samedi 3 décembre 2016

la vache!



elle considérait un changement de carrière
parce qu'il lui restait certainement
trente ans
à produire

c'est moi qui ai complété la phrase
avec le verbe
produire

aussitôt prononcé
j'ai eu honte en silence
et j'y ai réfléchi dans mon for intérieur
en dévalant le chemin olmsted du mont-royal

produire
un peu comme la vache à lait
la laitière que l'on trait
jusqu'à épuisement des stocks

produire
comme dans les années de récolte
les années où notre valeur marchande
est la plus élevée
où on est à l'apogée de notre carrière
de notre capital
celles que j'appelais récemment dans ma vie
les années à bâtir

je ne l'ai dit à personne encore
vous êtes les premiers à savoir

mais j'ai honte de gérer ma vie
comme une entreprise
avec un cycle de vie
même si heureusement elle ait une date de péremption

toute ma rhétorique est gestionnaire
je suis productive
je suis rentable
je vaux tant
mon coût d'opportunité est élevé
ou il est nul
je suis mes objectifs
et je prends des décisions stratégiques

bref

je ne débattrai pas aujourd'hui
de la manière dont j'occupe mes jours
la planification me sert bien
c'est le contenu que je change

car depuis quelques mois
je pense que je ne veux plus produire
produire dans le sens managérial
avec efficience et efficacité

produire qui n'est pas l'équivalent
de contribuer

de faire de fabriquer de concevoir de créer
de mettre la main à la pâte

je ne veux plus produire
uniquement pour générer des revenus
pour mener ma vie et occuper ma place dans la société
en gagnant des sous
en contrepartie de mon temps mes efforts
mes compétences
pour m'acheter une place en dépensant à outrance
en gaspillant même si
je faisais rouler l'économie

j'existais parce que je travaillais
et que je consommais

aujourd'hui
j'ai envie de contribuer
en faisant
en étant là sur le terrain
avec les gens qui font
en fabriquant en concevant en créant

en travaillant autrement
pour que mon labeur soit plus concret
qu'il laisse une trace dans l'univers
j'ai envie que mon rapport à la vie
soit plus direct
et sans intermédiaire
qu'il fasse une réelle différence
dans ma communauté
auprès des gens qui se débrouillent
qui ont des idées et qui ont du cran

j'ai envie de faire
pour bâtir autre chose que des réer

parce que moi aussi
il me reste au moins un autre trente ans
à contribuer.

samedi 26 novembre 2016

équilibre



jeudi matin
couchée sur la table de massage
j'avais une conversation riche
avec ma masso

nous parlions de l'instinct de conservation
et le besoin d'être bien
qui nous font prendre
les grandes décisions dans la vie

ce ne sont ni l'audace
la détermination ou la ténacité
qui forcent les changements
celles-ci ne sont que des atouts nécessaires
pour les opérer

le changement est dicté par un besoin
besoin d'équilibre
besoin de ressourcement
besoin d'accomplissement
besoin d'enrichissement

n'allez pas penser
que les gens qui changent plus souvent
soient plus bold
que ceux qui semblent plus stables
ils sont juste plus facilement insatisfaits
moins tolérants dans leur situation
moins patients

oui c'est vrai
ils sont peut-être plus à l'écoute
de leur coeur et de leurs tripes
ils recherchent l'accord avec leurs valeurs
et ils ont suffisamment confiance en eux
pour aller les retrouver ailleurs

ils se sauvent

je suis de celles qui se sauvent
dès que ça fait mal à l'intérieur
quand le néon et le centre-ville
me donnent la nausée
il faut investiguer

mes tripes et mon irritabilité
sont les premiers symptômes
d'un déséquilibre
entre ce que je fais de mes journées
et où mon coeur veut se poser
mon esprit le sait rarement clairement
alors je dois écouter

c'est toujours après avoir pris une décision de changer
que je comprends ce qui n'allait pas
et je me retrouve alors pour un moment
dans cet état de plénitude
recomposée

je ne suis pas bold ni audacieuse
mais je suis à l'écoute

le malaise vient au bord de la falaise
pour se recentrer
il faut sauter
entre les deux
il y a le vertige
et c'est bien normal

donc quand on a le vertige
quand on a peur
c'est parce qu'on est sur le point
de faire un grand changement
un changement qu'on ne sait pas encore
nous mène vers un meilleur accord.

samedi 19 novembre 2016

rituels



bientôt quelqu'un me demandera
quel est mon rituel beauté
ce que je mange pour être en santé
quelle est ma routine pour garder mon énergie

ceux qui me connaissent savent
que je me bats quotidiennement
depuis deux ans pour ménager mes énergies
et continuer mes nombreuses expéditions
que j'ai de plus en plus de misère
avec les habitudes d'exercices physiques
et caetera mais bon
ma vie est pleine de rituels

loin d'haïr la routine
j'adore les rituels qui ancrent
le temps le rythme du quotidien
je déteste la surprise
je suis candidate pour une crise cardiaque
chaque fois que le téléphone vibre
ou que la sonnette retentit

j'aime les rituels donc
et comme ils sont routiniers
je vous en énumère quelques-uns
qui font partie de mes plaisirs
pas dull pantoute
je vous jure en passant
que je ne les accomplis jamais dans la torpeur
mais avec le plus grand des plaisirs

au matin les rituels s'enchaînent
comme une orchestration mille fois pratiquée
je me presse un demi-citron
que je mélange à un verre d'eau de montréal
je bois cela le temps que cela me prend
pour ranger la vaisselle qui traine
dans le séchoir et le lave-vaisselle le cas échéant
s'il y en a une proche
je lave et mange une pomme

la salle de bains est l'endroit
du rituel féminin
aussi simple soit-il
il demeure sensuel en tous points
dans la douche je me lave les cheveux avec vigueur
je pense que ça remonte
à mes années de fumeuse
je les couvre ensuite de conditionneur
et me fais un chignon noué
qui durera le temps de la douche
je me savonne en terminant par mon visage
que je lave avec un savon différent
en faisant plein de mousse
dans mes oreilles et de la friction sur mes joues
je rince le tout
essuie l'eau sur les carreaux et la vitre
m'essuie le corps
et noue ma serviette autour de mes cheveux
je me parfume les poignets
et avec eux je touche l'arrière de mes genoux
et les côtés de mon cou
tom ford embaume alors
et je me réveille femme
je me crème des pieds aux épaules
je m'habille
je me brosse les cheveux humides
je me crème la face
je remets mes bagues

je déjeune en lisant mon devoir du jour
peu importe ce que je mange
je le fais suivre de mon allongé du matin
je fais les mots croisés
je mange mes vitamines
calcium canneberges et vitamine c
je fais la vaisselle
je passe la soie dentaire
je me brosse les dents

je suis partie pour la journée

pas de radio pas de télé
toujours l'ordi

tous les dimanches je lave
ma cafetière espresso automatique
dans un lavabo plein d'eau savonneuse chaude
et avec mon petit pinceau

quand je passe la balayeuse
je commence toujours par le petit tapis du salon
puis j'aspire le sofa
pour enlever les poils de chat
et ensuite lentement
le reste de la maison
pour terminer avec une huile murphy
sur le plancher de bois
pour me récompenser

je prends toujours les marches
pour descendre dans le métro
et je prends toujours l'escalier roulant
pour sortir du dernier métro de la journée

je sors le recyclage et les produits compostables
le lundi soir sans faute
et les ordures le mardi soir
sans manquer de me demander
comment nous faisons pour tant en générer

le soir venu
alors que je suis déjà couchée
à lire ou à dormir
l'homme-chat vient me voir
avec le bébé chat pour qu'il me souhaite
bonne nuit
nous passons alors
cinq minutes de grande tendresse
à faire des câlins au minou
pendant qu'il ronronne sur la couverture
puis on le renvoie garder la maison pour la nuit

entre les rituels du matin et ceux du soir
mille choses se seront passées
certaines avec précision et savoir-faire
et d'autres en total désordre et inefficacité
rares sont celles qui me font de la peine
j'y trouve toujours grand plaisir

ma vie est emplie de ces gestes que j'aime
qui ponctuent le temps
qui ne servent à rien devant l'éternité
mais qui annoncent la vie
la mort
les anniversaires

ils ont cette qualité transcendante
de nous faire faire et exister.

samedi 12 novembre 2016

pollinisation



cette semaine nous a démontré
à quel point nous avons été surpris
par le comportement d'autres humains
atterrés nous avons essayé de comprendre
alors qu'il aurait fallu à tous comprendre et agir
depuis plus longtemps
nous sommes séparés
il faut pourtant écouter

je suis la première coupable
de rester dans ma caste
je pense être ouverte d'esprit
mais je reste parmi les miens
ceux avec qui je partage des intérêts
ceux qui me permettent d'avancer
mais pas nécessairement d'évoluer
en tant qu'être humain

heureusement
je sais lire écrire échanger
et assister à des conférences

je me fais donc durement réveiller
en me faisant dire qu'étant privilégiée
et née du bon bord de la planète
je doive m'ouvrir et faire ma part

et c'est très bien ainsi

mardi matin
alexandre taillefer critiquait légèrement
le système d'éducation qui à son avis
créait des strates d'élites académiques et de recalés
à cause du seul système d'évaluation
basé sur l'acquisition des connaissances
et ces étudiants occuperaient possiblement
des milieux sociaux différents
quelques années plus tard
il favorisait plutôt la pollinisation
entre tous les étudiants
chacun ayant à apprendre des autres
il n'avait pas la solution au problème
mais il m'a fait imaginer si cela m'intéressait
de passer du temps avec des personnes
ayant des difficultés d'apprentissage

dans ma vie d'aujourd'hui
je suis trop occupée de moi-même
pour m'occuper des autres
ce n'est pas une métaphore
c'est vrai et je me multiplie par
cinquante millions pour illustrer comment
notre société peut rapidement se foutre
de ce qui se passe ailleurs
si ce n'est que hors de la petite italie
à brossard ou dans l'état voisin
sans compter montréal quand on vit à new york
et penser que la rust belt a juste
à s'adapter et s'ubériser

jeudi matin geneviève
nous indiquait avoir la veille travaillé dur en équipe
dans le milieu communautaire
et avoir passé la soirée dans une faune fortunée
et comment elle aimait cette diversité sociale

moi aussi j'aime ça
mais quand je sers des repas à la mission old brewery
j'aime également quitter les lieux
une fois la tâche terminée
je ne pourrais pas passer mon quotidien
à aider les familles défavorisées de laval
comme ma chumette julie

hier fabrice vil écrivait dans sa chronique
qu'il allait chercher à comprendre
ceux qui ne sont pas d'accord avec lui
il mentionnait qu'un youtubeur
était allé cette semaine en floride
assister aux élections américaines
avec les fans de donald trump
pour aller voir du monde qu'il ne comprenait pas
pour aller les écouter

je ne me fais pas du boboshaming
je fais de la prise de conscience
il faut que je sois plus ouverte sur le monde
pour laisser tomber mes préjugés
il faut que je fasse encore d'autres pas
pour m'ouvrir les yeux
et aider comme je peux

comprendre est un premier pas
polliniser et se faire polliniser
est l'idéal.


samedi 5 novembre 2016

cent fois



quand je suis en crisse comme vendredi
après avoir pris connaissance de ma note d'examen
je traverse toutes les émotions
des plus dramatiques
me suicider casser de la vitre crier fort
je n'ai rien fait de tout cela ne craignez pas
aux réactions les plus sages
je suis poussière dans l'univers
c'est absurde comme j'aime la complexité
pourquoi je ne me contente pas des chemins les plus simples

dans le bain en fin d'après-midi
je me suis souvenue que j'étais mortelle
et que ça n'avait aucune crisse d'importance
dans la vie de personne ni de moi-même
cette note d'examen au-dessus du passage
mais sous la moyenne

ce qui fâche la mortelle que je suis
c'est l'échec

puisque je ne suis pas encore devenue
engrais à pissenlit
je me permets de réfléchir encore
de dire et de radoter
au risque de me répéter

j'ai déjà vécu des échecs et je ne les prends pas bien

j'ai échoué plusieurs fois un examen de conduite
lorsque j'étais adolescente
je ne comprenais plus rien en maths
de secondaire cinq
j'ai échoué une fois un examen en circuit fermé
pour mon test de moto
mon texte n'était pas parfait la première fois
que je l'ai présenté à mon cours de création littéraire
mon poème n'a pas été choisi
lors du concours de poésie de radio-canada
et la liste continue
ça me fait chier

je vis mal les échecs parce que ce que j'entreprends
je le pense toujours à ma portée
je n'entreprends rien d'impossible
je n'essaie pas de devenir ingénieur en aéronautique
mais si cela m'intéressait
je pense que mon cerveau y serait disposé
j'essaie de faire des choses qui me sont familières
donc je pense que je peux les réussir

je ne défends pas la culture de la performance
et certainement pas celle de la médiocrité
je défends la culture de l'amélioration
je connais mes limites
mes capacités et mon potentiel

c'est honorable pour moi l'amélioration
car justement ce qui est difficile
j'ai tendance à l'abandonner
avant de mourir
c'est cette barrière que je dois abattre
je veux devenir meilleure au prix de l'effort

de nature j'ai été douée pour certaines choses
et je supporte mal l'effort
je suis intolérante à la douleur
tu ne peux pas me fouetter
pour que je pousse plus fort
je vais te tuer si tu me violentes

donc
c'est difficile

je ne suis pas disciplinée
je suis paresseuse
je ne réussis que ce qui m'est facile

je sais
on est tous différent
je suis bonne dans ci ou dans ça
c'est vrai
je le suis
et c'est pour ça que je le fais
quand j'ai le choix de passer une heure
à faire différentes choses
je choisis ce qui m'est le plus accessible
c'est reposant c'est simple
on est tous pareil
alors il faut m'emprisonner et me faire suer
jusqu'à la limite du supportable
jusqu'à ce que la limite soit plus souple
et ce
je dois me l'imposer moi-même

je dois apprendre le labeur

apprendre à travailler

et devenir meilleure.

cent fois sur le métier je remettrai mon ouvrage.

samedi 29 octobre 2016

moi aussi


image provenant du site du 
Centre pour les Victimes d'agression sexuelle de Montréal

je me sens interpellée
par la réflexion relative
aux agressions sexuelles au québec
tant en ce qui concerne les hommes que les femmes
je n'ai pas de témoignage à faire
ni d'expérience refoulée à vous relater
djieu merci je n'ai pas subi d'agressions sexuelles
même si les balises de ce délit
ont été élargies à travers le temps
comme pleins de concepts le sont
dans une société qui évolue
et des mentalités qui s'ouvrent

ainsi j'ai grandi à l'époque des machos
je les ai d'ailleurs beaucoup aimés
et j'ai encore un faible pour les hommes alpha
qui sont loin d'être
des agresseurs potentiels ceci dit
mais j'ai toléré de vivre sans grandes séquelles
dans des environnements de travail
où on embrassait les filles
où on les complimentait sur leurs tenues
et où on adoptait des attitudes un peu paternalistes

chez parée a fait les choux gras
des lunchs de nos représentants
mais il n'y avait rien de vil ni de mesquin
c'était à une autre époque 
une époque où je suis moi-même devenue macho
femme séductrice toujours prête à plaire
je le suis encore d'ailleurs
je préfère paraître jolie que moins jolie
mon ego est flatté par les remarques masculines
il est rarement offensé
je ne sais pas pourquoi

j'ai donc grandi là-dedans
à être peu sensible aux cas d'abus sexuels
au point de n'en pas connaître les statistiques d'occurrence
jusqu'en novembre deux mil quatorze
quand l'affaire ghomeshi battait son plein
puis à m'être désintéressée de la chose
sauf du traitement judiciaire pour mieux comprendre

je n'ai eu connaissance
des agressions sexuelles survenues à l'université laval
qu'une semaine après les événements
ce qui est grave car la nouvelle
a traversé mon esprit comme un simple fait divers
jusqu'à ce qu'un scandale plus grand
attire mon attention définitivement

il faut remercier les scandales
d'attirer notre attention
et nous faire remarquer à quel point
nous avons banalisé certaines situations
c'est comme ça qu'on lance des discussions
avec éclat en forçant les choses de façon exagérée
en sachant qu'un jour il y aura un retour du balancier

ces discussions révolutions indignations
même si elles sont douloureuses et polarisées
sacrifiant au passage la dignité et la réputation
de l'une ou de l'autre
ont lieu pour le bien d'une plus grande cause
et d'une plus grande communauté
pour aider le futur
pour le changer

les discussions de la semaine étaient douloureuses
car elles traitaient des hommes et des femmes
et parce que les couples québécois saisis de la question
ont eu dans la dernière semaine
au moins une conversation sur le sujet
et ont eu à tester
leurs réactions primaires et immédiates
quel camp prend-on d'emblée
quand on est femme ou homme
quel camp prend-on dans notre for intérieur
lorsqu'il n'y a ni témoin ni public

je suis prête à évoluer
il le faut
je veux participer au changement

je n'en dis pas plus car j'ai assez lu et écrit cette semaine
mais je laisse ici
des liens vers des chroniques articles et autres écrits
qui ont aidé ma réflexion dans la dernière semaine

sur la dichotomie entre le système judiciaire et l'opinion publique :
me véronique robert, avocate en droit criminel, sur le biais de perception qu'amène le concept de la présomption d'innocence
pierre trudel, chroniqueur, sur la logique différente entre le judiciaire et les médias

sur l'inventaire des choses que l'on évoque :
geneviève pettersen, sur la présence ou l'absence de consentement
marie-christine bernard, femme de lettres, sur un inventaire exhaustif de choses à caractère sexuel

sur le climat social :
jocelyne robert, sexologue, sur la culture du viol
francine pelletier, chroniqueuse, sur l'évolution du concept d'agression sexuelle

statistiques et définitions : 
ministère de la santé et des services sociaux du québec, section sur les agressions sexuelles
gouvernement du québec, orientation gouvernementale en matière d'agression sexuelle, 2001
ministère de la sécurité publique, statistiques sur les infractions d'ordre sexuel, tel que rapportées aux services de polices.

et puis enfin oui
tous ensemble
nous aurons à ce sujet
une société de plus en plus évoluée

souhaitons-nous le.


samedi 22 octobre 2016

cognosco cognoscis cognoscimus


maskull lasserre, un de mes artistes préférés,
illustre bien la perception de mon cerveau ces temps-ci.

apprendre lire étudier
faire des exercices
résoudre des problèmes
neuf heures par semaine en classe
et vingt-sept heures par semaine à la maison
c'est intense

comme vivre dans l'inédit
à chaque chose que l'on voit et que l'on entend
à temps plein
comme lire et écrire à six ans en première année
comme adopter trois nouvelles langues en même temps
comme commencer à courir
à raison de cinquante kilomètres de volume
dès la première semaine

mon cerveau doit s'adapter
et mon corps aussi pour le tenir
à l'intensité de cet apprentissage
à la capacité de concentration
pour apprendre du nouveau
et rattraper les notions préalables
des cours que je n'ai pas suivis
je suis tellement crevée le mercredi à dix-sept heures
que le jeudi matin je n'arrive plus
ni à me lever aux aurores pour aller nager
ni à embrayer cérébralement
avant la fin de la matinée

cet après-midi
je vais écrire un examen
de gouvernance et contrôles internes en entreprise
comptant pour trente pour cent de la note finale
ça m'énerve un peu
même si je n'ai pas arrêté de préparer des examens
pendant toutes mes années d'études à temps partiel

mais à dix-sept heures il sera un peu plus vide
et j'espère à nouveau prêt à étudier
pour les deux autres examens
qui arrivent la semaine prochaine

mais l'apprentissage quand il rentre au poste
quand il s'imprègne dans l'endroit de la compréhension
il est étincelant et jouissif
quand je pense que je consacre ma semaine
à faire ce que j'aime
j'ai le coeur empli de gratitude

hier
j'ai passé une journée complète au travail
à valider de nouveaux accès réseau
à configurer un poste de travail
à jeter un oeil sur une centaine de courriels emmagasinés
pour traiter les plus pertinents
à coacher un nouveau gestionnaire
à lui faire des recommandations
à ne pas avoir le temps de luncher
avant quatorze heures
et à rédiger deux paragraphes
dans une analyse de crédit
de sept cent quatre-vingt millions
je n'ai pas accompli grand chose
d'exigeant intellectuellement
et à dix-huit heures en quittant le bureau
j'avais l'impression d'avoir un cerveau reposé
c'était une vraie relâche de classe

et c'est bien à point
parce que là c'est l'heure d'étudier
et allez hop on y va!

samedi 15 octobre 2016

le fabuleux destin



dimanche soir dernier
nous soulignions en famille
le cinquantième anniversaire de mariage
de pa' et ma'
venus à montréal
célébrer la noce de ma soeur yvonne

deux mil seize est un grand millésime

pendant le souper
forts d'une tablée de trois générations
à l'exception d'yvonne partie nocer à paris
nous avons demandé à pa' et ma'
de nous raconter les années soixante
celles où ils se sont rencontrés

ils remontent donc aux années collégiales à taiwan
et à l'innocence de ma'
qui aux premières dates 
était toujours accompagnée de sa chaperonne

à l'université de taiwan
pa' a passé les concours
et obtenu une bourse du gouvernement
pour faire d'autres études en france
il a donc pris le bateau vers paris
en mil neuf cent soixante-quatre
et fait le doctorat en droit international
à l'université de paris

ma' l'a rejoint en soixante-six
et fait des études pour enseigner le français
aux immigrants à l'alliance française

ils étaient encore des kids
et sortaient et mangeaient en gang de chinetoques
ceux de taiwan et de rares de la chine
la grande chine où battait son plein
la révolution culturelle de mao
les jeunes étaient surveillés de près
par les diplomates taiwanais pour repérer
les transfuges qui succomberaient au charme
de la sirène communiste

les chinetoques travaillaient dans les restos
pour supporter leurs études et vivaient
en colocs dans les mansardes de paris

pa' et ma' se sont mariés le six décembre
dans leur mi-vingtaine
en catholiques puis en party de chinetoques
j'ai la bible de pa' de l'époque à la maison
je pense qu'il avait découvert la chrétienté
et s'était converti
mais je n'ai pas été baptisée
alors je pense qu'il n'a pas pratiqué activement

pour son mariage
les chumettes de ma' l'avait maquillée
et elle se trouvait ainsi bien laide et barbouillée
mais pa' dimanche l'a rassurée
en réitérant que lui la trouvait si belle

un mois après les épousailles ma' est tombée enceinte
elle était désemparée
autant que son jeune mari
dans une communauté de jeunes flos chinois
ces étudiants venus apprendre à l'étranger
sensés retourner au pays pour servir
loin de leur famille loin de leurs parents

les amis ont donné pleins de trucs à ma'
pour la faire avorter
laver les vitres faire des exercices
boire des médicaments à la quinine
elle a tout essayé
peut-être sans assez de vigueur
rien n'y a fait
le bébé était accroché

les avortements étaient alors
illégaux en france

durant ce temps
pa' devait aller à genève pour une recherche
à la maison des nations unies
et a ma' l'a accompagné
les avortements y étaient pratiqués légalement
à l'hôtel ils ont soudoyé la femme de ménage
pour qu'elle leur réfère un médecin
elle est partie avec le cash
et ils sont restés pantois
ils ont épluché le bottin téléphonique
et ma' s'est bientôt retrouvée
devant un obstétricien établi et bienveillant
qui lui a dit que
la mère et l'enfant étaient en bonne santé
tout allait bien se passer
ils ne devaient pas s'inquiéter

pa' garde encore en tête le souvenir
de ce bon père de famille
il a souligné
comme il y avait vraiment de bonnes personnes
c'était clairement les mots dont mes parents avaient besoin
alors si jeunes et innocents

le docteur a eu raison de leurs craintes
car je suis née en octobre la même année

ma' nous a avoués dimanche
qu'elle s'est demandée longtemps
quand elle me raconterait cette histoire
et puis elle s'est dit
que puisqu'elle s'était bien terminée
elle pouvait me la raconter sans craintes

nous avons tous bien ri au souper
et nous avons célébré les noces
avec le grand osoyoos larose de la vallée d'okanagan
le vin fruit de la grande terre
sur laquelle ils ont fait naître
une belle famille
l'ont fait voyager
et la font encore rêver

quel fabuleux destin
que celui du clan lo!

(cette semaine je salue mon
quarante-neuvième anniversaire
je comprends maintenant
que ma volonté et mon amour de la vie
sont plus forts que la noirceur
et datent vigoureusement
d'il y a presque un demi-siècle).

samedi 8 octobre 2016

gris cendré



mon cerveau est éprouvé à l'école
même si je n'ai jamais arrêté d'étudier
je trouve la matière difficile
je comprends maintenant avoir sauté à la deux ou
troisième année de bac en comptabilité
je manque donc des fois
de la base théorique
que les étudiants normaux
acquièrent dans leurs deux premières années d'études
j'ai beaucoup de rattappage à faire
bref les kids
sont clairement plus allumés que moi
ils ont drillé ça depuis deux ans
et comprennent plus rapidement

j'ai vieilli aussi
martin a dit ça mais il voulait dire autre chose

il disait essentiellement
que dans notre vie courante
nous étions habitués à gérer cent tâches
et avions perdu l'habitude
de nous concentrer longtemps sur une chose
tu sais
le sitzfleisch dont je parle si souvent
il disait qu'on était excellent en multi tasking
et très mauvais en mono tasking
et je lui disais aussi
que dans une vie mono disciplinaire
depuis près de trente ans
on avait arrêté d'apprendre en grandes doses
l'apprentissage quotidien était simplement incrémental

c'est donc dur pour mon cerveau
de remettre la machine à on
et d'assimiler de la nouvelle matière
pendant neuf heures par semaine
et faire des travaux et études
pendant vingt-sept autres heures par semaine

je suis une reine du multi tasking
mais seulement dans ma capacité
à débuter des centaines de choses
dont mes intérêts m'investissent
mais je reste rarement concentrée
sur chacune d'elles
au final je ne suis bonne en rien
jack of all trades
master of none
ça aussi c'est martin qui l'a dit un jour
j'ai toujours aimé butiner
toucher à tout
et quand une chose requiert un effort
je m'esquive vers une autre tâche plus intéressante
et je peux ainsi me garder occupée
et surmenée pendant toute la vie

je fais pleins de choses
pour fuir toutes les choses
je manque de profondeur
je déteste l'effort
je reste superficielle

c'est faux

j'ai réussi et complété pleins de choses
je suis même devenue une experte
dans mon domaine professionnelle
j'ai donc réussi à acquérir cette profondeur

mais j'ai une tendance très naturelle de butiner
et donc de perdre énormément de temps
à m'éparpiller

j'ai décidé de passer moins de temps sur fb
parce que j'aime trop ça fb
c'est comme un sac de kettle aux jalapeño
ouvert en tout temps
j'y pige à demande du plaisir continuel
c'est sûr que ça bouffe tout mon temps
ce n'est pas la faute de fb
c'est de la mienne
comme un vice un péché la luxure

on verra si avoir plus de temps
me forcera à me concentrer davantage sur mes études
histoire de reprendre le dessus
si je peux dormir plus
et mieux manger aussi
moins de sucre raffiné
acheter des cans de poissons
des sardines du thon
et m'en faire un lunch à la maison une fois par semaine
me bourrer d'omega trois
j'ai envie de l'image de mon cerveau luisant
et sans cesse regénéré
j'ai envie de performer
ce n'est pas rien
que de ne pas se sentir à la hauteur
en ce si début d'études
il faut que je me ressaisisse

je veux vider mon cerveau en méditant
en courant en nageant
pour le disposer à apprendre
je suis prête à toutes les techniques
de l'hypnose au ginkgo biloba
je veux apprendre
je veux comprendre
je veux réussir
je veux savoir qu'en y mettant l'effort
on peut tout faire

on peut atteindre nos objectifs.

samedi 1 octobre 2016

en avant



quand julien est venu hier
porter des cartes d'affaires
c'est ma' qui lui a ouvert
et elle s'est demandée pourquoi
son étudiante de fille se faisait faire
des cartes d'affaires

peut-être s'était-elle imaginée
que j'avais encore dix-neuf ans
et que je commençais ma vie

puis elle s'est souvenue que j'en avais
quarante-huit
avec près de trente ans
de bagage professionnel
dont profitaient encore des clients
que je rajoutais des cordes à mon arc
en complétant des études et des certifications
et que je gagnais ma vie
selon mes termes et conditions
comme énormément de professionnels
souhaitent le faire

elle s'est enchantée de savoir
que j'avais recommandé mon ancien patron
pour prendre ma place
que j'avais négocié mon premier contrat de pigiste
avec une grande banque canadienne
et que lorsque mon ex-patron
me poserait des questions d'ordre
de culture et de pouvoir d'entreprise
je le facturerais à titre de client
et non à titre de subalterne

elle était enthousiasmée de voir
que j'avais plein d'alternatives
que je ne recommençais pas à zéro
mais que je continuais à construire
que j'allais encore aimer gagner des sous
et que je ne négocierais pas des contrats à la petite semaine
mais seulement avec des gens d'affaires
inspirants et chevronnés

ma' avait alors compris
que je valais bien plus que mes cartes d'affaires
elle s'est vite dépêchée d'ailleurs
de la montrer à pa'
car son fils aussi y a contribué
j'ai fait affaires avec mon frère
dans le meilleur de ses compétences
il a livré un travail extraordinaire

je pense que nos parents sont contents
de savoir notre aplomb
nos compétences
et notre confiance

we are growing up
and never letting them down.