samedi 27 décembre 2014

gran reserva



ça y est nous y sommes arrivés
à l'aube de deux mil quinze
un chiffre qui n'apparaissait dans mon esprit
que dans des plans d'affaires horizon deux mil quinze

je serais tentée de dresser un bilan
ceux qui me connaissent savent que
je carbure aux réalisations
je suis femme de décompte et d'énumérations
plus le checklist est long plus je suis heureuse
à quoi sert de se lever aux aurores
si ce n'est pour se réaliser et pour en réaliser
mille et deux mille autres

ceux qui me connaissent mieux
savent que je pistonne à la reconnaissance
aux félicitations
c'est pour ça les bilans
c'est le bulletin de la bonne élève
le coup de pied dans le cul
pour continuer à y aller
à performer comme une grande fille
un bête de cirque une ti-jo-sait-tout

j'adore oser j'adore réaliser

mon année fut splendide en tout point
elle fut fatigante
j'ai l'impression de ne pas avoir arrêté
mais j'ai un vif sentiment d'accomplissement
j'ai tant grandi je le sais

j'ai appris à lire
en prenant l'exemple du défi b52 de la comète
et ai lu près de vingt-cinq livres cette année
mon préféré fut les états-unis du vent
suivi de près de the twenty-two million dollar shark
de arvida
et the signature of all things
le meilleur mise-en-bouche étant
le petit dernier de geneviève lefebvre
dévoré en cinq heures sur le train

j'ai appris l'humilité en ne sachant pas écrire
et en soumettant trois versions d'un même texte
j'ai compris que c'était dur de composer

j'ai appris à nager
en joignant les charlots au petit matin
et en persévérant longueur après longueur
à reprendre mon souffle
en n'ayant plus peur de me noyer
en découvrant la sensualité

c'était beau aussi la natation le matin
car j'ai réappris à socialiser
autour de nombreux déjeuners heureux
j'ai redécouvert le bonheur de jaser

j'ai acquis l'étoffe de la sportive
qui demi-marathon après demi-marathon
a su se relever malgré la piètre performance
j'en ai couru trois cette année
et le dernier je vous l'ai raconté
le lendemain d'une course magnifique
de quarante-septième anniversaire

j'ai acquis la confiance
encore
oui là vous pensez que je ne passe plus dans la porte
et c'est presque ça
j'ai de l'assurance
j'écoute plus que jamais ce que les gens disent
et je fais à ma tête
en fait peu importe ce que je fais
j'en suis fort aise et heureuse
je décide oui ou non
et je suis sereine
c'est un peu parce que je pense plus à moi

je suis redevenue sociable
et ai fait de nouvelles connaissances
autant que renoué avec les anciennes

je suis devenue moins énervée
je travaille plus au travail
j'étudie avec ardeur
mais je ne m'énerve plus pour le plancher sale

j'ai appris à connaître mon corps
et à suivre ses signaux d'alarme
j'ai appris à préserver ma santé

j'ai franchi un milli degré de plus
dans ma vie amoureuse
nous sommes bien et avons confiance l'un en l'autre
j'ai aimé voir l'homme-chat heureux
et je crois qu'il m'a vue heureuse aussi
nous nous en aimons davantage

j'ai acquis l'assurance
d'avoir été une bonne maman
la meilleure que je puisse être
car mes fils me rendent constamment
des tonnes d'affection
j'en suis convaincue maintenant

j'ai appris à dire non
et je n'ai pas besoin de m'expliquer
juste car je sais qu'en refusant
c'est pour mieux choisir
le où le quand et le comment

vous m'avez lue souvent cette année
je vous ai raconté
mes aventures
en conclusion
je me suis senti évoluer
dans le vrai sens
j'ai grandi

ce fut une année de maturité

je vous aime
vous êtes vraiment swell de me joindre
ici le samedi
et je vous souhaite
une merveilleuse année deux mil quinze
je vous souhaite la santé
pour bien faire
et je vous souhaite d'oser et d'aimer
et si cela vous tente
je vous souhaite même d'y aller!

tchin tchin les babes! xxx

samedi 20 décembre 2014

quand louis chantait...



attablées devant un souper tardif de lundi soir
dju' et moi jasions et elle me disait à quel point
elle était affectée par le climat social difficile
nous revenions d'ailleurs d'une belle célébration
soulignant des années de collaboration
entre le musée des beaux-arts
et des organismes d'entraide et de bienfaisance
donnant accès aux plus démunis à la thérapie par l'art

la beauté est en ce monde

cela fait trois semaines au moins
que je fouille les seize pages recto verso
de mon devoir du jour
afin de dénicher une bonne nouvelle
j'y réussis environ six fois sur dix
mais je n'en trouve pas plus qu'une

dans le dernier mois il y a eu dans mon entourage
la fée du mile end décorant les fenêtres de ses voisins
la guignolée du dr julien et ses centaines de bénévoles
des coureurs et des skieurs ramassant des fonds
pour soulager des enfants malades
l'assemblée annuelle de la fondation alpha
dr forget revenant du foyer de l'ebola
retournant pratiquer dans le nord du québec
et repartant à nouveau avec les médecins sans frontières
un médecin prenant le temps d'examiner
et d'expliquer humainement à la clinique dix-huit cinquante-et-un
une coach de piscine accueillant gratuitement
les charlots ce jeudi

la vie de tous les jours est emplie de beaux gestes
et de la volonté d'une meilleure société

la fée patsy van roost disait elle-même
qu'elle avait assisté récemment à une rencontre
d'un groupe d'action communautaire dans son quartier
dont elle ne connaissait pas alors l'existence
et qui était responsable de tant d'initiatives
connues et menées à termes pour le bien commun

dju' a raison
l'air ambiant est sombre et les médias sérieux
ne diffusent pas assez de bonnes nouvelles
comme s'il fallait s'excuser d'être heureux
on dit souvent que la catastrophe fait vendre
mais pas la bonne nouvelle

cela est faux

les liens les plus partagés sur facebook
sont ceux de gens et d'événements heureux
nous adorons humans of new york
et ses versions internationales
nous avons admiré ce papa atteint du cancer
qui dédiait chacune de ses journées
à être un père exceptionnel
nous aimons dominic arpin
homme guéri qui sensibilise sur la santé
et qui redonne pour soigner
nous avons vu ce chauffeur d'autobus
aider la dame âgée à rentrer à l'abri
nous aimons les flash mob
donnant le sourire à une population
et nous aimons définitivement
la joie contagieuse de pharrell williams

nous avons besoin de beauté

nous voulons nous maquiller de bien-être
de bonheur de joie de paix
nous le faisons chaque jour
dans notre communauté
avec les difficultés que cela impose
avec les sacrifices que beaucoup y consacrent

lorsqu'on en parle
cela nous émeut nous réjouit
nous rappelle que c'est possible
nous raconte comment un effort a de l'effet
qu'en nous impliquant
nous améliorons la société

oui l'humain est capable de grandes choses

il est vraiment dommage
de le rabaisser continuellement à sa plus basse expression.

car comme le chantait si bien louis...

samedi 13 décembre 2014

amitiés sincères



en deux mil douze lorsque pa' était malade
j'ai constaté la grande force de mes parents
d'avoir développé durant leur vie
des amitiés durables avec tant de gens

ils connaissent leurs nièces et leurs neveux
même si ceux-ci sont dispersés autour du monde
ce sont mes cousins et cousines que je ne connais pas
ni plus que mes oncles et tantes
dont je ne sais même pas le nombre
ils hébergent ou aident des petits cousins
aux études aux états-unis
subventionnent un autre dans le besoin
ils fondent une école chinoise
pour que leurs enfants et les autres
gardent le contact avec la langue maternelle
et la culture la danse les arts martiaux
ils rejoignent les associations d'anciens diplômés
de leur université tawainaise en californie
et retrouvent d'anciens chums
ils visitent et accueillent d'anciens patrons et collègues

quand ils viennent à montréal
ils visitent les voisins de la rue tyrol
ils visitent les beaux-parents de mon frère
et occasionnellement les miens
ils ont des dates avec les anciens collègues
de mil neuf cent quatre-vingt dix
ils restent chez nous un bout de temps
et jasent avec mes voisins
ils voient leurs vieux amis chinois
et couchent deux trois jours chez eux
ils reçoivent les amis de leurs enfants
chez eux en californie
et lorsque pa' était en forme
ils leurs faisaient faire la tournée des vignobles

bref ils entretiennent leurs amitiés
et sont aimés de tous

je fais bien sûr si peu en ce sens
ayant un mode de vie personnel plutôt solitaire
car le métier ainsi que le sport
me procurent déjà beaucoup de socialisation
et il est vrai
leurs lots de bons amis
je maintiens les contacts différemment
par l'écrit le rire et les mots
ça marche pour certains et pas pour d'autres
mais dans la vraie vie
je vois rarement tous mes amis
j'ai arrêté mon party d'huîtres annuel
qui en rassemblait une couple
et j'apprécie donc davantage les réseaux sociaux
me permettant de suivre le fil

mais il n'est jamais trop tard pour bien faire
j'ai récemment rencontré
plusieurs nouvelles personnes
à l'occasion d'événements organisés
auxquels j'ai décidé de participer
un lunch de courges
une course caritative
un party de nowell
c'est formidable de rencontrer et d'apprendre à connaître
les gens nous apportent tant
je suis heureuse de voir que j'aime encore autant qu'avant
accueillir l'amitié
je crois même que c'est encore plus facile qu'avant
que le muscle de l'ouverture
et de la sincérité n'est pas rouillé
qu'il n'attendait qu'à être sollicité

peu importe comment on la définit
l'amitié nous apporte
nous grounde
nous élève
nous ouvre au bonheur.


samedi 6 décembre 2014

running delirium



dormir à aire ouverte
gars et filles ensemble
en faisant ronrons
après un spagat de luxe
à dix heures du soir
et beaucoup de vin rouge
je sais pus à quand ça remonte
la dernière fois
comme une gang de skieurs
qui s'en vont faire des mauvais coups
crisse qu'on a ri
on a dévalé la pente
en courant hier soir
cause le cabriolet était off
c'est pas bon pour les périos
et les coureurs qui auront
quarante kilomètres à se mettre dans le corps
dans la journée
dans ti peu
on espère les oeufs pis le bacon
des fois courir pour une bonne cause
c'est vraiment chouette en gang
je vous reparle en fin de soirée
quand j'aurai fini mon deuxième stretch
si j'arrive à tougher le froid
si je glisse pas sur mes rénnings
sur une bosse dans le bois
au pire je reviendrai
me coucher faire la sieste
boire du café lire prendre un verre de vin
ou une coupe de bulles

le plaisir de la folie de vivre.

samedi 29 novembre 2014

vertigo



un jour j'ai écrit un plan de vie
si ce n'était à la havane
en janvier deux mil huit
alors exposée à plusieurs choix de carrière
mon copain m'avait dit
prends une feuille et quadrille la
dans les colonnes indique
tes choix de carrière incluant
le poste occupé
et dans tes rangées indique
les critères qui te sont importants
après coche les cases avec des plus ou des moins
et le choix le plus payant tu choisiras
peu de temps après cet exercice éclairant
je prenais une feuille de papier
et j'étendais un plan de vie

j'en ai déjà parlé
c'est celui auquel je repense
quand je suis débordée
j'y ai pensé cette semaine
quand soudainement
après une superbe course dominicale
toutes mes intentions engagées
se sont évaporées
le lundi matin alors réveillée
je me suis recouchée
sans aller nager
le mardi matin réveillée
je me suis recouchée
sans aller jogger
toujours en me préparant la veille à y aller
je me suis dit ça y est je suis surmenée

je parie qu'à cette époque l'an dernier
je l'étais également
et j'ai dû déjà vous raconter
que je meublais le temps
pour ne pas avoir le vide
pour être dirigée en toute sécurité
je planifiais mes activités
pour évoluer car j'haïs gaspiller
car il n'y a aucune réponse existentielle autre
car sur cent trois ans
je voudrais avant de devenir pissenlit
avoir appris
mais c'est tout le contraire de l'orientalité
celle qui évolue dans la sérénité
la force dans la tranquillité
je suis fébrile comme il n'est pas permis
je sautille je trépide sous prétexte de vivre
et bien sûr un jour je suis fatiguée
je dors je récupère je sors je bois je m'amuse
j'ai envie d'évasion je book un voyage
je suis romantique nostalgique
j'écoute de la musique fort
je danse je m'écroule je dors

quand je me réveille
après un hiatus d'une ou deux semaines
je me souviens de mon plan de vie
et reprends le contrôle rationnel des choses
je déleste j'abandonne
je vois clairement les choix que j'ai faits
qui ne respectent pas la consigne
de l'objectif à long terme
mais qui représentent un défi de luxe
que malheureusement mon énergie ne me permet pas
et à regret je fais marche arrière
sous peine de tomber malade pour toujours

c'est fou comme dans ces moments
il est salutaire d'être bien accompagné
d'avoir un conjoint qui voit plus clair que soi
et qui aide à nous réaligner

mes pensées sont mal exprimées
et il y a définitivement trop de je
même cette tribune ne respecte pas la consigne
qui est d'écrire hebdomadairement
afin de me faire la main
elle ne comprend aucune contrainte
mais elle me fait du bien
je ne sais pas si j'arriverai à réaliser
mon grand plan de vie
je sais que mes tripes veulent
que je traverse la vie avec plaisir et enthousiasme
et fort heureusement
ma raison m'aide à rester équilibrée

sur ce je vais me recoucher
mais pas trop afin de ne pas tout manquer.


samedi 22 novembre 2014

élever


cary grant, bringing up baby, 1938

depuis quelques temps
je petit-déjeune en semaine avec des amis
ce qui est très bénéfique
pour la fille qui n'a plus de vie sociale
par manque de temps et d'intérêt
et qui est poignée à prendre des décisions
sur lesquelles elle n'échangeait plus désormais
qu'avec le cercle très sélect
de son mari et de son chat

or donc
cette semaine
nous parlions des gens
qui ont de mauvaises manières
ceux qui manquent de social grace
cette expression empruntée
d'une autre amie
bref ces gens qui ne savent pas vivre

nous nous demandions si cela valait la peine
de leur dire de mieux se conduire
d'être plus matures
pouvaient-ils encore changer
à défaut de s'antagoniser la planète
au complet
ce qui serait bien dommage
puisqu'au fond ils ne sont pas tant méchants
que maladroits
ils auraient à donner et à recevoir
et tout le monde en sortirait gagnant

avant-hier bébé relatait
s'être fait engueuler par une folle à lier
une autre chumette avait coupé les ponts
avec une ex amie plus du tout intéressante
je l'ai fait également cette semaine
à l'occasion d'un anniversaire

dans le métro je me suis rappelé
crispi qui citait un jour meryl streep
disant elle-même n'avoir plus de patience
pour ce genre de personnes
je me souviens que lorsque j'ai lu cette citation
je trouvais cela bien prétentieux
de dire qu'on n'avait plus de patience pour d'autres
portant un jugement sur ce qui est vertueux
et ce qui clairement manque de fini
comme si on trônait en haut de l'espèce humaine

je suis du type plus indulgent
mais si je vous le dis
je veux dire je vois le bon en chacun
et tout le monde mérite une deux trois chances
donc j'ai tendance à dire mais oui
disons-lui de mieux se conduire
d'apporter à boire à nos partys
de s'exprimer sur les bonnes tribunes
et en privé quand il le faut
de faire preuve de délicatesse
de vivre avec les autres
et non de les utiliser
d'être souriant et de remercier lorsque doit
etcetera

tout le monde a ses défauts
il y en a des condescendants
des contrôlants des insécures
des violents
ah zut fallait pas dire violents
des colériques
des endormants des fatigants
des téteux des puants
des lents des extravagants
des égocentriques
des innocents
des sceptiques

et j'en suis

alors oui
tout dépend de l'intérêt que l'on porte
à cette personne
des fois c'est notre fille notre mère
notre garçon notre patron
on décide alors d'élever
en anglais is to bring up
comme dans élever des enfants
mais aussi comme dans amener le sujet

mais des fois comme diraient meryl ou crispi
quand il y a un manque de volonté flagrant
ou aucun potentiel latent
alors ça ne vaut pas la peine
quand on a le choix de choisir
on préfère ce qui est simple et généreux
et évolue en harmonie

tant pis pour les pas fins.


samedi 15 novembre 2014

prêt à cueillir



oser

c'est mon verbe intransitif préféré

en anglais is to dare
qui est un peu trop fort
soeur de la tentation du diable
une notion de risque supplémentaire
une témérité inutile et déraisonnable
celle qui provoque
de façon insolente et juvénile

j'ai déjà parlé d'oser
je l'aime de plus en plus

il s'agit de l'audace
celle d'essayer
comme un essai gratuit
ou remboursement garanti
l'audace qui nous pousse un matin
à choisir le chemin différent de la veille
et ce faisant
nous rend un tantinet grisé
mais nous fait ensuite sentir bien
comme après un bon sprint
rassuré d'avoir enfin pris cette décision

car l'audace n'est pas folle
elle est le moteur qui appuie sur le bouton
elle prend rarement une décision
qui nous est totalement inconnue
nous l'avions déjà murie
mais n'osions pas
ce n'était que la paresse
et le confort

que l'audace nous sorte
de notre zone de confort
c'est exactement ce qu'elle fait
et c'est cette petite poussée
tout comme l'effort qui fait mal
cette poussée qui nous fait avancer
qui nous fait franchir la rivière
et passer à une autre étape
l'audace c'est la confiance en soi
elle connaît nos limites et nos capacités
elle est fille de notre expérience
et c'est pour cela que l'on y fait
de plus en plus confiance
comme un moteur
que nous aurions construit toutes ces années
c'est notre corps et nos aspirations
traduits pour notre esprit
l'audace est notre coach personnel
si nous n'embarquons pas dans sa caravane
nous ratons un sapristi de voyage
nous gaspillons notre vie
qu'on a beau dire n'est pas longue
mais qui devient éternelle
dès lors qu'on s'ennuie

quand on témoigne
d'un acte d'audace
par une personne qu'on aime
cela nous émeut profondément
nous emplit d'un bonheur chaud
ce sont des actes d'évolution

oser
c'est quasi conscient
quand on y arrive
il faut se laisser tomber comme le fruit mûr
c'est pour cela que la milliseconde
pendant laquelle on se sent
l'étourdissement et l'euphorie
il faut écouter son papillon dans le ventre
et s'envoler

car
comme une organisation que je connais bien
disait à ses clients

oser ça fait grandir.

samedi 8 novembre 2014

jamais deux sans trois



heureusement nous ne sommes pas deux
nous ne sommes qu'une sur trois
une sur trois vous y pensez
ayant subi une agression sexuelle

lundi matin au déjeuner
alors que les portes ne s'étaient pas encore ouvertes
sur les #agressionsnondénoncées
nous ne faisions référence
qu'à la sordide affaire ghomeshi
une autre affaire de persona
une affaire de pouvoir
une affaire de déviance et d'abus

comme chaque femme l'a fait depuis
j'y ai beaucoup pensé
comme beaucoup l'ont fait depuis
je veux en écrire
je veux dire

j'ai dit nous mais je n'en fais pas partie
lundi matin nous pensions une sur deux
nous disions qu'autour de nous
nous connaissions des femmes
ayant subi une agression physique ou psychologique
je me retourne et soit je ne connais personne
soit je suis bénie des dieux
et mes amies aussi
soit je ne vois rien
je pense que c'est ce dernier constat qui prévaut
ça ne peut être que ça si je me fie aux chiffres
j'ai déjà dit que je n'avais pas d'antenne
à ne pas détecter une femme sur trois
victime de violence
faut être aveugle en sacrament
surtout à mon âge qui frôle le demi-siècle

ou peut-être le cachent-elles si bien
comme elles doivent le faire
pour toutes les raisons connues maintenant
depuis deux jours
pour ne pas subir de douleurs additionnelles
pour ne pas être davantage ostracisées
pour continuer à fonctionner dans la vie
car elles ont choisi de vivre
plutôt que de mourir
plutôt que d'en finir
je ne peux pas dire le courage
c'est indicible pour moi qui n'ai pas vécu ça

je peux imaginer comment ma vie serait différente
si on m'enlevait la liberté de la naïveté
de la candeur de l'innocence
je suis bénie des dieux je le répète
surtout considérant une jeunesse
si gourmande de volupté
si amoureuse du désir
j'aurais pu me retrouver
aux bras et à sang du premier venu
et pourtant
je n'ai jamais été battue violée

je me suis battue
conjugalement parlant
une fois ou deux
avec forces bras cou et tralala
ça n'a pas duré
j'ai quitté le gars
c'était un moment d'emportement
nous étions tous les deux fous

j'ai été amoureuse languissante
d'hommes qui ne me voulaient pas
autant que je les voulais
j'aurais été une proie si facile
et pourtant
ça ne m'est jamais arrivé

à vingt ans
un itinérant m'a frappée
comme je marchais vers le métro
je suis sure de l'avoir déjà écrit
ma chum d'université m'a dit
pense à avoir une bulle autour de toi
une enveloppe d'invincibilité

je traverse la vie
avec impunité et confiance
je ne veux pas au grand jamais
que quelqu'un m'enlève ce droit de vivre
bulldoze mes fondations de maslow
je ne veux pas vivre dans la terreur
alors que je suis émancipée
à tout lire je pense que c'est un privilège
mais non dis-je
de quel droit peut-on me faire mal

je ne veux pas être le sexe faible
je ne me suis jamais sentie ainsi
vous êtes braves
belles filles belles femmes belles dames
j'ai maintenant tant d'empathie

merci de continuer à dénoncer.


ps :
la photo
shooting artistique controversé
inspiré du viol collectif de nirbhaya en 2012

pps :
sur une note plus joviale
cette semaine fut couronnée par le baptême
du nouveau blogue de geneviève allard
qui nous donnera j'espère d'autres beaux mots cerclés

en l'ajoutant dans mon blogroll
je me suis rappelé que j'aimais
beaucoup zoreilles
que je n'avais pas lue depuis trop longtemps
j'y suis retournée avec grand plaisir

bonne lecture.

samedi 1 novembre 2014

assis dis-je



geneviève nous a récemment transmis
un article dans lequel on parlait
de zitzfleisch

mot yiddish
contrôle de soi
patience
capacité de rester assis longtemps
assis
cul

ce nouveau mantra
est pertinent
à mon époque
où tout me distrait
où je ne sais plus mener
un ouvrage de longue haleine
sans m'interrompre quarante-douze fois
pour faire n'importe quoi d'autre
où mon esprit est constamment dissipé
où je ne sais plus rester concentrée

je manque de zitzfleisch
je suis donc en retard sur mes échéanciers
that's it that's all
c'est pas compliqué
faut que je réinvestisse cette aptitude
je peux facilement imaginer mon père jeune
assis devant un bureau
à lire et retranscrire pendant des heures
sans distraction
malgré le bruit ambiant
et les enfants courant autour de lui
je me souviens des heures passées
à dessiner à peindre
lorsque j'étais plus jeune
ça n'a pas empêché un mba
un bac en douze ans
une carrière stimulante
et d'autres réalisations
mais tout est rigoureux
rien n'est simple

je suis devenue impatiente
je suis orientée vers les résultats
je ne finis pas
j'essaye d'aboutir
je tourne les coins ronds
et lorsque vient le temps
de faire un travail plus ardu
me demandant un effort supplémentaire
j'ai besoin d'aide
de feedback de va et vient
de relecture
d'analyse
de synthèse
et on recommence
je ne manque ni de méthodologie
ni de rigueur
mais j'ai perdu l'endurance
je peux persister et me répéter
mais non renouveler mon raisonnement
tout en l'articulant clairement
pendant six heures de suite
j'ai perdu cette faculté
car j'aime trop
ce qui me sucre le bec rapidement

je ne vois pas le jour
où je courrai un marathon
où j'écrirai un roman
où je soumettrai une thèse
où je cuisinerai français classique
où je serai yogi

zitzfleisch 'stie
zitz the fucking fleisch.


samedi 25 octobre 2014

papillon


(dans ma tête chu belle de même)

samedi dernier je voulais être
un peu plus gisèle
un peu plus monica
je ne savais pas alors
que le lendemain
j'allais devenir une autre femme

ça ne s'est pas passé
chez holt ou ogilvy
mais sur bay street à toronto
vers onze heures du matin
le jour de mon
quarante-septième anniversaire

dans les deux derniers kilomètres
de mon demi-marathon
alors que deux fois auparavant
j'arrivais en marchant
juste avant de sautiller
jusqu'au fil d'arrivée
poussée par la vanité devant la foule
ou une amie qui me dépassait
j'ai cette fois-ci couru

alors que d'habitude
j'étais contente d'avoir déjà mis
dix-neuf mille mètres de course
dans mon corps peu athlétique
j'ai cette fois-ci parlé sans arrêt
me disant que deux mille mètres
c'était si court
deux fois moins que ce que je courais
à l'aube deux fois par semaine
j'imaginais ma cour vers six heures trente
quand je rentrais de la course matinale

en fait c'est une autre femme qui m'a parlé
je ne l'ai pas vue arriver dans mon rétroviseur
elle était derrière moi tout le temps
me disant de ne pas arrêter boire
avant le dixième kilomètre
ce qui m'amena non loin du douzième
dans un premier élan
c'est elle aussi qui plus tôt avait remarqué
le dix-septième kilomètre
en croisant l'élite revenir face à elle
et qui m'a dit que je n'arrêterais pas
ma deuxième fois
avant ce marqueur
c'est cette autre femme
qui a remarqué dans les dix derniers kilomètres
que je suivais de proche
le lapin du deux quinze
et elle me poussait lorsque je m'en distançais
cette femme me disait
qu'elle voulait me surprendre
que c'était mon anniversaire
et que pour ma fête
je me devais de réussir mon objectif
celui de finir en bas de deux heures vingt-cinq
et même deux heures dix-huit
puisque j'avais rajusté ma cible
quatre semaines avant le jour de la course
sentant que mon corps était trop à l'aise
avec l'allure que je lui imposais

si d'aventure
je me parlais ou me fouettais
j'abandonnais plus souvent qu'autrement
me trouvant peu valable
pour me rendre des comptes
déclarant forfait à mes propres exigences
me contentant de si peu de moi-même

dimanche en cette journée de fête
je ne me suis pas forcée
je me suis vue comme une autre
à qui je devais autant de respect
qu'à ceux que j'aime et que j'admire
je me suis vue arriver
comme une femme que j'aimais
je suis rentrée en deux heures quinze
je suis passée dans la cour des grands
ceux qui ne lâchent pas
ceux qui se dépassent

la médaille à mon cou
le jour de mon anniversaire
m'a donné un teint aussi beau
que celui de gisèle et de monica
j'ai depuis un aussi beau sourire
de magnifiques jambes
et une superbe poitrine

ce n'est pas chanel qui m'a rendue belle
c'est l'amour que j'ai eu
pour la moi devenue forte
je n'aurais pu souhaiter
grandir plus en beauté.

samedi 18 octobre 2014

wannabe



j'aime le glamour le strass le bling bling
je porte un collier de perles
du lundi au vendredi
pas de rouge à lèvres
pas de boucles d'oreilles
un mini diamant serti d'or
sur l'annulaire gauche
pas de maquillage mascara fard à chose
je me lave les cheveux chaque jour
je les conditionne et les brosse
les attache avec une barrette
sur le haut de ma tête
et les laisse sécher à l'air libre
été comme hiver
je m'achète de nouvelles lunettes
aux trois ou cinq ans
je me parfume tous les matins
incluant les week-ends

et je ne sais pas
ce que sent chanel numéro cinq

pourtant

quand je vois ce vidéo
comme celui avec nicole kidman
il y a dix ans par le même réalisateur
j'ai le goût d'être une autre femme
je fouille le web pour en savoir plus sur elle
j'apprends qu'elle a marié un footballeur
j'aperçois rapidement son salaire horaire moyen
je zieute la maison pas celle-ci en californie
mais celle dans je ne sais plus quel état
et puis l'autre aussi vendue au rappeur
puis je vois ben pelosse
et ses magnifiques photos de monica bellucci
à cinquante ans
pulpeuse et naturelle mais pas si tant
on voit naturel aujourd'hui ce qui est maquillé
et bien fardé
mais on ne le voit plus tellement on est habitué
je le sais j'ai vu le making of
quand gisele se met du rouge à lèvres
pour simuler sa sortie de la mer
alors que sur film
on la trouve beige et sauvage
avec si peu de mascara

après avoir regardé le vidéo
en boucles cinq fois
emportée par le scénario nunuche
immergée dans ce rêve d'un instant
après avoir regardé tous les making of
vu les chanel téléchargé la toune
et bien je me regarde dans l'étain
de la salle de bain
et l'espace d'un moment
j'ai envie de m'acheter chanel numéro cinq
et je réalise en y pensant
qu'il ne s'en vend pas chez coutu
et que cela prendra plus d'investissement
pour devenir cette autre femme
et avoir cet autre homme
cet autre enfant
ce surf ce wet suit
cette autre maison

la pub ça marche.

samedi 11 octobre 2014

expressionnisme


robert motherwell, litho, 1967

je ne sais plus quoi vous dire
je parle tout le temps au je
je ne sais pas écrire d'histoire
je lis arvida d'archibald
des histoires
c'est ce que je veux écrire
je me tanne des réflexions
quoi qu'elles me fassent du bien à exprimer
je suis au stade du journal intime
tout cela semble bien juvénile
j'aimerais écrire la vie l'épopée
à travers un personnage
en dehors de moi
la générosité se vit hors de soi
mon samedi est une extension
du dedans de mon coeur
de mon âme de mon esprit
mais il ne raconte rien
dans cent ans je serai cendre
et tout cela ne comptera plus
j'aimerais être victor hugo
et laisser l'homme qui rit
ou baricco et novecento
j'aimerais avoir écrit
the signature of all things
mais j'écris au je
la seule chose que je sache faire
la manière dont je vis
à travers mon égo
seule et revenant vers moi
l'écriture n'est belle que
lorsqu'elle dit le soi
au travers du monde
lorsqu'elle peint la douleur la joie la couleur
l'excitation dans le jour du jour
dans la sensation
et non dans l'expression
j'aimerais être riopelle ou pollock
ou encore anselm kiefer
et vous faire vibrer
sans dessiner un coeur
comme il est dur l'art d'émouvoir
mais je n'en suis pas là
un jour je voudrai
en attendant je vous sers encore
mes états d'âme
que je ne conçois pas des fois
comment ils puissent vous intéresser
outre que je sois aussi un peu de chacun
et qu'il fera beau ce samedi.

samedi 4 octobre 2014

sel de la vie



je ne suis pas une passionnée de course
je cours quatre fois par semaine
jusqu'au dix-neuf octobre
en préparation pour une course

je ne suis pas une passionnée de natation
je prends des cours
pour me débrouiller dans l'eau
c'est un bon outil de survie

je ne suis pas une passionnée des études
je me forme pour une certification
qui me permettra d'être indépendante professionnellement
dans environ dix ans

je ne suis pas une passionnée des lettres
j'aimerais un jour écrire un roman
et je ne le ferai pas sans savoir écrire
j'écris donc les samedi et je prends des cours quand je peux

je ne suis pas une passionnée des arts
je visite les musées et galeries quand je voyage
ça m'élève l'esprit et le coeur
d'être entourée de beauté

je ne suis pas une passionnée des rénos
dès que j'en ai la capacité physique et financière
je tente de changer mon décor
pour y être plus confortable

je ne suis pas une passionnée du vin
j'en ai bu un peu mais juste assez
pour qu'il y en ait que j'aime plus que d'autres
je me suis renseignée afin de pouvoir toujours boire ce que j'aime

je ne suis pas une passionnée de la bouffe
j'ai un appétit immense et des goûts douteux
je cherche souvent la nouveauté
et la fine restauration

je ne suis pas une passionnée de l'amour
je grandis à vivre ensemble
dans un bonheur pair
qui m'emmène vers l'avant

je ne suis pas une passionnée du travail
je me réalise professionnellement
j'aime rayonner
et gagner des sous

je ne connais que très peu de passionnés
pour dire vrai je ne peux en nommer que deux
et ils datent de mon adolescence
des gens qui ont suivi leur voie
à travers les sacrifices et la souffrance
la passion consumant tout le reste
une vie droite et monolithique
ils sont arrivés à réaliser leur rêve unique

j'ai la qualité de mes défauts
dieu merci il y a du bon dans tout
je n'ai pas la patience ni la discipline requises
pour la passion
je suis fille de peu d'efforts
je me disperse plus que je n'approfondis
et je ne peux donc pas poursuivre une voie unique
je ne suis jamais numéro un
je suis dans la moyenne alerte
mais jamais sur le podium
je fais ce que j'aime
et j'aime en masse
horizontalement
nuageusement
partout heureusement.


samedi 27 septembre 2014

carpe diem



la vie la mort la maladie
ce n'est rien vu de loin
nous ne sommes que matière
que chair en douleur
autant que le chat et le pissenlit

et pourtant cela fait mal
patti smith me faisait pleurer
pas tant par la mort de robert
que par son amour son amitié
en fait la mort de robert
annonçait un soulagement
un ciel éclairé
peint de mains d'artiste
la maladie éradiquée
le corps devenu cendres
la légèreté de l'être

ce qui fait pleurer dans la mort
c'est la personne qui nous manque
c'est la même douleur que l'on a
face au changement
c'est notre haine de l'irrémédiable
notre désespoir de ne pouvoir revenir en arrière
non nous ne pouvons pas reculer
c'est clairement inévitable
il vaut mieux se souvenir avec sérénité
apprécier ce qui a existé
emmagasiner et donner
et continuer à avancer

la mort s'en vient
elle est obligée
en attendant donnons la vie.

samedi 20 septembre 2014

confessional



j'ai déjà déclaré mon amour pour facebook
certains trouvent qu'on y publie n'importe quoi
qu'on y exhibe son chat ce qu'on mange et quand on baise
ils trouvent que c'est faux
car les gens ne s'y montrent
qu'à leur avantage
que c'est une vitrine narcissique

moi je me demande
comment le savent-ils
parlent-ils de même de leurs amis
sont-ils quant à eux de simples voyeurs
alors que d'autres sont exhibitionnistes
n'est-ce pas simplement
comme dans la vraie vie
il y a des gens plus expressifs que d'autres
chacun y prend la place qu'il veut
mais pourquoi donc critiquer
ce qui se passe sur une tribune
à laquelle on a volontairement adhéré

je suis un livre ouvert
vous l'avez constaté
j'y publie dix fois par jour
depuis maintenant sept ans
j'aime cette vitrine témoin de ma vie
elle répond à de nombreux besoins
d'abord celui de la reconnaissance
qui me motive à m'améliorer
sans rétroaction ma vie serait larvaire
puis à celui de l'information
ensuite à celui du divertissement
et encore à celui de la socialisation
ce n'est pas rien
ce qui me pousse à cliquer quotidiennement

j'ai l'air d'y publier une vie en rose
présentée sous son meilleur jour
j'y publie en fait ce que je pense ce que je vis
mais je réfléchis à mes mots
ce qui semble incroyable considérant
le nombre et la vitesse de mes salutations
à certaines périodes de la journée
j'aime écrire des phrases
elles provoquent font rire font réfléchir
font chier surdosent
bien sûr ces phrases me véhiculent
me transportent en palanquin
me déguisent en reine et en héroïne
je suis la vedette de ma propre vie
mais je ne me cache pas
je n'ai que faire de ma vie privée
je m'étale je m'auto-dérise je m'esclaffe
que suis-je comme poussière dans l'univers
pour prétendre à une vie privée
à chier plus haut que le trou
à faire mon affaire à moi toute seule
crissez-moi patience

non
comme une chatte oisive
j'exhibe mon bonheur

en ce samedi matin
je vous fais une liste
des côtés moins glorieux de ma personne
que je dévoile peu
car en fait ils ne m'énervent pas vraiment

j'éternue beaucoup
et je me mouche bruyamment
très souvent avec du papier cul
j'ai été complexée pendant quarante ans
de mes petits seins
je le suis maintenant
de mon ventre un peu proéminent
je suis une championne de la paresse
et c'est pour ça que je me donne des objectifs
si j'étais ermite je dormirais toute la journée
j'ai de la corne sous les pieds
je ne sais pas porter les talons hauts
et j'en suis si désolée car je trouve ça joli
je ne baise pas tous les jours
même si j'ai brièvement tenu un blogue de cul
je dévore les chips à m'en donner le mal de coeur
c'est écoeurant sans classe ni goût
je mange le poulet et les frites avec mes doigts
j'ai le vertige ça m'empêche de faire des choses
je ne sais plus écrire le chinois
je ne réponds pas au téléphone
je parle très peu à mes parents
encore moins à mes frères et soeurs
et pas plus à mes fils
je ne connais pas leurs numéros de téléphone
je n'arrive jamais au bout de défaire mes boîtes
je suis une botcheuse de rénos
il manque toujours la finition
je n'arrive pas à épargner une cenne
même si je suis plus insécure
qu'un travailleur autonome
je ronfle des fois la nuit
je marche fort
je ne sais pas mettre la table
je n'ai ni nappe ni napperons
je ne sais pas boire je vomis encore
j'ai peur des foules
j'ai mal à tenir debout pendant tout un show
je suis trop fatiguée pour veiller
j'ai des taches brunes sur la face
j'avale des vitamines chaque jour
comme une droguée
je suis inflexible de l'horaire
je vire folle quand on me dérange
ce qui inclut chez nous à l'improviste
dont le releveur de compteurs
je suis incapable d'être en visite
si je n'ai pas trouvé de cadeau ou de vin
je suis sourde ou paresseuse auditive
je fais tout le temps répéter
je n'ai aucune mémoire
ni des noms ni des numéros de téléphone
je ne me souviens pas des livres que j'ai lus
malgré ma grande bibliothèque
je ne peux pas participer au jeu des dix livres
qui ont marqué ma vie j'ai honte
je n'ai pas de patience pour l'incompétence
je n'aime pas le chat tant que ça
je ne garde ni mes nièces ni mes neveux
j'haguis le bruit ambiant des enfants
je fais de très mauvais oeufs miroirs
j'ai souvent mal au ventre
je cours lentement et je nage sans vigueur
je lâche l'effort physique dès que possible
j'abandonne facilement mille et un trucs
je fais rarement le ménage
mes pieds nus deviennent sales dans la maison
j'ai peur de manquer d'amour
je suis dépendante affective et sociale
et des chips je vous l'ai déjà dit

bon y a sûrement plein de choses que j'oublie
mais vous voyez le topo
ma vie n'est pas rose mais laquelle l'est
je vous l'écris de toute façon
quand tout m'ennuie quand j'ai des états d'âme
j'ai pas de black list
ni d'arrêt de non publication
je n'ai aucune gêne à vous le dire
what you see is what you get
je n'ai pas d'autre vie
que celle dont vous témoignez
et j'entends continuer à en profiter
aussi longtemps et vivement
que j'en aurai la capacité
j'ai trop de respect pour cette courte fenêtre
dans laquelle je monte ma pièce de théâtre
je me mets en scène je joue je batifole
quelques années sont une trop courte saison
dans l'histoire de l'univers
pour oublier de s'amuser et de partager

amen.

samedi 13 septembre 2014

la preuve



on n'a jamais une deuxième chance
de faire bonne impression
non mec ça se passe là
les projecteurs sont rivés sur toi
ça fait assez longtemps qu'on t'attend
dis-nous de quel bois tu te chauffes
ta job en dépend
ceci est encore plus vrai
lorsqu'on est engagé pour gérer
et non exécuter
on compte sur toi
on attend que tu décides

le deuxième jour de mon arrivée
à ce nouvel emploi
ma boss me tend un livre
rempli de post its
ainsi que la photocopie du résumé
et me dit qu'ici
on gère comme ça
que je peux le lire si ça m'intéresse
je lui demande si je l'achète
elle dit non elle me prête le sien
il s'agit de
the first 90 days
de michael watkins

je dévore les livres de gestion
les how-to
comme des livres de recettes
je m'y retrouve
je m'y découvre
je m'y sens bien
j'ai lu le résumé
sur l'heure du lunch
d'ailleurs c'est tellement important
que je vous renvoie un lien
vers le résumé ici
c'est en anglais
mais la pensée managériale
est soit anglophone ou nippone

ah merde
j'étais si déstabilisée par ce propos
d'avoir à faire mes preuves
en si peu de temps
je savais que je devais prouver
ce dont j'étais capable
mais là
c'était bien plus décisif
il fallait poser des gestes rapidement
ou lentement
selon l'impression qu'on voulait laisser
je ne pouvais pas juste m'asseoir en poste
et observer
je ne pouvais pas juste agir comme j'étais
et répéter ce que je savais le mieux faire
régler des micro problèmes
en étant gentille avec tout le monde
non le monde me regardait
déjà

oui en deux jours déjà

je devais donc réfléchir rapidement
à un plan à long terme
trouver mes alliés dans l'organisation
comprendre les attentes du patron
comprendre l'organisation
ce qui était accepté ce qui ne l'était pas
l'opportunisme ou le travail d'équipe
développer ou protéger
comment faire un quick win
malgré le fouillis
accepter de ne pas tout comprendre
et prendre des décisions
une après l'autre

la première que j'ai callée
est de m'acheter ma propre copie du livre
la deuxième que j'ai callée
est de réaménager le bureau
pour un peu d'intimité
la troisième que j'ai callée
est de réfléchir sans rendre des mini comptes
la quatrième que j'ai callée
est de faire un plan à long terme
et déterminer mon leg à l'organisation
la cinquième que j'ai callée
est un meeting avec ma boss
la semaine prochaine pour en discuter
la sixième que j'ai callée
est de saluer les gens que je croise
même s'ils ne le font pas naturellement
la septième que j'ai callée
est de m'inscrire aux cours de yoga
du vendredi midi dans la tour

et là je commence à m'y retrouver
la femme flexible gentille posée
qui respire par le nez
je ne suis pas despote
je ne suis pas néron
je finirai l'art de la guerre
de sun tzu
je planifierai en respirant
je vais pouvoir mettre la table
et donner le ton

alea jacta est.

samedi 6 septembre 2014

grâce à toi



une des aptitudes
que l'on développe en vieillissant
est l'instinct de survie
l'art de repérer les bonnes personnes
les opportunités
et l'art de sauver sa peau
avant que ça chire
ou de changer de route
lorsque ça ne nous apporte rien

on ne se l'avouera pas
mais on est opportuniste
on délaisse les gens
qui ne nous apportent rien
même si on les aime
mais ils ne nous divertissent plus
ne nous apprennent plus
ne nous supportent plus
oui on est fait de même
avec un besoin inné de grandir

on fréquente des gens
souvent meilleurs que soi
ils nous inspirent
on les admire
on apprend vite à qui se coller
pour avoir des alliés
pour nous aider à avancer

c'est pas gênant
tout le monde le fait
ça n'empêche pas d'être sincère
gentil poli aimant et généreux
car le tout se fait naturellement
dans les alliances que l'on crée

c'est pareil en amour
si on n'avance pas plus vite en couple
qu'individuellement
on lâche le couple
on aime car on admire
car ça nous valorise
car ça nous fait avancer
pas juste parce que c'est bon pour le coeur
pas juste
essayez pour voir

c'est pour cela qu'on change de cercles
plusieurs fois dans sa vie
il faut que les choses avancent
même si c'est stable au foyer
même si c'est stable au travail
même si c'est stable socialement
une des sphères est en mouvement
quelque chose bouge autour de soi
on rencontre de nouveaux clients
on suit un nouveau cours
on découvre un nouvel auteur

ce n'est pas tant
pour se divertir et se sortir du quotidien
c'est en fait pour s'inspirer
pour se tirer vers le haut
évoluer
améliorer sa vie

c'est fantastique de s'exposer
et d'échanger
les gens qui nous entourent
sont autant d'étoiles
qu'on regarde dans le ciel
et qui empêchent nos souliers
de s'enliser dans la vase
ils nous appellent à leurs côtés
au firmament des succès
et du bonheur
de la paix de la joie
leur vie leur savoir
leur coeur leurs ambitions
sont des exemples de possibilités

ces amis ces collègues ces connaissances
nous aident à oser
ils nourrissent notre quotidien
autant que le pain le beurre et le vin
merci d'être là
formidables coachs de vie!


samedi 30 août 2014

temps libre



j'ai aimé ça n'avoir rien à l'horaire
ni jeudi ni vendredi
j'ai fait une liste de choses à faire
avant la rentrée
celle de la nouvelle job
et du nouveau cours en compta
me suis levée aux heures
où mon corps a bien voulu
quand il a pu se séparer
de celui de l'homme-chat
dans le lit des vacances
mon corps et mon esprit ont pris le temps
et l'homme m'a laissée seule
voulant lui aussi embarquer
dans ses occupations
nous venions de passer douze jours
collés sur une moto
face-à-face deux fois par jour au resto
ça faisait du bien de se séparer
j'aime ces journées de liberté gagnées
j'ai fait de la bouffe
du ups
de la papeterie
de la banque
de toute de toute de toute
on s'est retrouvé pour faire la commande
et manger une bouchée
j'ai cuit enduit canné
et je me dis qu'en temps réel
je devrais faire cela le week-end
c'est-à-dire me garder du temps de liberté
les cinquante autres week-ends de l'année.

samedi 23 août 2014

sandwich wasabi



avant mon départ en vacances
était publié un article
sur la génération sandwich
celle qui élève des enfants
en même temps qu'elle prend soin
de parents vieillissants

je me suis dit alors
fiou ce n'est pas mon cas
car j'ai élevé les miens
comme louve dans la forêt
avec bien peu de choses
alors que j'avais vingt ans
et que je ne générais pas
les revenus que je gagne aujourd'hui

je comprends que les adultes
ayant des enfants dans la trentaine
ou la quarantaine
ont normalement plus de moyens
pour élever leurs ouailles
et que les enfants deviennent
une charge financière importante
école université sports cadeaux et activités
ce serait le cas si j'avais d'autres kids maintenant
je parle évidemment des parents
qui travaillent à revenus stables
avec les obligations quotidiennes que cela entraîne
je sais aussi que beaucoup
vivent dans la précarité
et que la question ne se pose même pas

mes flos ont décidé
de voler de leurs propres ailes
vers dix-neuf ans
je n'ai à charge aucune étude universitaire
je n'en aurais pas eu les moyens alors
mes fils auraient été logés et nourris
mais auraient payé leurs études
ou alors ils auraient fait comme moi plus jeune
partir et gagner leur vie
et c'est bien ce qu'ils font

cela fait donc près de cinq ans
que je suis encore une ado
vivant sans enfant
et avec des parents indépendants
et c'est maintenant
que je dépense mes énergies
à construire une retraite
c'est étrange non
je suis insécure de la retraite
comme près du tiers des canadiens sondés
dans l'étude ayant mené à l'article susmentionné
je ne veux plus d'hypothèque
je veux pouvoir vivre jusqu'à cent trois ans
en ne travaillant à ce moment
que de temps en temps

quand j'ai grandi enfant
deux familles chinoises
vivaient avec leur grand mère
il me semblait à l'époque
qu'elles étaient vieilles
bien plus que mes parents
lorsque mes enfants étaient petits
vieilles comme s'il fallait en prendre soin

j'ai dit souvent ici et ailleurs
que mes parents étaient des forces de la nature
eh bien ce sont aussi des humains vulnérables
si ma' tombe avant mon père malade
ce sera la catastrophe
en fait c'est dans le domaine du possible
mais ma mère étant forte et en santé
nous exempte du concept du besoin
elle veille au grain

alors qu'ils vivent de façon frugale
et sans revenus importants
à plus de soixante-dix ans
mes parents continuent à défrayer leur coût de vie
et au moins un voyage par année
pour nous visiter
des fois maman travaille un peu
quand c'est noël ils nous offrent
des enveloppes rouges
avec quelques billets américains

les dernières fois
où j'ai visité la californie
j'ai offert mes premières enveloppes rouges
c'était à ma grand mère
de plus de quatre-vingt-dix ans
qui visitait aussi
à son âge vénérable elle doit être assurée
que les petits prendront soin d'elle
c'est normal
elle en a élevé une tralée
je n'en ai donné que deux à l'humanité
je ne peux pas espérer

mais quand donc commence-t-on
à prendre soin de ses parents

je sais vous me direz
cela viendra bien assez vite
je me pose la question
car ils sont si loin
ils ont eux-mêmes grandi loin des leurs
dans d'autres continents
n'étant pas au chevet
de leurs parents malades
est-ce qu'on continue de vivre sa vie
comme si chacun pouvait prendre soin de soi-même
est-ce une question à poser
sauront-ils y répondre
je ne sais pas ce qui est normal
l'homme-chat dit suis ton coeur
mais mon coeur a peur
il ne veut pas savoir

heureusement qu'il y a mon esprit
pour m'y préparer.

samedi 16 août 2014

dis bonjour s'il-vous-plaît merci



tu auras toujours une place dans mon coeur
tu as marqué nos vies

je sais j'étais heureuse d'entendre ces mots
j'ai fait des au revoirs hier matin
ces phrases on devrait les entendre
plus souvent dans nos vies
pas qu'on en ait besoin
pour avoir confiance en soi
ou aimer la vie
mais c'est rassurant de savoir
qu'on fait une différence
avec si peu de gestes

ne pensant qu'à moi et ma sérénité
je voulais esquiver les adieux hier matin
me rendre au resto directement pour midi
remettre ma visa mon blackberry
ma carte d'accès et tutti quanti
je ne ressentais pas d'émotion
de tristesse ou de coeur serré
ce n'est qu'une décision professionnelle
je n'ai pas l'impression de quitter des gens
je ne fais que continuer mon chemin
pourquoi accorder tant d'importance
à un si petit changement
je sais que le monde est petit
et que je vais recroiser
certains d'entre eux encore
et comme pour mes fils
je ne m'inquiète de rien
je suis confiante que la vie soit bonne
pour moi autant que pour les autres

puis j'ai pensé à eux
à chacun d'eux
et je suis allée les saluer
un par un
parce que oui
ça fait la différence dans le quotidien

j'ai des relations interpersonnelles très simples
je ne suis en conflit avec personne
n'ayant que peu d'antennes
je ne perçois ni la malice ni les problèmes
je vis sur mon nuage rose
j'aime tout le monde

j'ai déjà été méchante
longtemps même
vaniteuse et orgueuilleuse
un monstre désagréable

devant mes parents si magnifiques
je ne peux qu'être inspirée
par la bienveillance et l'ouverture
j'ai choisi la gentillesse
la politesse le civisme
je salue ceux que je croise quotidiennement
je dis bonjour je dis merci
je souhaite des joyeux anniversaires
je souhaite un bon après-midi à tous
lorsque je suis bien servie
je remercie abondamment
je suis toujours reconnaissante
même si ça ne se manifeste pas outrageusement
même si je suis enfermée dans mon bureau
à transiger mes fonctions
mes préoccupations

je ne fréquente plus beaucoup d'amis
c'est fort complexe de recevoir et donner
sans qu'il n'y ait de comptabilité
j'ai choisi d'investir en moi
pour être la meilleure personne possible
je ne fais pas d'extravagance
je n'achète plus de cadeaux démesurés
je ne cours plus à la rescousse de mon entourage
je ne prête plus jamais d'argent
je n'offre plus de déménager
je ne me tords plus en quatre pour les autres
je ne donne pas aux mendiants
bref je suis à peine généreuse
mais je fais ce que je fais
avec le respect la bonne foi la considération

je crois au karma
je crois que la gentillesse et la droiture
sont la clé du bonheur et de la paix
je n'ai pas l'esprit de vengeance
je ne cherche jamais le trouble
et je ne mange jamais de mauvais coup

que l'on bénisse mon cul bordé de nouilles
j'ai le karma sain
j'aime les gens quand je les fréquente
c'est comme un code de conduite
j'ai l'air de faire la morale
mais crime c'est si simple
et on me le rend au centuple

j'en suis béate de gratitude!


samedi 9 août 2014

avancement



lundi j'aurai une entrevue de départ
les ressources humaines de la banque
s'interrogent sur la raison
pour laquelle les individus
quittent l'organisation

j'ai reçu cet appel au printemps de toronto
j'étais intriguée
par le recrutement en anglais
out of the province
pour l'entreprise au siège social
dans le quartier international

mais la banque n'avait plus le temps
de chercher
la commande était grosse et dure à combler
elle a sorti les gros canons

james m'a vendu le poste
que je lisais en biais
assez pour que j'écoute sa proposition
alors que je me plais très bien à mon travail
où je performe sur le pilote automatique
où je trône comme une reine dans mon domaine
je l'écoute car dernièrement
je suis un peu contrariée dans le fin fond de mon coeur
il y a quelques promotions qui se donnent
à gauche à droite à des copains
alors que je revendique la mienne
tranquillement depuis deux ans
je ne suis pas une opportuniste
mais j'ai été primée
et j'ai envie de continuer à construire
cela prend quelque pouvoir et reconnaissance
bref tout tardait à se matérialiser
dans un contexte en changement
où il y a trop à penser
à revirer le navire de bord
alors que cela ralentit tout ce qui y vit
c'est cela que je dirai en entrevue de départ lundi

j'ai négocié mes nouvelles conditions de travail
comme une grande
pendant plus de trois mois
avec des appels téléphoniques
à toronto à sept heures trente du matin
et une entrevue sur skype
je n'étais pas nerveuse
mais j'étais bien préparée
je savais ce que je voulais
je demandais trop cher
je voulais une augmentation de quarante pourcents
et il trouvait que c'était élevé
oui mais je quitte une zone de confort
une réputation un domaine d'expertise
pour prendre un risque professionnel
pour revitaliser un département atrophié
il faut me compenser

il est génial de négocier
quand on a tout à gagner
puis j'ai été conseillée
par chumette et par l'homme-chat
et si c'est un deal breaker
refuserais-je l'emploi si c'était trente plutôt que quarante
serais-je prête à perdre l'opportunité
et à rester dans mon emploi
à attendre ma promotion

c'est là que je me suis rendue compte
que le temps fait son travail
c'est en laissant mûrir une idée
qu'elle vous colle à la peau
il ne faut jamais rien précipiter

pendant ce temps mon esprit s'était fait à l'idée
qu'il valait mieux que j'élargisse mes horizons
que je dépasse la spécialité
qui me rendait une si bonne réputation
mais qui blindait le plafond de verre
qu'à promotion la spécialité nuit plutôt qu'elle ne sert
je voulais donc saisir l'opportunité
pour apprendre encore
d'autres industries d'autres activités
élargir mon réseau d'affaires mes contacts
et ma portée géographique
j'avais ma réponse
non je ne pouvais laisser aller cette chance

j'ai rencontré mes nouvelles patronnes
plusieurs fois
au début je craignais de travailler
avec des femmes
j'aime tellement les hommes
ils sont si faciles à vivre
et puis non
j'ai vu ma future boss
et sa vice-présidente
et god damn que ce sont des forces de la nature
des femmes de carrière
déterminées et transversales
il y a une grande force
dans le pouvoir au féminin
une écoute une intelligence émotionnelle
qui transperce les niveaux
une façon de construire matricielle
out of the box
j'ai tout de suite adoré
ce qu'elles faisaient
et ce qu'elles me confiaient

j'ai continué à négocier
avec james à l'aube
à l'heure du déjeuner
j'ai eu trente pourcents
plus plein de boni de signature
j'avais mon offre signée
tout le monde était content

ils attendaient maintenant
que je démissionne
pour annoncer et préparer ma venue en septembre
je ne voulais pas rendre les armes tout de suite
j'étais à huit semaines du départ
je ne pouvais me priver de deux mois de revenus
je leur ai dit le vingt-quatre juillet
avant que mon patron parte en vacances
j'ai continué mon travail assidu
et avancé des livrables appréciables
puis je me suis assise
avec mon jules adoré
pour lui dire que je partais
et il était déconcerté
il a pleuré
il voulait tout me donner
la promotion le centre-ville les nouvelles responsabilités
mais j'y avais déjà réfléchi
et rien de tout celà ne valait
le sentiment de recommencer à neuf
de sauter en parachute

je suis tellement heureuse
d'avoir géré ce dossier
comme une professionnelle
j'ai planifié j'ai discuté
j'ai calculé j'ai réfléchi
je me suis renseignée
j'ai questionné
j'ai tenu mon bout
ce n'était même pas difficile
ce sont des années de travail
c'était un deal comme un autre
un client à satisfaire
une entente à conclure
un soir je me suis dit
c'est à bien faire ce que j'ai toujours fait
à vouloir m'améliorer
à prendre des risques
à apprendre et à vouloir m'impliquer
que j'étais rendue là
à me négocier des conditions de rêve
pour aller apprendre et contribuer
à faire des pas de géants

je suis contente de partir
j'aime être un agent de changement
je déteste subir ma vie
je veux décider

je me suis toujours rappelé
une phrase de mon ancien collègue yvon
act as what you want to be
à partir du moment
où j'ai voulu avancer
je ne me suis plus jamais
habillée sloppy un vendredi matin
j'ai toujours enfilé mon suit et ma tête
de professionnelle
et tu vois ça a fait la différence
les gens ont confiance
que je serai capable d'apprendre rapidement
pour contribuer dans un domaine
que je connais à peine
et ils sont prêts à payer

et ils ont raison
ils m'ont déjà demandé
de présenter une conférence au congrès d'automne
c'est un nouveau départ
c'est un facelift total pour l'ego
now go!

samedi 2 août 2014

arpents d'amour




chérie
on va s'acheter une terre

c'était plus beau
qu'une demande en mariage

on en jasait
des cent arpents
avec pommiers et pins rouges
de la forêt pour marcher
un grand chien
on mettra des pancartes
terrain privé
pour quand on sera pas là
on sait même comment
on financera ça
dans quelques années

on pensait pas à ça à vingt ans hein

on va aller en voir
en mode exploratoire
il a dit laisse-moi ça
c'est sa partie de notre plan de vie

quand l'homme-chat
parle de ses projets de vie
tu veux vieillir avec lui
et bien sûr tu en fais partie
dans l'amour il y a tout
le sourire dans les yeux
l'entraide le soutien
la fierté l'admiration
mais il n'y a pas plus belle
déclaration d'amour
que l'envie de vieillir ensemble.


samedi 26 juillet 2014

empreinte terrestre


illustration de sarah lazarovic

il n'y a pas meilleure que moi
pour vous parler de consommation
je suis la top là-dedans
même si j'haguis magasiner

je ne sais pas
outre qu'elle serait écourtée
si je consommais également
de la drogue
ma vie me coûterait-elle plus ou moins cher

bref
malgré que je m'arrange pour gagner
un salaire plus que raisonnable
je n'arrive pas à épargner

quand on regarde mes mains
avec ses doigts fins
on voit les trous entre les métacarpes
c'est par là que l'argent s'échappe

bien que je sache cuisiner
car il n'en faut pas plus pour se nourrir
je mange au resto
pour les nouvelles saveurs
pour changer d'atmosphère

bien que je sache coudre
je sais encore me servir d'une aiguille et d'un fil
je sais même tricoter crocheter
et denteler au fuseau
j'achète des tonnes de linge
et des garde-robes pour le contenir
ainsi que des boîtes intouchées
dans le sous-sol
et une maison pour contenir
le sous-sol les garde-robes et le linge

bien que je sache créer
je fuis par escapades
essence hôtel resto mer ailleurs temps

tasses
livres
fleurs
repas
souliers
vestons
céramique
thé
café
sels
tablette
cadre
sofa
lampe
crayons
carnets
meuble
album
électronique
cours
savoir
maillot
vernis
shampoing
parfum
chandelle
crème
fruits
concert
avion
plage

en milieu de matinée hier
l'ennui me prit en plein travail
j'avais envie d'un pédicure
j'ai eu ça une fois prodigué par autrui
et j'en avais envie
j'ai fouillé sur le web
pour trouver où aller
au pied levé
me suis levée
pris mon veston et ma sacoche
pris le métro
puis abandonné le projet
alors que je lisais ducharme
accotée au poteau

me suis assise chez tampopo
puis aux givrés
j'y ai pris du plaisir
puis eu la diarrhée
pardon s'cusez

ai après marché
sur st-denis tiens
voir les robes en solde
le destin fit qu'aucune ne fut aimée

retourné travailler
le mal de tête me prit
suis repartie
avec l'immense envie d'acheter
galettes de riz à saveur artificielle
et sucre en forme de bonbons
me suis bourré la face
et me suis endormie

je ne sais pas ce que ma journée
a coûté
je dépense sans compter

des fois je me dis
que je devrais prendre le temps
et redécouvrir le plaisir de faire
de refaire de réparer
plutôt que de le perdre
à gagner tant de sous
puis à les dépenser

pa' et ma' sont des gens si humbles
qui récupèrent tout ce qu'ils savent
faire fonctionner
ma' coud et raccommode son linge
en toute simplicité
et nous fait à manger
pa' use ses souliers
et y pense avant d'en racheter
ils aiment tout ce qu'ils possèdent
ils doivent pouvoir facilement
en faire un inventaire

ce matin
chumette publie ce que lui a dit sa fille
"des livres de la gommette et du papier bulle
c'est ce que j'aime le plus
ben après vous deux c'est sûr"

et me voilà repartie
avec mon dilemme
et mes problèmes industrialisés
je tombe dans mes propres clichés
de grande fille gâtée
je dépense je pollue et je m'en veux
et vous de me lire et de vous dire
oh my
dans quel monde vivons-nous
je ne me plains pas
je ne suis pas malade
je suis une négligente chronique
qui cherche la facilité
je vais me reprendre
il me reste bien cinquante-sept ans à vivre
il faudra que je m'y mette
avant l'âge adulte
avant de crouler sous ces biens
qui ne servent à rien.


samedi 19 juillet 2014

écolière volontaire




je ne sais pas comment
les flos apprennent
comment ça se passe
dans une classe de maternelle
ou de primaire ou même de secondaire

ah si

je me souviens d'une classe de secondaire
c'était maths en secondaire cinq
et je ne comprenais plus rien
j'avais frappé un mur
je ne pouvais plus m'en sortir
avec de bonnes notes
sans écouter la prof
prendre des notes faire des exercices
il me fallait faire un effort

après cette classe j'ai arrêté d'apprendre
à l'école obligatoire

j'ai choisi ce que je voulais apprendre
tant au cégep
avec un oeil et une oreille attentive
qu'aux nombreuses années d'université
qui ont suivi à temps partiel

j'ai choisi ce que je voulais apprendre
la course la nage l'écriture la poterie

il fallait le choisir
car au fond
toutes les structures d'apprentissage
consistent en fait en lieux de rencontres
avec des instructeurs qualifiés
des pairs à émuler
et un programme structuré

mais il n'y a personne
personne d'autre que soi même
qui ne sait nager
mil deux cent cinquante mètres
le dix-sept juillet
alors qu'elle n'en nageait que vingt-cinq
le vingt-huit avril

il n'y a personne d'autre que soi même
qui ose
qui écoute
qui questionne
qui fait
qui comprend
qui absorbe
qui souffre
qui progresse
qui aime
qui sait

pour apprendre il faut être disposé
et ensuite
il faut remercier
toutes ces structures organisées
tous ces éducateurs
qui optimisent
la réception et l'intégration
de l'apprentissage

dans un entretien récent
une professionnelle m'a demandé
mes plans à long terme
j'ai répondu que je voulais
à soixante-quinze ans
être meilleure qu'à cinquante

ainsi soit-il
je n'ai pas le choix
de continuer à apprendre
et de croiser dans ma vie
tant de gens formidables
qui m'aident à me dépasser
lorsqu'on le réussit ensemble
c'est une véritable épiphanie.

vendredi 11 juillet 2014

force tranquille



j'ai déjà dû vous raconter
que quelque philosophie chinoise
prône la force dans la tranquillité
ce qu'on retrouve dans le tai chi
ou mieux le qi gong
ce contrôle de soi
cette maîtrise de l'énergie vitale

beaucoup de force
très peu de gaspillage
n'est pas faible celui qui ne bouge pas
il brûle en dedans
mais il ne se consume pas
il sait que faire de son feu
c'est du pur concentré

moi bien sûr
pour y revenir avant de mourir
je suis tout sauf cela
poule pas de tête
femme de drive
je me garoche partout où
il y a de l'action
et je me dépense en veux-tu en v'là

je vous ai déjà dit
qu'en vieillissant et en me faisant la preuve
que tout n'était pas impossible
et qu'on ne perdait rien à essayer
je devenais de moins en moins craintive
et je voulais tout essayer

et bien jeudi
j'ai témoigné de la force tranquille
chez une chumette qu'on appelle speedy
dans le tourbillon ambiant
de je fais ci on fait ça let's go
elle sait exactement où elle va
car elle sait ce qu'elle veut
elle n'a pas besoin de faire comme les autres
elle prend ce dont elle a besoin
elle n'a pas besoin d'embarquer dans tout
pour le kick d'embarquer
elle sait doser ses énergies
elle connaît ses priorités
elle sait qu'elle ne peut pas tout faire
et elle choisit

j'aime passionnément ces gens
ces esprits libres
plein d'humilité et indépendants
ouverts d'esprits ouverts aux autres
mais qui ne dépendent de rien

j'admire cette force tranquille
quel focus
quel bon usage de ses énergies.



samedi 5 juillet 2014

alma mater


anita roddick
fondatrice du body shop

janie duquette a écrit un livre
sur le leadership au féminin
pas comment la femme se taille une place
au sommet avec les gars
pour ça on essaye de se battre comme eux
faire ci faire ça porter le masque de la dureté
et au bout à 80% dans sa job
80% dans sa famille
pis 80% dans son couple
on fait du 240
et un burn out

on peut pas se battre comme un gars
on peut se battre comme une fille
en fait on doit pas se battre
on nourrit nos forces
et les femmes en ont beaucoup

janie duquette a écrit un livre
sur quoi faire avec le pouvoir
elle a parlé de tous les talents féminins
l'empathie l'authenticité
la sensibilité l'intuition
et elle a dit que nous ne devions pas
perpétuer les systèmes de performance actuels
que nous avions la clé pour changer le monde
de façon à rétablir l'équilibre
que nos talents sont prisés dans la société actuelle
où les clients sont conscients
et qu'ils choisissent de plus en plus avec leur coeur
que nous pouvions revenir à des choses simples
à un équilibre de vie
où le plaisir a sa place
autant que le professionnalisme
où la conscience sociale et environnementale
sont aussi importantes
que la sécurité pécuniaire

j'ai beaucoup aimé
sa conférence de jeudi matin
ça m'a tant parlé

et puis hier
je suis entrée à quatorze heures
dans une salle bondée
de vice-présidents adjoints
réunis depuis le matin
échangeant des stratégies d'affaires
et comment tel staff était coté rouge
parce que ses chiffres n'y étaient pas
j'allais faire ma présentation
à mon tour et je me disais
zut ces gars n'avaient pas vu de femmes
depuis plus de six heures
quelle triste journée vous y pensez

comme chaque femme
j'ai la capacité de changer le monde
une robe un pantalon une décision
et un sourire à la fois
il n'en tient vraiment qu'à moi!


samedi 28 juin 2014

le levier amoureux


humans of new york by brandon

quand j'écrivais cette semaine
que la force du couple
était d'être un groupe
c'est que l'homme-chat faisait le ménage du sous-sol
pendant que je faisais celui du rez-de-chaussée
et que toute seule
je n'aurais jamais fini à la même heure
je n'aurais même pas reçu la magnifique visite
que je n'aurais probablement pas connue

le couple n'est pas juste une cellule d'entraide
le couple est un levier

j'aime le couple
comme j'aime
la famille la tribu les amis

je prêche pour ma paroisse
en couple mes capacités sont décuplées
certains diront que je dois apprendre
à me suffire à moi-même
et être aussi accomplie
en étant seule
mais voilà
ce n'est pas mon cas
je ne me réalise que lorsque
cette fondation est construite et bien solide
je suis anthropo et je suis maslow

en couple ma sécurité financière
est meilleure j'avance plus vite
en couple ma sécurité émotive est assurée
sinon je suis une femme insécure
cherchant l'approbation sexuelle
en couple je ne cuisine qu'une fois sur deux
en couple je partage mes joies
et mes préoccupations
en couple je discute et j'apprends

seule je n'aurais jamais
traversé l'amérique deux fois en moto
acheté ma première maison à trente-six ans
et en acheté trois autres depuis
utilisé une drill ou une skill saw
bu les vignobles de californie
et de france
quitté un emploi de dix-huit ans
et embrassé une nouvelle carrière à quarante ans
adopté un chaton
pris l'avion si souvent pour le sud
et l'auto si souvent pour new york
confit le canard et confectionné la crème caramel
visité les galeries et les musées
été si belle le matin
voulu être belle pour toujours
et prendre soin de mon corps
autant que de ma tête

sans compter l'amour
que l'on fait que l'on dit que l'on embrasse
les regards les joies les mains

patrick dion a écrit ces jours-ci
sans toi je ne suis que l'ébauche de moi-même
c'est formidablement beau

le couple c'est plus que la force du groupe
c'est l'amour qui donne la force d'exister
j'aime beaucoup prendre soin de mon couple
c'est la base de tout mon reste.

samedi 21 juin 2014

lady death



j'ai peur de la mort
l'envie du suicide en est mitigée
je regarde la photo des soldats irakiens
le gun derrière la tête
et mes bras tremblent
en me demandant à quoi ils pensent
en cette minute qui les sépare de la mort
j'ai peur quand je pense au père et à sa fille
accidentés de la route
j'ai peur non pas de l'au-delà
mais de la non-existence
j'ai peur des machettes
des couteaux et des guns
qui envoient le vivant dans la mort

ma soeur écrivait il y a un temps
dans un contexte de deuil
dont je ne me souviens plus
que la société occidentale
était peu préparée à la mort
alors que d'autres civilisations la célébraient
ou l'incluaient dans le cycle de la vie
je ne pense pas à acheter
un terrain au cimetière du mont-royal
ni à faire des préparatifs funéraires

il faudrait que je comprenne
que j'accepte
toute ma raison m'accompagne
pour me convaincre
que la mort d'un humain
n'est rien dans l'infini du big bang
pas plus que la fraise cueillie
ou la côtelette d'agneau

mais god damn que ça me déchire
ça m'effraie cette mort

je parlais samedi dernier
à un client pharmacien
opéré du cancer de la prostate
je lui parlais de mon père
mon père ce grand homme
cette inspiration infinie
qui grimpait des montagnes
à un âge avancé
et était l'invincible héros
et je lui disais que ma plus grande peine
était de le voir diminué par la maladie
il m'a répondu
mo
tu penses encore à ton père
comme s'il avait cinquante ans
alors qu'il en a soixante-quinze
le mien est mort à soixante-douze

ma mère m'écrivait cette semaine
qu'il serait mieux qu'ils se rachètent
une maison plutôt que de continuer à loyer
comme ils le font depuis la maladie
mais les banques ne prêtent pas aux retraités
j'ai dit que j'allais cautionner
elle m'a dit non
ton père n'a pas la force de bouger encore
on sera corrects pour un autre dix ans

mais d'où vient cette volonté
de vivre encore activement
d'acheter d'apprendre de déménager
à soixante-dix ans
sinon que la peur même de la mort

je suis pareille
je me voudrai vivante jusqu'à cent trois
je m'entraîne à repousser
ce passage irrémédiable
qui viendra bien avant cent quatre

je n'ai pas cette tardive sagesse
je souffre encore de l'ultime vertige.

samedi 14 juin 2014

un à la fois




les montagnes accouchent des souris
mais les souris n'accouchent pas des éléphants

le fromage se mange une bouchée à la fois
et au prix d'efforts renouvelés

j'annonçais cette semaine
mon quatrième retour aux études
ayant été acceptée au certificat
en sciences comptables
programme de pré-requis
pour entamer l'agrément national
des comptables professionnels

c'est un gros projet
quand on le prend dans son ensemble
l'obtention d'un titre professionnel dans cinq ans
et des études sans arrêt d'ici là en travaillant

mais un chum a dit récemment
qu'il faut découper chaque projet
en de petites tâches

la souris n'accouche pas d'un éléphant

j'ai voulu abandonner le projet
quand j'ai réalisé qu'il me prendrait cinq ans
je me suis demandé si ça valait la peine
valoir la peine signifie qu'il y a un sacrifice
mais qu'est-ce qui est sacrifié au juste
si on poursuit un projet qui nous intéresse

puis je me suis dit
que si je commençais
peut-être je finirais
et bien avant la fin
chaque pas complété est une fin en soi
si je finis deux cours
ce seront deux cours de plus
que ceux qu'on n'entame jamais

quand je regarde dans mon rétroviseur
de quarante-six ans
je vois très bien que j'ai fait une chose à la fois
suivie d'une autre

ma vie est une suite de décisions
une prise d'information
un formulaire complété
d'autres scannés
un envoi par courriel
un paiement par carte de crédit
une admission
une inscription à un cours
une lecture un travail une lecture un examen
une note
et encore
une journée de travail
une paye
un projet
une promotion
et encore
un coup de peinture
un tour de vis
un tour de pick-up
un bail signé
un chèque de loyer
une patte crèmée
un bas et un soulier de course
l'autre pied
un dossard
une médaille
et encore

je me suis dit la semaine dernière
crisse chu rendue là

ben oui toi à force de

mais non y a rien là
la souris n'a pas accouché de l'éléphant
elle a juste fait un pas avant le suivant.