannée

les abeilles ont-elles des droits
des devoirs et des obligations
ou sont-elles strictement programmées
par leur code génétique
dictant leurs faits et gestes
dans le seul but de se nourrir
nourrir leur reine et ses rejetons
pour perpétuer l'espèce
quitte à mourir en cent vingt jours

pourquoi sommes-nous si différents
parce que nous vivons soixante-dix ans
plutôt qu'un tiers d'année
parce que nous sommes capables de la pensée
et qu'il nous faille donc trouver un sens
au-delà du devoir et des obligations

mais quels sont-ils donc ces devoirs
une fois que l'on déconstruit tous les systèmes
celui de la santé
celui de l'éducation
la primaire la secondaire la supérieure
le sytème économique
la main invisible
les cultes
les conglomérats et actionnariats
les bateaux les châteaux les gâteaux

une fois que ces constructions humaines
n'existent plus
que reste-t-il

des êtres humains
parmi d'autres espèces animales
trouvant des moyens de survie
pour se reproduire et durer

enfin je veux dire
quand je mourai
ce sera essentiellement ça ma vie
naître me reproduire et mourir
ce sera quoi d'autre sinon

je pense à tout cela alors que
depuis mercredi
mon thorax se serre en pensant
à la nécessité d'une journée de la santé mentale
à l'angoisse au stress au cancer
à l'épuisement professionnel
au manque de sens à la dépression
au suicide
au fait qu'on ne se sente jamais à la hauteur
au fait que mcsween nous ramène encore dans la face
notre devoir individuel
parce que nous n'avons pas réussi
à nous construire une collectivité
un essaim et un objectif humble
respectueux de l'écosystème biologique
dans lequel nous sommes partie

alors nous sommes seuls à nous battre
contre eux
ceux-là
les autres
les qui déjà
les abeilles
les dinosaures
les lions

mais contre qui nous battons-nous
si ce n'est que contre nous-mêmes
si ce n'est le mal dont nous nous emballons
les murs que nous érigeons
pour nous protéger individuellement
plutôt qu'agir ensemble
pour être plus fort et plus grand
dans l'âme le coeur et le corps
pendant soixante-dix ans
et des fois cent quatre

faisons l'amour
bien comme il faut
reproduisons-nous et cultivons des jardins
pour perpétuer la belle race humaine
et de grâce
arrêtons de trop intellectualiser
ce fait si simple
que d'exister
car malgré que nous ayons
le cerveau le plus développé
du règne animal
nous n'avons pas encore compris
que nous créons notre propre destruction
plutôt que notre évolution.


samedi 21 janvier 2017

pour le plaisir



en fait c'est plutôt pour la forme
mais je voulais absolument intituler ce billet
pour le plaisir
pour vous envoyer de suite écouter ce hit du kitsch
de notre flamboyant herbert léonard
pendant que vous lisez mon xième retour du balancier
au sujet de la course à pied

ça m'a frappé en pleine face
à l'aube mercredi matin
alors que mon corps voulait sortir courir
après neuf jours d'immobilisme

il n'y a pas un coureur qui passe
de si longues périodes de temps sans sortir courir
mais voilà
je n'aime pas vraiment ça courir
en fait sur les cent à deux cents fois de ma vie
où je suis sortie courir
pour m'entraîner ou dans le cadre d'une course officielle
je compte sur les doigts de mes deux mains
le nombre de fois où j'ai vraiment aimé courir
je veux dire trouver la grâce pendant que je cours

je cours non pas parce que je sois obligée de le faire
je n'ai pas le temps de m'astreindre à quoi que ce soit
mais parce que j'aime tant de choses
qui entourent la course à pied
d'abord l'idée de rester en forme à peu de frais
la simplicité de pratiquer ce sport
où que l'on soit sur la planète
ensuite les bienfaits de l'exercice
sur la condition physique et mentale
et puis avouons-le les médailles
et les accomplissements
le fait de m'améliorer de temps à autre

mais mercredi donc
je me disais que mon high typique de fin de course
du demi-marathon de septembre deux mil seize
m'avait donné envie de courir plus vite
et de me fixer des objectifs plus compétitifs
c'est toujours ça qui arrive
quand j'accomplis quelque chose
je suis soit contente ou déçue
et la déception arrive lorsque ma performance
est moins bonne qu'avant
je me dis que je n'ai pas assez travaillé
l'orgueil prend le dessus et la raison me dit
que tout est possible
je suis galvanisée par les endorphines
et me dis que la prochaine fois
je travaillerai plus fort pour m'améliorer

mais depuis le temps que je cours
je sais très bien que je n'ai plus la discipline
pour m'améliorer en course
je n'aime pas assez les efforts que cela implique

je pense que l'effort minimal que cela prenait
pour faire de moi une coureuse
a été effectué
je suis devenue une coureuse
je sais que je peux courir
j'aime courir et je veux courir longtemps
mais je n'aime pas être obligée de courir
quand je n'en ai pas envie

conséquemment

je laisse tomber mes objectifs
d'améliorer mon temps de course
je préfère vivre avec une déception de temps à autre
de m'inscrire à une course moins bien préparée
et finir avec un mauvais temps
que de me sentir coupable
chaque matin où je ne sors pas courir
au moins une demi-heure pour suivre un plan

j'aime trop la course pour la gaspiller
pour l'abandonner

j'ai hâte de courir pour le plaisir.


samedi 14 janvier 2017

la vie devant soi



fréquenter l'université me donne des ailes
de l'énergie et de l'ambition
comme si j'avais vingt ans
mais j'en ai trente de plus
j'ai envie de faire des trucs
puis je calcule les étapes en blocs
de deux ans trois ans quatre ans
pour me dire que lorsque j'aurai mon titre comptable
j'aurai cinquante-cinq ans
et que je n'aurai pas encore pratiqué
puis cette envie qui me vient d'enseigner
moyennant un doctorat
qui prendra un autre quatre ans
m'amenant à soixante ans
et n'étant plus à cet âge
employable par une université
avec tous les avantages conférés
aux professeurs titulaires
puisque je serai si proche de l'âge de la retraite

bref

une chance que j'ai lu hier le billet de marc
qui se sent aussi jeune qu'un jeune
et qui me rappelle que cette fougue
ne s'estompe pas avec les années
mais rend plutôt
la vie encore plus urgente

me vient avec l'âge une certaine sagesse
qui me fait réfléchir et calculer
et qui me rappelle
que c'est bon d'avoir des objectifs ambitieux
mais que le chemin pour y parvenir est encore plus important
apprécier la qualité du chemin
faire les choses pendant que je les fais
et non afin de me rendre à destination

parce que soyons honnêtes
je risque peut-être une crise cardiaque
au local DS-4375 de l'uqam
dans les prochains mois
ou de m'endormir de fatigue
pendant un examen
quoi que cela me soit vraiment arrivé
alors que j'avais vingt-sept ans
tout est possible je ne suis plus une pousse verte

ma chère ma'
a obtenu un diplôme d'enseignement à soixante ans
elle avait travaillé en californie
comme assistante enseignante sur demande
et ça lui avait fait aimer le métier
une fois son diplôme obtenu
elle n'a pratiqué qu'un an comme professeur
car l'emploi venait avec pleins d'autres responsabilités
rendant le poste aussi administratif
que passionnant

je ne pense pas qu'elle regrette d'avoir consacré
quelques années de sa vie
à aller prendre des cours
je suis sure que non
je ne l'espère pas
et elle est encore vivante
plus que vivante
à soixante-quinze ans
même si elle ne travaille plus
s'il y a une femme qui apprécie les détours
c'est bien elle

mais bref

peu importe comment cela s'insère dans mon plan de vie
qui dit qu'à cinquante-cinq ans
je me construis une cabane dans le bois
et travaille à temps partiel
et qu'il me faille donc ramasser des sous pour ce faire
je suis émerveillée de me rendre compte
qu'on n'arrête pas de rêver
ni de se penser invincible

et que ça
c'est un maudit plan de vie
qui nous garde en vie

on peut ben mourir après.



la photo : en 2015, à l'école secondaire riverview, n.b.
la direction, les enseignants et les étudiants
ont créé une semaine thématique harry potter
et transformé leur cafétéria à l'image
de la salle à manger de Hogwarts
vidéo ici.

samedi 7 janvier 2017

hardiesse



elle nous visite plus facilement
quand on essaie quelque chose d'inconnue
plutôt que lorsqu'on essaie quelque chose
que l'on considère depuis longtemps
de tous bords tous côtés
et envers laquelle on a développé
telle ou telle crainte

comme la fois où un matin glacial
j'ai demandé à l'homme-chat
comment je partirais un feu dans le foyer
plutôt que d'attendre après lui
que ça devienne d'office sa tâche
parce que je ne l'avais jamais appris

ça impliquait nécessairement du feu
une hache pis du bois
je ne savais pas si j'avais peur
si j'allais être capable
si j'allais foutre le feu à la cabane
bref je ne connaissais aucune des conséquences
j'ai pris le taureau par les cornes
et ai appris à faire le feu dans le foyer
sans conséquence autre que de me mettre au chaud
et de maintenant savoir comment faire
et de savoir également qu'il me reste à apprendre
à utiliser une hache
à être forte pour la manier habilement

ou comme la fois où j'ai commencé
à utiliser la scie ronde
en ayant la crisse de chienne de me couper
puis j'ai appris à l'utiliser adroitement
même qu'une fois j'ai coupé son fil électrique
en la manipulant trop rapidement
ou à utiliser le banc de scie
et tous les autres équipements électriques
lourds et qui sont trop souvent représentés
dans les films d'horreur

ou la fois où j'ai parti le barbèque
ben quoi
vous faites ça fréquemment vous
moi j'ai déjà eu un chum
dont le toupet a pris en feu
en partant un barbèque quand on était jeune
la hardiesse ne revient pas si vite dans ces cas-là

la hardiesse est la chienne de la chienne
l'outil qui débarre la paralysie
elle est la fille de la nécessité
née du besoin de survie
je l'accueille toujours
quand elle se présente spontanément
et j'ai vraiment envie
de l'utiliser souvent dorénavant.


samedi 31 décembre 2016

sans modération


gerhard richter

allez hop le cadran du trente-et-un
et sur notre trente-et-un
on regarde en arrière quelques instants
en appliquant son rouge à lèvres
en relevant ses cheveux en se parfumant
un tout bref regard dans le rétroviseur
non pas pour se désoler de n'avoir pas fait
tout ce qu'on voulait faire
mais plutôt pour se féliciter d'avoir fait
tout ce qu'on a fait
et se donner un port altier
pour continuer la danse

pourquoi le trente-et-un décembre
plutôt que le vingt-trois mai

parce qu'on est la plupart d'entre nous en congé
reposés de deux ou trois jours de flottement
entre nos activités frénétiques qui ne donnent pour souffler
que quelques jours en été où il fait trop chaud pour penser
en décembre au moins avec la neige
qui nous aveugle de bonheur
qui nous pousse au cocon du foyer
et du chocolat chaud au rhum
ah oui ce cocon-là
on a le loisir d'errer entre deux oreilles un duvet et un oreiller
des fois entre bras jambes et corps chauds
mais on erre
certes

rétroviseur du fierce and glamourous
édition deux mil seize
quand j'avais des idées que j'ai quelque peu réalisées

lire chaque soir
   oui pas mal réussi et près de trente titres dévorés
courir avec un plan
   troqué un vingt-et-un kilomètres en avril pour un cinq
   et couru un vingt-et-un en septembre
   ramassé des fonds pour la fondation alpha en promettant
   que je mettrais mes runnings
   j'ai à peu près pas menti
boxer au mushin
   pas pantoute
   ce fut la première envie qui soit tombée à l'eau
   et celle qui me révélait ma fatigue nouvelle
   de cet état de préménopause
   dont je vous reparlerai un autre tantôt
   pas maintenant parce que c'est fucking dull
nager avec les charlots
   je paye mon abonnement mais je ne nage pas
   mon état fucking dull susmentionné
   me fait passer tout droit chaque jeudi
   lorsque mon réveil sonne à cinq heures
   jeudi le douze janvier deux mil dix-sept
   m'as le mettre à cinq heures et cinq
   voir si ça fait une différence
étudier un cours par session
   ah oui maudine
   après avoir abandonné
   mon cours du mercredi soir en janvier
   parce que mon esprit n'avait plus d'espace pour réfléchir
   j'ai pris les grands moyens
   et suis retournée étudier à temps plein en septembre
   ah ça oui donc
travailler en trouvant l'impact
   je pense l'avoir trouvé et ça m'a fait changer de voie
   j'ai envie de collaborer avec les toutes petites entreprises
   les entrepreneurs les travailleurs autonomes
   dans un quotidien plus concret
dormir en me couchant
   je ne sais pas pourquoi j'ai pris cette résolution
   je n'ai tellement aucun problème avec le sommeil
cuisiner une fois par semaine
   c'est fou de penser qu'au début de l'année
   je ne pensais pas cuisiner une fois par semaine
   i've come a long way baby
   c'est maintenant au moins trois fois par semaine
   avec appétit et plaisir
manger mieux dont des légumes
   ben oui en cuisinant c'est tellement plus probable
   et je ne peux pas m'acheter de friteuse d'accord
   okay je ne ferai pas de poutine maison
écrire le blogue
   j'ai pas lâché
   je pense avoir écrit mon trois centième dans l'année
bénévoler qui n'est pas un mot
   oui j'y étais encore pour la fondation pour l'alphabétisation
   j'ai été sacrée vice-présidente du conseil d'administration
   et je suis très fière de la direction que prend cet organisme phare
aimer en le disant et en voyant mes kids plus souvent
   ben ça t'sais c'était une maudite bonne idée
   et faut que ça soit ongoing
méditer chaque jour
   je l'avais oublié jusqu'à ce que mon abonnement
   se renouvelle automatiquement
   et que se débite mon compte de crédit
   j'ai alors renoué avec andy puddicombe et headspace
   pour le meilleur et pour le pire

et puis j'ai aussi fait d'autres choses
je me suis mise à apprendre l'italien
en tapant sur mon téléphone et conversant avec duolingo 
j'ai recommencé à voir des amis et je continuerai à le faire
j'ai eu quatre-vingt-treize après avoir eu cinquante-quatre
j'ai quitté un emploi bien rémunéré
et signé mon premier contrat de consultation
j'ai couru six fois aller-retour de chez nous à la croix du mont-royal
vous l'avez vu me suis prise en photos
j'ai visité londres
j'ai fabriqué un banc en bois
je me suis immatriculée
j'ai pris une semaine de vacances
et deux mille huit cent dollars
et me suis payée la méga conférence c2mtl
j'ai roulé en bixi
j'ai gardé mon neveu
je me suis ouvert un compte instagram
un uber et un téotaxi
j'ai utilisé facetime facebook live et les moments d'instagram
j'ai payé sans le savoir l'app' de musique sur le iphone
puis me suis désabonnée sans broncher
j'ai obtenu mes récompenses de points
de mes cartes de crédit
j'ai appris tellement de choses
je me suis louée un casier à l'université
j'ai mangé dans ma cuisine face à l'orignal rouge de riopelle
j'ai fait des soupes ramen
et des biscuits de nowell

et demain
je vais continuer à faire tout cela
en appliquant une attention particulière
au ciel et à la couleur des yeux de mes interlocuteurs
comme je fêterai mon premier demi-siècle
un grand demi-siècle à me préparer pour le second
je me réserve de nombreux plaisirs
je vais essayer de chantonner en marchant
je vais écrire un livre
parce que c'est fini les chichis
parce que j'ai envie de raconter des histoires
je vais faire quatre cours d'université
et quelques autres aussi
et j'ai envie d'oeuvrer socialement
comme ce sera la dixième année du blogue
je pourrais en faire imprimer un recueil des best of
si j'ai assez d'argent j'irai manger la pasta à roma
et visiter les uffizi à firenze
j'ai envie de cuisiner pour les autres
je pourrais possiblement conclure mon premier cycle
en comptabilité et signer un diplôme de plus
je les aime ces trophées vous savez
sans eux nul besoin de me faire bouger
j'ai envie d'aimer de me promener
de rouler
de courir
de nager
d'embrasser
de manger la neige

et je vais continuer à vous partager
mes pérégrinations
car j'aime vous lire me dire
car je vous aime
et je vous souhaite la plus belle des deux mil dix-sept
qu'elle vous soit heureuse
et profitable

tchin tchin cawlice!

de gerhard richter grand peintre allemand
qui brosse la réalité mais jamais comme les autres
avec un autre regard
il frotte il gratte il repeint
il tourne les pages mais jamais brutalement
couche après couche
pour faire ressortir une autre vérité.

samedi 24 décembre 2016

clé de voûte




la clé de voûte soutient les cathédrales
sans elle tout n'est que chateaux de cartes
en banques la voute contient le trésor
quand tu n'as pas la clé
tu tournes autour tu fais la danse du soleil
tu gruges ton frein tu pries
mais tu n'as pas accès au trésor
la clé de voûte
c'est le sésame de la caverne

quand j'ai recommencé l'université
il y a plus de vingt ans
j'ai tranquillement acquis des connaissances
qui ont consolidé mes apprentissages empiriques
pris sur le tas sur le marché du travail
de temps à autres j'avais des wow
des illuminations de compréhension
non pas que je venais de comprendre ce que j'entendais
en classe en atelier ou en conférence
mais que je venais d'associer un concept
avec quelque chose que je faisais par mimétisme
depuis des années
que j'en comprenais l'entièreté

ces flashs me sont arrivés
sans arrêt tout au long de ma vie étudiante
et de ma carrière professionnelle
ce sont des sensations très enrichissantes
comme de posséder tout d'un coup le pouvoir
d'appréhender le monde plus intelligemment
de comprendre soudainement les faits d'actualités
avec leurs tenants et aboutissants

depuis mon retour à l'école à vingt-huit ans
je n'ai jamais arrêté d'encourager
mon entourage à en faire autant
je recommande l'acquisition de connaissances théoriques
dont peu sont capables de se doter de façon autodidacte
parce que les fondements théoriques aident à comprendre

et quand on comprend
on opère plus rapidement
que si on attendait d'avoir acquis
la connaissance empirique

c'est pour ça que le médecin va à l'école
apprendre la chimie la biologie
la biomécanique le fonctionnement corporel
non comme une mécanique
mais la théorie des liens et les causalités
pour pouvoir solutionner de nombreux problèmes
avant d'en avoir lui-même fait l'expérience

l'écriture depuis les grecs
a permis le legs de la connaissance et de la science
profitons-en
nous n'avons pas besoin de recommencer
à trouver le moyen d'allumer le feu dans le bois
on nous a montré comment
on sait faire

dans mon domaine professionnel
où on lit des chiffres comme l'histoire d'une entreprise
où on les interprète comme des résultats
des rendements et des performances
il est essentiel de comprendre
pour avoir une vue d'ensemble
malheureusement très peu de gens de l'industrie
ne continuent à se former
et en près de trente ans de carrière en financement
j'ai côtoyé une majorité de collègues
qui ne se sont jamais recyclé
qui ont appris leur métier sur le tas
qui ne comprennent que la partie de travail qu'ils font
et qui la font souvent bien car ils la répètent
comme une recette maintes fois exécutée
mais dès que la formule change
ils sont dépourvus
et ils n'arrivent plus à se situer
dans le contexte changeant

dans un mandat hier
j'avais décidé de prendre en main
un problème qu'une jeune collègue
tentait tant bien que mal de résoudre
il manquait treize millions en financement
qui avait disparu d'un rapport à l'autre
elle avait posé des hypothèses
et demandé à un spécialiste des données
de lui expliquer les écarts
sa patronne devait rendre des comptes
sur les écarts budgétaires
ne connaissant ni d'ève ni d'adam
les différentes caractéristiques du produit
qu'elle tentait de réconcilier
elle n'a travaillé qu'avec sa propre hypothèse

quand j'ai repris le problème
mon esprit a su tout de suite que c'était réconciliable
on sait tous que les rapports sont issus de données
et on sait que rien ne se perd rien ne se crée
j'ai donc ignoré son hypothèse
et abordé le problème avec une autre clé
j'ai trouvé le treize millions
et il n'était pas manquant
il était sous ses yeux
mais comme elle ne savait pas comment chercher
elle ne l'a pas vu
ça m'a pris quatre heures
et j'ai foré j'ai dessiné
j'ai calculé à la main
là où elle pensait que c'était impossible
j'ai trouvé la clé de voûte

l'expérience nous dit qu'il n'y a rien d'extraordinaire
ou de dramatique dans la vie
il faut juste comprendre
ça a l'air simple dit ainsi
mais je vous jure
que la somme des connaissances théoriques et pratiques
accélère énormément la résolution de problèmes

quand vous doutez de votre valeur
et attendez de vous décrocher tel ou tel mandat
n'hésitez jamais à aller prendre des cours
lire des livres théoriques
parce que c'est toujours gratifiant
de pouvoir dire
que vous avez retrouvé le treize millions
et fait cesser la panique là-bas en haut
dans les grands bureaux

ah oui
et autre chose
il arrive des fois que vous ne déteniez pas la clé à un problème
ça m'arrive fréquemment
quand vous pensez en avoir fait le tour
mais sans résultat concluant
confiez-le donc à quelqu'un d'autre
souvent il s'agit qu'il soit adressé d'un autre point de vue
sous un autre angle
pour que la clé ressorte.

samedi 17 décembre 2016

séance tenante



quand ma chumette m'a rappelé
sa liste de to do de deux mil seize
et par ricochet la mienne
celle-ci n'incluait pas de passer mon samedi
à écrire deux examens de fin de session
qui me stressent encore plus
que de faire un discours
devant trois cent personnes
ou une présentation
à un comité de direction de la banque
lundi matin à sept heures

mais je n'ai pas encore fait le postmortem
de mon année deux mil seize
cela viendra en temps convenu
dans une à deux semaines
après sapin boustifaille et famille

mais sans ma chumette
je n'y aurais probablement pas pensé
à ce comparatif de mes objectifs
sans les gens qui m'entourent
je ne penserais pas à autant de choses

alors que ma vie semble dictée
par mes intérêts mon plan et mes convictions
elle ne se réalise pas moins
grâce à mes interactions sociales

ainsi je ne deviendrais pas ermite
je pense l'avoir déjà dit maintes fois
car je me priverais non seulement
du grand bonheur de l'amitié
mais également des réflexions précieuses
et de l'inspiration
que mon entourage m'apporte

d'abord l'homme-chat qui me remet toujours
sur le droit chemin
qui connaît mes ambitions
mieux que moi-même
et alors que je m'égare en planifiant
accepter un mandat pénard cet été
entre deux sessions de cours
il me rappelle que je devrais plutôt en profiter
pour tester mes stratégies et développement d'affaires
à mon propre compte
ah oui au fait
c'est ce que j'avais choisi de faire

l'homme-chat quel bonheur
est ce sounding board quotidien
d'une richesse inégalée

et tous ceux que je rencontre
pas nécessairement pour parler
des fois pour courir
pour m'entraîner pour traîner pour explorer boire et manger
tous et chacun m'aident quotidiennement à grandir
ils me défient et montent la barre
m'aident à fixer des objectifs
me donnent leur point de vue leur expérience
souvent ils ne savent pas
comment ils m'influencent
ma' mes frère et soeur et mes fils tout autant
mon coach de course ma coach de course
mes profs mes chums de nage quand j'y vais
mes amis dans les affaires
les membres du conseil les employés de la fondation
mes patrons mes collègues
tous sont les ingrédients de ma réflexion

autant sur les réseaux sociaux
que dans la vraie vie
j'ai la chance d'être directe et ouverte
et de recevoir aussi directement
on me remet des fois à ma place
on me questionne
et ça m'aide à penser

ces échanges dans la vie sont pour moi primordiaux
et peu importe la tribune qu'ils utilisent
il me permettent toujours d'agir séance tenante.