samedi 21 octobre 2017

doux



la révolte
la rage
l'indignation
ce sont des émotions que je n'ai pas ressenties
depuis bien longtemps
même s'il m'est arrivé d'avoir crié fort
lorsque j'étais plus jeune
je n'ai pas été fâchée depuis un très long temps
je ne tolère pas le bruit fort
je ne me mets pas en colère
je ne fais pas de crise
et l'homme-chat ne supporte pas
que l'on hausse le ton

je suis donc devenue calme
non sans ondée
mais calme

je crois toutefois
que si l'on portait atteinte à mon intégrité
je pourrais arracher des yeux
même en portant les ongles courts

donc si je n'ai pas été remuée cette semaine
c'est en fait que je n'ai pas été blessée

car comme tous et toutes
ça me faisait mal de lire tout sur tout
et je réfléchissais
ai-je déjà été agressée
est-ce que je connais un ou des vieux porcs
et ma réponse était non
à part le fou qui m'a giflée dans la rue
lorsque j'avais dix-neuf ans
et que je marchais vers le métro lucien l'allier
puis que ma chumette d'université m'a dit
de me construire une bulle imaginaire
autour de moi pour me protéger

il faut croire que je suis depuis protégée
personne ne m'a jamais fait mal
je ne sais pas pourquoi

c'est peut-être parce que je suis chinetoque
et que l'on pense que je maîtrise un quelconque
art martial
ou que j'avais juste un air bête

à cet égard
jacquot relate souvent que
lorsqu'il m'a connue plus jeune
j'avais ce petit air de
ne m'approche pas
peut-être un peu snob
au-dessus de tout cela
alors que je sais très bien
que j'étais comme tout le monde
molle du dedans
à vouloir tout prendre de la vie
autant l'amour l'affection que les opportunités

mais clairement non
je ne me suis pas fait agresser
pas même d'un iota à me comparer
aux nombreux récits relatés depuis quelques jours

et puis j'ai fermé l'ordi' vendredi
parce que vraiment ça goûtait le vomi
toute cette hargne
cette haine
cette montée aveugle de quelque chose d'amer
cette perte d'objectivité
beaucoup trop émotive
et j'ai fermé tout
parce que ça m'a rappelé
dans le fin fond de ma petite humaine

à quel point c'est violent la douleur

et que je préfère la douceur.


samedi 14 octobre 2017

longtemps


château margaux

je l'avoue
avoir cinquante ans dans cinq jours
ça me fait de quoi
je ne le pensais pas
mais je me regarde dans le miroir
et j'ai peur de changer

que mes cheveux deviennent fins et clairsemés
que ma peau s'assèche comme un désert
que mes seins se vident
que mes entrailles s'endorment
que mes os cassent

parce que quand je regarde en arrière
je suis si heureuse de ma vie

au fil des trente dernières années
je me suis construit un univers de beauté
où tout est majesté et grandeur
pour évoluer dans l'harmonie

j'ai joué l'insolence l'arrogance
la vanité et l'orgueil
et j'ai foncé avec entrain et aveuglement
les murs sont tombés
les portes se sont ouvertes
j'ai construit mon royaume
mon jardin mon terreau
j'ai bien joué
j'ai tout remué

j'ai tout ce qu'il faut

et là je peux mûrir

je ne veux plus faire de grands sauts
ou révolutionner ma vie
je suis contente de ce qu'elle est

je ne veux plus remuer
comme une grande bourrasque
vulgaire et violente
je veux exhaler la délicatesse
d'un doux parfum

je n'ai plus envie d'être chavirée
mais d'être très émue et vivante

je n'ai plus l'urgence de bâtir
mais plutôt d'assembler les repas
de la vie avec mon âme et mon coeur

je veux cesser de gueuler
de chanter à tue-tête
et de m'indigner
je veux lire apprendre et sourire
et rire avec humeur et faste

je veux tout prendre
tout garder
regarder
observer
lire
écrire
vivre
et au lieu d'éclater
et de me brûler en dix ans
j'aimerais suivre la route
vivre le voyage
regarder le paysage
et non courir après la médaille

je veux m'équilibrer
et goûter bon longtemps.

samedi 7 octobre 2017

les cinq à sept de l'aube



jeudi matin à table il y avait

une jeune fille avec son fils d'un mois
qui venait célébrer son anniversaire
avec sa gang de charlots
elle avait pris le métro sur la ligne orange
là où il y a maintenant des ascenceurs aux stations
et marché de berri au café pamplemousse
avant huit heures du matin
c'était le baptême de métro
pour le ti' gars d'un mois

une jeune fille qui s'en allait au travail à la caisse
et qui essaye de gérer son temps
avec ses deux cours d'anglais à mcgill
où elle apprend à négocier et présenter en affaires
dans une langue seconde
car elle veut s'adresser aux gens d'affaires d'expérience
avec vocabulaire subtilité et fluidité
elle prépare également une présentation
qu'elle fera dans quelques semaines
devant des centaines d'avocats
cette jeune fille vient de recevoir l'invitation
à joindre un conseil d'administration
dans lequel elle recommandera au comité de placement
de s'impliquer en équité dans des entreprises d'ici
elle croit en son ambition et lui donne les outils
et le travail pour se réaliser
elle est comme la mairesse st-hilaire
frondeuse et fonceuse
elle travaille fort car elle ne veut rien de moins
que changer le monde

une jeune fille qui a nagé dans mon corridor
après quelques mois d'arrêt pour donner vie à sa fille
elle me dépassait déjà pendant mes longueurs
la poussette de sa fille de trois mois
était stationnée au bout du couloir
pour pouvoir la surveiller
à chaque cinquante mètres de nage
une fois elle est sortie de l'eau
et a fait faire un tour de roues à la petite
pour l'endormir un peu
avant de retourner dans l'eau
poursuivre son entraînement

une jeune fille qui vient de recevoir
après deux semaines seulement
son visa de séjour et de travail dans un autre pays
et qui envisage les prochaines années
à se fixer ailleurs
sans peur du changement
et avec la plus grande fluidité
elle était étonnée que la réponse soit si rapide
puis elle s'est dit qu'elle avait vraiment bien travaillé
et préparé une demande parfaite

une jeune fille qui partira dimanche
avec son chum et sa fille
faire une visite touristique
d'une ville vermontoise
alors qu'elle a passé tous ses week-ends cette année
à s'entraîner pour un défi sportif d'envergure
je pensais à elle en nageant
et à ses mille neuf cent mètres de nage en eau libre
réalisés en septembre dans la cohue
malgré sa peur de l'eau il n'y a pas si longtemps
elle est une modèle de détermination
de patience et de travail
elle vainc une peur et fait tomber les obstacles
un après l'autre
pour réaliser ses rêves

une jeune fille qui a marché pendant sept jours
dans la nature sauvage gaspésienne
et qui revient les yeux et le coeur bien emplis
avec dans le ventre l'ardeur des vikings
qui les premiers ont foulé le sol inhospitalier
des terres d'amérique
et qui nous ont permis de nous établir ici
elle nous rappellera bientôt
comment notre confort est pris pour acquis
cette jeune fille ayant revêtu robe et talons
pour un lancement parlementaire cette semaine
et qui le refera encore dans les prochaines semaines
a mis ses docs martens et sa tuque et enfourché son vélo de ville
pour nous rejoindre dans le bonheur d'une tasse de café au lait
pour sentir l'ambition et la joie
et reprendre tous les travaux écrits qui l'attendent

une jeune fille qui a les bras les doigts et le corps de fée
qui est notre soigneuse officielle
la guérisseuse du tout
une jeune fille qui donne son corps
à guérir ceux des autres
qui venait de terminer une semaine de bénévolat
aux grands ballets canadiens
et qui portait un coeur rouge en séquins
sur son très beau tee-shirt
et un sourire grandiose sur son visage heureux

une jeune fille qui s'implique dans tout à fond
autant ses engagements au musée qu'à la fondation
et qui assume le gros du travail au bureau
vient de terminer ses plus récents défis sportifs haut la main
et qui a à coeur d'être rigoureuse et professionnelle
elle vient de remettre à sa place
un collègue manquant de scrupule
qui au sein d'une équipe qui l'a formé
n'a pensé qu'à son intérêt personnel
et a décidé de quitter l'équipe dans un mauvais timing
cette jeune fille  qui lui a dit ce qu'elle en pensait
et ne l'a pas embrassé sur les joues
pour lui souhaiter bonne chance
il s'en souviendra longtemps
dans son propre cheminement
un jour il se retournera et il dira qu'elle avait raison

une jeune fille qui partait au centre des sciences
pour vérifier le montage de la prochaine exposition
à laquelle son entreprise a participé
parmi les nombreux mandats qui l'occupent
cette jeune fille qui récolte le fruit d'années d'efforts
de passion et d'engagement
à s'impliquer à gérer une équipe à être une leader
cette jeune fille a une vision
crée des produits
emploie des gens signe des contrats
fait confiance engage
est une femme d'affaires aguerrie
et une employeur de choix

entre ces filles
et des fois les gars
il s'échange inévitablement chaque jeudi
et des fois le lundi
un courriel une référence un rendez-vous un livre
de l'argent une offre une recommandation
des conseils

ces personnes formidables
ces charlots et charlottes
sont des agents de changement
des champions qui prennent en main leur vie
qui sont sensibles à leur environnement
qui font preuve d'empathie et de générosité
c'est un tremplin vers le bonheur
c'est un forum inspirant
où tous et toutes se tirent vers le haut

je pense que l'on s'aime tant
sans se coller à la peau
parce qu'on se respecte mutuellement
le fait de faire du sport ensemble
de progresser ensemble chacun à sa vitesse
nous réunit automatiquement
dans le partage des défis
dans la réussite
dans la progression
le fait de se savoir forts et vulnérables à la fois
le fait de se passer du shampoing
ou du savon dans les douches du vestiaire
le fait de porter des apparats hideux
comme un casque de bain et des goggles
nous rend vraiment aimables
la joie de se nourrir après l'entraînement
une fois gonflés d'endorphine
et satisfaits de nos efforts
prédispose à la communion

alors mesdames et messieurs
chers leaders exécutifs
au lieu des traditionnels cinq à sept de réseautage
où seuls le verre de vin et les bouchées
aident à délier l'ambiance en fin de journée
précédez donc vos activités de réseautage
par une bonne heure de piscine
à six heures du matin
vous tirerez le meilleur de chacun
et tous en sortiront gagnants

et ils voudront recommencer.


samedi 30 septembre 2017

pas chouchoune


jp bédard
embrace that f...ing suck

si c'était moi
je ne lirais jamais un billet d'humeur
s'il y a une chose qui me tape s'es nerfs
ce sont les gens qui s'apitoient sur leur propre sort
des victimes qui se plaignent la bouche pleine
des gens qui ont eu une faiblesse
et qui ont l'odieux de tremper dans le même bain
que les réels malchanceux de la vie
les pockés les défavorisés
il en pleut en ville
rajoute-s-en pas fille
t'es pas à plaindre
t'as pas le droit

comment il disait donc bégin à tlmep
égocentrique narcissique
pas cool ça

donc non
pas chouchoune pantoute

oui j'ai besoin que tu me prennes dans tes bras
pis que tu me fasses un câlin
oui j'ai besoin de brailler parce que ça sort tu' seul
mais goddamnfuck j'vais tout faire
pour sortir de cet état-là le plus rapidement possible

parce que la vie m'a appris
que je n'avance pas quand je braille
ou que je me roule en foetus sous les couvertes
oui ça prend une bonne sieste
quelques mots lancés dans l'univers
une conversation empathique
et qui replace avec mon meilleur ami
qui est également mon époux
puis on se reprend en mains

j'ai appris à truster mes émotions
si elles sortent elles sortent
si je change brusquement de registre
c'est parce que c'est bon
le déséquilibre
le vertige qui mène à autre chose
je me suis habituée
et je l'accueille avec bienveillance
mais pendant qu'il passe
j'ai quand même des frissons dans le dos
un stress dans le ventre
et des déceptions des fois

ma plus grande crainte
c'est la complaisance
c'est de tout crisser là
et devenir faible
tout abandonner
pour ne pas lutter
manquer de courage
oui c'est ça ma crainte
manquer de courage
de humpf

dans ce temps-là
je pense à ma' la battante
qui a obtenu un diplôme à soixante ans
qui a fait soigner pa'
qui prendra un taxi lundi soir
parce que mon char de bourgeoise
me fait un clin d'oeil de très mauvais goût
en ne rechargeant pas la batterie
et menaçant de mourir sans énergie à chaque cent mètres

dans ce temps-là
je pense à j-p bédard qui l'a certes pas eu facile
et qui nous dit
embrace the suck

dans ce temps-là
je pense au courage dont la majorité
des humains font preuve sur la terre
et je me trouve vraiment lâche de brailler pour des peccadilles
j'ai même pas mal
j'ai juste l'ego égratigné
et une chance que j'ai un ego
parce qu'il est big en estique
et il veut gagner
sans lui je n'aurais jamais avancé
je ne serais pas en voyage en italie pour mes cinquante ans
sans mon ego
je serais une paresseuse oisive cachée
mais voilà
il a été choyé mon ego dans la vie
et je n'ai jamais trop travaillé pour le contenter
maintenant comme dit l'homme-chat
je suis dans la marée rouge
the red ocean
je compétitionne pour un titre professionnel

c'est pas une job de chouchoune
c'est de la volonté et de la détermination
il faut que je le veuille ce titre
il faut que ça me demande un peu
on ne vainc pas sans péril

alors non
ce n'est pas un billet d'humeur
je suis pas du foie gras
je suis de l'adrénaline

pas chouchoune.

samedi 23 septembre 2017

ruelle beau dommage



elle s'appelle de même
depuis juin deux mil quinze
alors que l'artiste jérôme poirier a reproduit en murale
la pochette de l'album de beau dommage
contenant la toune tous les palmiers
où l'on nomme l'adresse célèbre
du soixante-sept soixante st-vallier montréal

c'est très beau cette ruelle
parce qu'au bout
il y a jean-françois et sa squadra
au café beaufort
djee-eff que j'ai croisé jeudi soir
en revenant du lancement de caroline et geneviève
en break dans la ruelle de l'autre bord
de st-zotique
légèrement fatigué
après un stretch de onze jours de travail
mais tellement heureux
de partir vendredi
pour son tournoi de hockey balle au massif
c'est une bête au hockey balle
tu veux jouer dans son équipe et pas contre

hier l'homme-chat se rappelait
qu'il faisait lui aussi des stretch
de onze ou treize jours de travail sans pause au resto
pendant les rush de haute saison
mais c'était quand il était jeune
il ne le ferait plus maintenant
il disait que la journée de pause était aussi horrible
que celles de travail
t'as aucun chum avec qui sortir
parce que t'as pas eu le temps de les appeler
depuis si longtemps
t'as pas de bouffe dans le frigo
t'as pas d'énergie
t'as rien à faire du coup
pis tu recommences le lendemain

bref
djee-eff
amuse-toi ce week-end

au bout de la ruelle
il y a aussi john
qui a racheté depuis des années
le commerce du nettoyeur monsieur rousseau
john travaille assis devant la vitrine
avec sa machine à coudre et ses aiguilles
quand tu passes devant sur st-zotique
il te fait un sourire large
te lance un grand salut de la main
et se lève toujours un peu du tabouret
pour être sûr que tu le voies
il t'appelle ma chérie quand il sait que tu l'entends
il a de vieilles photos de revues de céline dion
sur les murs
tu sais pas s'il l'aime à cause de son défunt mari syrien
ou s'il l'aime vraiment elle
c'était dans le temps où elle ne s'habillait pas si bien

à côté de chez john
avant de tourner dans la ruelle
celle sur laquelle est peinte la murale
il y a un coiffeur qui à toute heure
coupe des cheveux
d'un mafioso ou d'un autre
qui a stationné son char tout croche
toujours un peu devant la sortie de la ruelle
sur l'enseigne du coiffeur
c'est juste marqué coiffeur
sans nom ni numéro de téléphone
mais il y a une chaise
un gars assis
un gars debout
et des lunettes noires

de biais en arrière de chez nous
il y a la cour de nico et nadine
et de leur deux flos augustin et romain
ça c'est l'adon le plus drôle de la vie
parce que nico c'est le chum de l'homme-chat
depuis plus de vingt ans
ils ont fait l'ithq ensemble
on n'avait pas réalisé qu'en achetant là
on était si proche de chez eux
pourtant on connaissait le quartier
on avait déjà été chez eux
mais bref c'est vraiment chouette
on entend les réunions de famille
les méchouis
et les kids qui s'amusent
et des fois on voit pogo
le chien aveugle

il y a annie aussi
qui nous rejoint par derrière pour aller courir
quelques dimanches matins
où qu'on invite de façon impromptue
à prendre une bouchée
quand elle passe par là
en même temps qu'on mange dehors

en face de chez nous dans la ruelle
il y a johanne
avec ou sans h c'est délicat
on ne sait jamais tant qu'on ne l'a pas lu
elle aura bientôt soixante ans
vit au deuxième et ses parents âgés
mais juste sa mère maintenant
vivent au rez-de-chaussée
son père vient de mourir
elle fait changer dix portes et fenêtres à son duplex
elle a choisi une bonne entreprise
qui stationne son énorme camion
depuis deux jours sur un côté de la ruelle
avec une longue rampe qui en descend
elle a dû prendre congé pour qu'ils installent
c'est le bordel
ça fait vraiment beaucoup de poussière partout en dedans
elle a dû reloger sa mère chez sa soeur
parce qu'elle n'arrivait plus à se cacher dans aucune pièce
il y avait des hommes partout
sa chatte apeurée qu'elle appelle tipou
et dont on ne connaît ni le sexe ni l'âge
s'était réfugiée hier dans le talus de mauvaises herbes
dans notre cour
notre chat brooklyn lui avait cédé sa place
et je l'ai retrouvé couché sur un paillasson piquant
à l'ombre dans un autre coin de la terrasse
j'ai jasé un peu avec johanne de ses rénos
elle pense qu'elle déménagera peut-être en bas
lorsque sa mère mourra
puisqu'elle se sent âgée elle-même
et elle louera le haut
il faudra refaire la cuisine tu sais
dans la ruelle il faisait chaud dans ma blouse noire à manches longues
que je portais dans la maison plus fraîche
et en lui parlant j'ai remarqué
que johanne était amputée du pouce droit

il y a d'autres voisins de ruelle
qui ont formé un groupe sur facebook
dans lequel on jase de la sécurité des enfants
de la sécurité des domiciles
de la vague de vols l'autre saison
du verdissement
des activités ludiques pour les kids
des ventes de garage
et des scratchs sur les chars

mon voisin de gauche de ruelle
ou de droite sur la rue st-denis
a déménagé à la fin juillet
finalement
comme doit se dire son proprio
qui a acquis le cinqplex
il y a deux ou trois ans
il avait déjà exproprié les quatre locataires du dessus
rénové tous les logements de fond en comble
en dérangeant les voisins de droite de la ruelle
ou de gauche sur la rue st-denis
dès sept heures trente tous les jours
pendant deux étés
en foutant de la poussière
jusque dans nos assiettes lorsqu'on soupait dehors
bref
le voisin du rez-de-chaussée
était indécrottable
puis il a fini par céder
tant mieux
c'était un estique de grincheux antipathique
mais quand même
à la place de son camion et de son trailer
à la place de sa face de boeuf
et des airs de piano que son frère débile
produisait de temps à autre mélodieusement
dans le salon mitoyen au nôtre
il y a maintenant des coups de marteau
d'arracheur de plâtre et lattes de bois
il y a des containers en acier dans la cour
pour recevoir les vieilleries
les boiseries les murs les fils
et tout est strippé à neuf
dans la rue quand tu regardes par la fenêtre
tu vois jusque dans la cour
il n'y a plus de murs
il n'y a plus rien
il n'y a plus de vie

c'est un beau gâchis
de ne pas préserver l'harmonie
c'est un beau gâchis de détruire la vie
pour créer le néant
pour nettoyer et refaire au goût du jour
qui ne goûte rien
la ruelle porte bien son nom
quel beau dommage!


samedi 16 septembre 2017

aveugle



cette semaine en lisant le devoir
je me suis dit que j'en reperdais
que je n'étais plus à jour sur les nouvelles
qu'elles s'enchaînaient si rapidement
et toutes plus désastreuses les unes que les autres

ça me désespérait
j'avais envie de me désabonner de mon quotidien

enfant je n'écoutais pas le journal télévisé
en europe je me souviens que mes parents le faisaient
parce que ma' trouvait toujours jolie
telle ou telle speakerine
mais ça ne m'intéressait guère
je ne me souviens pas d'avoir été rivée à l'écran
devant telle ou telle nouvelle marquante
de l'histoire contemporaine
je me souviens de noms
jimmy carter
anouar el-sadate
valéry giscard d'estaing
la reine fabiola

puis adolescente je me souviens
que pa' lisait the gazette
dont je ne collectionnais que les comics à l'époque
il recevait également le newsweek
mais comme tout cela se passait en anglais
et que j'étais une artiste dans l'âme
je ne m'intéressais qu'aux arts visuels
et à la musique
et rien de l'actualité ne s'imprégnait dans mon cerveau

sauf la fois de reagan contre kadhafi dans les années quatre-vingt
j'ai pensé que ç'allait être la troisième guerre mondiale
je pleurais comme une madone

cette semaine l'homme-chat m'a montré en vidéo
des flamands roses s'enfuyant en gang floride
à cause de l'ouragan irma
je ne savais pas alors si je voulais rire ou pleurer

les nouvelles sont sordides
soit le monde se porte de mal en pis
soit c'est ce qu'on nous fait croire

ceci dit
des gens souffrent et meurent quotidiennement
sur la planète

je me rappelle souvent comment j'ai de la chance
d'être née en occident et de n'avoir jamais vécu la guerre

face aux nouvelles
je me sens mal à l'aise de publier mon quotidien
rempli des plaisirs de la vie affluente occidentale
même si elle résulte de certains efforts
je me sens indécente
comme si on pouvait dire
fuck man qu'elle est pas dedans
comme si j'étais complètement déconnectée de la réalité

quand je compare mon quotidien
de mon observatoire luxueux
à ce dont on m'informe qui se passe autour de moi
aux réalités exposées au world press photo
je me dis que je saute les deux pieds dans le piège
de la caste
celle isolée dans son confort
celle de la réalisation de soi
au sommet de la pyramide de maslow
celle qui un jour deviendra sectaire
comme tous les sectaires que l'on dénonce sur les réseaux sociaux
comme les fous qui élisent trump
simplement car ils ne s'abreuvent pas
des autres réalités que la leur

non je ne peux pas cesser de lire les nouvelles

j'ai peur de parler pour ne rien dire
de n'être pas pertinente
de sonner comme des chroniqueurs des fois
de qui l'on dit qu'ils sont restés pognés
mais d'où donc sortent-ils

j'ai peur d'être off
de manquer d'empathie
de compassion
de parler à travers mon casque
et de devenir une vieille autruche
aux lunettes roses
qui radote

une crisse de vieille folle
qui a pas rapport

parce que lundi en moto
je demandais à l'homme-chat pourquoi
nous recevions tant de roches
dans le visage en roulant
et il m'a répondu que ce n'était pas des roches mon amour
c'était des bébittes
faque en plus de polluer la planète
avec notre bébelle à moteur
qui nous donne une illusion de fuite et de liberté
on tue des êtres vivants à cent quarante à l'heure

man

des fois j'e ferais mieux de me taire
de cesser d'exposer ma vie si simple et heureuse
parce que ça se peut que ça déraille dans la grisaille
que ça heurte ceux qui souffrent
et que tout ça finisse par sonner un peu faux.

samedi 9 septembre 2017

le code et le sens



Etsin st-denis-katua
he ovat muuttaneet merkinantoa
tunneli ei ole enää olemassa
yksi tapa on muuttanut reunaa
pysäköintialueet ovat ristiriidassa toistensa kanssa
Kiinalainen minulle kaiken tämän
minusta tuntuu, että tämä katu on uusi

ce que je viens de vous dire c'est ceci

je cherche la rue st-denis
ils ont changé la signalisation
le tunnel n'existe plus
le sens unique a changé de bord
les panneaux de stationnement se contredisent
c'est du chinois pour moi tout ça
il me semble que cette rue est nouvelle

et puis je vous aurais dit ça aussi

ma fille m'a dit d'utiliser le gps
elle m'a fait un dessin mais elle a oublié une ligne
il y a quatre maisons au lieu de trois
je n'arriverai jamais à l'heure
je peux pas prendre le métro
même si l'intercom me dit à quelle station j'arrive
d'ailleurs dans l'autobus c'est mieux maintenant
même si je peux encore demander au chauffeur
et m'accrocher au premier siège en avant
celui réservé aux vieux et aux handicapés
la vie quand les choses changent
c'est toujours un peu difficile pour moi
faudrait que je m'y remette
des fois j'ai la chienne
tout change tellement de plus en plus vite
je ne m'y retrouve plus
c'est vraiment pas comme avant
quand la caissière au iga était la même
et qu'elle prenait le change dans ma main
et que je prenais pas encore des médicaments
que le pharmacien m'explique trop rapidement maintenant

mais vous n'auriez rien compris
si je vous l'avais écrit
si vous aviez été comme moi

analphabète.



(les sept premières lignes
sont une traduction finnoise
des sept premières lignes du texte français
par google translate)

dans les prochains jours la Fondation pour l'Alphabétisation
mettra en ligne les capsules vidéo des portraits 
de sept adultes ayant repris le chemin de la scolarité
ou de l'alphabétisation et ayant gagné les bourses 2017
Je ne lâche pas je gagne; sept gagnants parmi plus de 
200 candidatures reçues.

l'analphabétisme a des racines diverses; il stigmatise
mais il n'est pas impossible d'y rémédier.

donnez à la Fondation pour l'Alphabétisation

samedi 2 septembre 2017

amputation


alyssa et anissa dreiver

j'ai déjà
perdu patience quand mes fils étaient bébés
perdu des clés quand j'étais petite
perdu un portefeuille et des cartes d'identité
perdu mon chum dans la foule pendant un show
perdu des points à un examen de moto en circuit fermé
perdu un tournoi de pool
perdu une trompe de fallope à cause d'une grossesse ectopique
perdu une bicyclette à la faveur d'un voleur
perdu du sang en me coupant une veine de la cheville par accident
perdu ma' dans l'appartement quand nous étions petits
perdu la raison lors d'un souper en famille
perdu un cédé de roni size pendant un party
perdu des points de démérite parce que je roulais trop vite
perdu des pages de livres dans l'inondation de quatre-vingt-sept
perdu un ami qui n'avait que vingt ans
perdu un ami qui n'avait que quarante-sept ans
perdu ma dignité en vomissant à un party d'huîtres
perdu un chat pendant deux jours
perdu du temps à niaiser

je n'ai jamais
perdu mes parents pendant la guerre
perdu ma maison aux flammes
perdu un frère au combat
perdu un grand-parent que je connaissais bien
perdu un emploi
perdu un bébé
perdu un logement dans une catastrophe naturelle
perdu la vue ou l'ouïe
perdu l'usage d'un membre
perdu la mémoire
perdu l'envie de vivre
perdu un amoureux
perdu un chat pour toujours
perdu une soeur à la maladie
perdu la capacité de penser
perdu la force d'avancer
perdu l'appétit trop longtemps
perdu une voiture dans un stationnement

j'ai très peur de
perdre ma' avant pa'
perdre ma'
perdre un fils dans un accident de vélo
perdre mes fils
perdre pa' avant ma'
perdre un être que j'aime
perdre l'usage d'un membre ou de mes sens
perdre pa'
perdre ma respiration en me noyant

puis des fois j'ai aussi un peu peur de
perdre la face
et perdre du temps à trop penser sans agir

perdre de quoi
comme un manque irremplaçable.


samedi 26 août 2017

les marqueurs



c'était un jeudi de juin deux mil six
ils avaient dû me traîner dans la salle de conférence
où ils s'étaient réunis
pour me donner mon cadeau de départ
sûrement une énorme boîte
avec une énorme carte

ça faisait dix-huit ans que je travaillais là
c'était ma deuxième famille
une gang de chums qu'on ne quitte pas facilement
c'était en quelque sorte une prison professionnelle
mais j'ai quand même décidé de partir
un jour où j'allais lancer une autre paire de souliers
au travers de l'étage
parce qu'un problème administratif
m'exaspérait au plus haut point

au bureau je m'occupais volontairement
de nettoyer la cafetière espresso quotidiennement
c'était une belle saeco commerciale
on se faisait des allongés et des cappucino
on était bien servi
c'est sûrement elizabeth qui avait acheté ça
avec le set de porcelaine anglaise
dans le temps où la compagnie avait de l'argent

faque mon cadeau de départ
après cette longue première carrière
se terminant à l'aube de mes quarante ans
fut naturellement une magnifique cafetière espresso
ma saeco vienna deluxe
que j'aurais désormais à moi toute seule
dans le confort de mon foyer

je l'ai ramenée à la maison sur van horne
juste avant que réjeanne m'emmène à la colombe
où m'attendaient une quarantaine de personnes
pour un souper surprise

je la nettoie chaque dimanche
je la bichonne je l'aime
et hebdomadairement elle me rappelle donc
tout le temps passé depuis juin deux mil six

dimancher dernier en lavant la saeco je me suis énuméré
tout ce qui m'a occupé depuis la fin de ce long emploi
et comme il me plaît de faire des listes*
je vous offre fièrement celle-ci
comme si je vous présentais mon bulletin
avec mention honorable

depuis deux mil six donc il y a eu
un mba
un début de certificat en création littéraire
une admission au certificat en muséologie et diffusion de l'art
trois-quarts de bac' en comptabilité
cinq emplois à temps plein
le premier avec une drop de vingt-cinq mille de salaire
pour explorer de nouveaux domaines d'activité
ma' disait que j'étais payée pour apprendre
le deuxième avec une augmentation de dix mille
parce que j'étais efficace
le troisième comme travail à commissions
le quatrième avec une augmentation de vingt-cinq mille du deuxième
puis de nombreuses augmentations pendant les années suivantes
le cinquième avec une augmentation de trente mille de la fin du quatrième
mon début de carrière de travailleur autonome
avec un contrat en poche d'une institution financière
cette année en décembre
où je déclarerai moins de vingt mille dollars de revenus
me ramenant à mes onze mille de salaires de mes vingt ans**
un voyage en allemagne pour un mariage
un voyage à prague
un voyage en france pour les quarante ans de l'homme-chat
un voyage en italie pour mes cinquante à venir
biarritz pour le wheels and waves et pour nos noces
barcelone pour nos noces
londres pour notre premier anniversaire de mariage
new york et brooklyn de nombreuses fois
quarante mille kilomètres de moto
des prix et multiples plaques honorifiques à la job
une mention dans le rapport annuel d'une grande banque canadienne
des brochures spécialisées des articles de journaux des conférences
mon implication à la fondation pour l'alphabétisation
mes sept derniers partys d'huîtres
un mariage
trois déménagements
deux nouvelles maisons
six nouvelles cuisines
des salles de bain à rénover
des murs à détruire reconstruire jointer et peindre
quelques planchers à sabler
un ou deux meubles fabriqués
sept demi-marathons
un nombre non compté de cinq et dix kilomètres
quelques longueurs de piscine
un blogue qui a plus de dix ans et trois cent billets
deux fils adultes qui sont partis du nid
la méditation
un nouveau skateboard
un casque de vélo en pastèque
la cuisine les tartes les muffins
une cloche à gâteaux

c'est beaucoup plus qu'un faiseuse de cappu'
ma saeco vienna deluxe
c'est un marqueur du temps

j'en ai quelques-autres parmi les objets que j'utilise quotidiennement
mon iphone qui porte la date de départ
de mon dernier emploi à temps plein
comme mot de passe
c'est un autre marqueur de temps
celui qui me dit
que plus de dix ans après ce grand saut en deux mil six
je suis encore capable de partir
et de refaire une partie de ma vie autrement
pour accomplir plus encore
livrer d'autres bulletins
parce que la vie n'est rien d'autre
qu'une fabuleuse école où je veux tout voir et tout apprendre
où je veux donner
que je veux vivre.


* en apprenant l'italien
je me suis amourachée de la formule
me piace qui signifie il me plaît
que l'on utilise plutôt que de dire j'aime

** j'aime parler d'argent car ça me rassure
de voir que les changements viennent avec des fluctuations
ça descend quand on explore de nouveaux domaines
ça monte quand on est bon et qu'on s'y met
je n'ai jamais craint de ne plus en faire
car je sais que je peux en faire
donc je fais ce que je veux
en suivant mon instinct

samedi 19 août 2017

les petits riens



les petits riens
il y en a tellement
et contrairement à ces détails que l'on aime
ceux que j'haguis le plus
sont ceux auxquels on s'attache pour rien

hier soir l'homme-chat me parlait
de réaménagement de bureaux dans la tour
et du fait que les postes allaient être plus tassés
donc les coéquipiers allaient devoir renoncer
à leur cafetière et bouilloire individuelle
sur leurs bureaux

voyez-vous ce genre de détails
provoque l'ire des gens

ce qui m'énerve dans les petis riens
c'est l'incapacité de l'humain
de voir plus grand et plus noble

ce qui dérange les gens
ce n'est pas de ne pas conserver leur cafetière
c'est de devoir faire des concessions
de devoir céder encore un pas
en ne connaissant pas la contrepartie
en n'arrivant pas à se situer
dans the big picture

ce qui dérange les gens
et qui tue l'humanité
c'est de ne s'attarder qu'à son propre nombril
et aux détails de la vie
de tout découper en minutes en taches en morceaux
plutôt que d'être transporté
par quelque chose de plus grand que soi
ce qu'on appelle le bien commun
non comme un outil de propagande
corporatiste ou communiste
mais bien comme un objectif spirituel
comme une sagesse humaine

tant que l'on s'attache aux petits riens
qu'on possède la mauvaise perspective
on ne vaudra pas plus
que ces petits riens
on ne sera pas valorisé
on ne saura pas pourquoi

mais personne ne fait notre bonheur
il faut savoir penser
et prendre du recul
les gens malheureux
sont incapables de hiérarchiser
les petits les moyens et les grands riens
n'oubliez pas la métaphore des roches
qu'illustre le dessin en haut
il parle de lui-même

ne vous attardez pas aux petits riens
parce que le plus grand rien
c'est le vide
c'est de ne pas savoir ce que l'on fait de sa vie
c'est de ne pas avoir accompli quelque chose de grand
que l'on peut nommer facilement
sur son lit de mort
le plus grand rien
ce n'est pas de perdre une cafetière sur son bureau.

samedi 12 août 2017

doux labeur


david hockney, atelier de londres, 1963

dans la douche vendredi matin à rome
je me disais que j'étais contente
de rentrer à montréal
après trois merveilleuses semaines de vacances

je me disais que je ne pourrais pas vivre
en vacances plus longtemps
à me lever sans autre but que d'errer
et de payer pour me faire servir à manger
même dans les endroits les plus paradisiaques de la planète

je me disais que la vie devait être plate
si la retraite arrivait précipitemment
pour quelqu'un qui n'avait pas songé
à comment l'occuper

bref

je commençais à m'ennuyer du labeur
du travail
de l'activité de production
de mon calendrier outlook
plein de tâches et rendez-vous

j'aimerais mettre au clair ici
que ce qui a commencé à me manquer
ce n'est pas le fait de générer des revenus
mais plutôt de m'occuper à être utile
depuis presqu'un an je me rends compte
que c'est être utile qui me rend heureuse
et non gagner de l'argent

depuis septembre deux mil seize
je n'ai presque pas gagné de sous
grugeant ogrement sur mes économies
durement amassées pendant trente années
mais depuis septembre deux mil seize
je n'ai jamais arrêté d'être occupée
à m'impliquer dans mille projets
et réaliser des choses
qui m'ont tant empli le coeur

acquérir des connaissances
faire des connaissances
lire écrire calculer
aider des entrepreneurs
fabriquer des gâteaux
faire de la nourriture
transformer en rénovant
laver du linge
changer des draps
nettoyer la maison
me mettre en forme physiquement
m'impliquer socialement

les vacances
c'est pour se reposer de ça
juste assez pour vouloir y retourner
avec grâce et affirmation

bien que j'haguis souffrir dans l'effort
je chéris tendrement le labeur
et je serai peut-être un jour comme costa
qui à quatre-vingt-deux ans
flippe des burgers pendant les heures de rush
au roi du smoked meat s'a plaza st-hubert
où il a travaillé pendant un demi-siècle

ma vie c'est être
ma vie c'est faire.

samedi 5 août 2017

collection vivante



dire que je collectionne
est plus élégant que
dire que j'accumule

parmi mes collections les plus futiles
il y a celle des messages de biscuits chinois
trônant au milieu de notre salon
dans un vase en vitre sur la table à café
nous y déposons systématiquement
chacun des messages de biscuits chinois
qui nous a été destiné et emballé
dans une coquille de gluten wing
après que nous l'ayons lu à haute voix
ou échangé du chat à moi ou vice versa
avec la 'yieule pleine de biscuit
après un repas de restaurant chinois

c'est comme une superstition
ces messages de papier pêle-mêle
c'est une mauvaise habitude
dont on peut bien se moquer

quand j'étais plus jeune
j'accumulais les bouteilles de parfum
que je trouvais fort jolies
j'avais très peu de disques
car peu de moyens pour m'en acheter
et je les chérissais comme la prunelle de mes yeux
je suis sure que j'avais dressé un inventaire
parmi eux des albums double live
de sting bring on the night 
et de dire straits alchemy

je ne collectionnais pas les attaches de sacs de pain
simplement parce ce n'est pas moi qui achetais le pain
alors je ne devais pas y accorder plus d'importance
que celle de le manger
d'ailleurs c'était du brun en sac
celui qui s'applatit entre ton palais et ta langue
c'était si dégueulasse
et on en faisait chaque jour
des sandwichs au jambon avec de la miracle whip

un jour j'ai commencé à avoir des livres
d'abord des livres d'art
une monographie du museum of modern art à l'adolescence
que monsieur shang m'avait ramené de new york
une espèce de brique de deux pouces d'épaisseur
dont chaque page était colorée
de l'oeuvre d'un maître
c'était fabuleux
au cégep j'ai commencé à m'acheter mes propres monographies
au fur et à mesure que se déployaient
les maîtres rencontrés dans mes cours d'histoire de l'art

d'une pile jonchée sur le sol
ma collection de livres a occupé
une tablette dans l'étagère ikéa de ma chambre du sous-sol

je ne collectionnais pas les livres à lire
puisque mes lectures ont débuté
avec les livres de pa'
qui meublaient depuis une quinzaine d'années
une quelconque bibliothèque montée
n'importe où dans la maison
en l'occurrence dans une pièce fermée de la cave

elle contenait la comédie humaine de balzac
tous les classiques français en format de poche
et des henry james
quand j'étais petite je ne lisais pas l'anglais
et à ce jour je n'ai encore jamais lu henry james

pa' a de tout temps aimé la lecture
mais accordait peu d'importance
à l'objet du livre
comme il accorde peu d'importance aux objets
point

ma' ne collectionne rien
mais bichonne tout ce qu'elle possède
comme lorsque tu vas chez elle en californie
et que les rares meubles de sa maison
sont des simili antiquités en bois
qu'elle a choisies avec amour
dans un marché au puces idoine
au québec dans les années quatre-vingt
ma' porte toujours le même linge
et rapièce tous les morceaux

mes parents n'achètent ni n'accumulent rien
ils vivent léger et économique
et respirent le bonheur

il y a quelques mois
j'ai donné quatre ou cinq paires de jeans
qui ne me faisaient plus depuis des années
à ma chumette geneviève
qui a un gabarit plus mince
et qui s'est fait un plaisir
de leur donner une seconde vie

à mon anniversaire en octobre
ma chumette isabelle m'a donné
une robe pêche en crêpe de soie
qu'elle portait il y a de nombreuses années
j'en ai fait raccourcir les bretelles
et elle me sied à merveille

alors qu'elle tombait en congé de maternité
geneviève a demandé des suggestions de livre
et deux charlottes lui ont amené un matin
une bonne dizaine de bouquins
pas juste des recommandations
des vrais livres
pour qu'elle satisfasse facilement ses envies
elle m'en passera ensuite
car je n'en ai lu aucun titre

il y a quelques semaines
julie m'a remis un livre
en me demandant de le donner à quelqu'un
quand j'en aurais terminé la lecture
étrangement en le lisant
je savais que ce livre serait lu après moi
et cela lui insufflait quelque chose de sacré
de plus grand que les mots
je n'allais pas juste en parler
écrire ce qui m'y avait émue
mais j'allais réellement le passer intégralement
au suivant

ça m'a fait penser à ma triste bibliothèque
un sanctuaire chez nous
qui n'est que trop rarement visité
où les livres dorment
après que je les ai lus
puis placés en ordre alphabétique

j'adore les bibliothèques
c'est beau
mais ce n'est pas une place pour les livres
je dis comme julie
ils doivent se promener
les livres doivent être lus

chez nous les oeuvres d'art vivent
car elles sont accrochées au mur
on les regarde amoureusement chaque jour
mais les livres sont fermés
et peut-être pour toujours
pour n'être jamais retouchés
jusqu'au prochain déménagement
passant d'une tablette à une boite
à une tablette à une boîte

à part quelques amis qui en empruntent
une fois de temps en temps
mes livres ne servent pas
ils se meurent

en même temps quand je pense m'en départir
j'ai un pincement au coeur
j'aime vivre parmi les livres
autant les livres d'images
que les livres de mots

ça tient du culte ostentatoire
mais pas tant
puisque la bibliothèque est dans le fond de la maison
dans une pièce reculée et sombre
que personne ne fréquente
sauf brooklyn le chat pour la sieste

il faudra insuffler une vie à cette collection
il faut que les objets vivent
qu'ils soient utilisés
comme le presse-citron et la râpe à fromage
l'homme crée les objets pour qu'ils servent
pas pour qu'ils nous envahissent
ni qu'ils ramassent la pousssière

même si j'étais peut-être destinée
à créer des cabinets des curiosités
je n'ai pas succombé à cette tentation
et j'en suis fort aise
car lorsque j'y pense j'ai les frissons
il me pousse des fils d'araignée
j'aime mieux partager recevoir et donner
et voyager léger.

samedi 29 juillet 2017

audience publique




je le dis ici pour que vous le sachiez
une fois pour toutes
je ne fais pas plus de trucs
que personne d'autre
mais comme le dit mon tendre mari
je dis tout ce que je fais
et je l'agrémente même d'images
alors que les simples mortels
se contentent de vivre
et de faire des coucous aléatoires
donc on pense qu'ils ne font rien
et que j'en fais plein

ce n'est pas grave

à l'ère de la multitude médiatique
celui qui fait du bruit
ressort naturellement
celui qui n'en fait pas
meurt dans le silence

aux yeux des autres évidemment
pas hors de la plénitude ni de la grâce

mais comme je ne suis pas une sainte
et que j'ai toujours été humaine
j'ai de tout temps aimé avoir une audience
comme témoin de mon existence
ça m'a valu d'être grégaire
à l'époque des rapports humains
et de tenir open house mit oysters
pendant vingt-et-un ans
en revêtant mes plus beaux atours
pour rappeler au monde que j'existais

avec les zinternets
il est donc devenu facile
de laisser ma trace
et de vivre devant témoins
et c'est ainsi que je continue à être un livre ouvert
j'apporte joie beauté tristesse
envie régal bonheur
c'est pas badrant
je vends mon quotidien grétisse sur le web
une vie sans filtre
une vie vécue
par une vraie humaine
qui ne se cache de rien
ni de personne

d'ailleurs si vous lisez ceci
c'est donc que vous avez une identité virtuelle
et sachez donc qu'il est illusoire de penser
que vous conserviez une quelconque parcelle
de votre vie privée

ainsi donc j'aime mieux produire
mon contenu moi-même
que de me faire tagger à mon insu
dès lors que vous savez tout de moi
comment puis-je encore être piégée

rincez-vous l'oeil amusez-vous
régalez-vous de ma vie pleine et heureuse!

samedi 22 juillet 2017

alors on danse!!!


le superbe stromae

hey les babes
c'est le dixième anniversaire de fank-u

le vingt-et-un juillet deux mil sept
je déposais les premiers mots de ce blogue
je découvrais alors le web deux points zéro
après avoir compris ce qu'étaient des sites web
et des recherches d'information
sur google et altavista

le web deux points zéro
celui qui m'ouvrira les portes
d'une nouvelle vie
la plus grande révélation de mon existence
après pleins d'autres trucs et avoir deux enfants
je ne sais donc pas à quelle génération j'appartiens
à avoir connu la télécommande du câble à roulettes
le vidéo bêta dont on louait la machine au club vidéo
en même temps que les cassettes
le walkman le quarante-cinq tours
les débuts des cédés les cédéroms
les floppy disks
puis l'avènement du web deux points zéro

que je sois ixe igrèque ou zed
je suis heureuse d'être ici

je me souviens avoir lu omo erectus
qui ne sévit plus depuis longtemps sur son blogue
et d'avoir eu pour première amie virtuelle
la belle zoreilles
écrivaine publique de rouyn noranda
qui publie encore son blogue
et continue d'échanger via ses commentaires
et les commentaires de ses lecteurs
d'un blogue à l'autre
comme si facebook ne l'avait pas rattrapée

j'ai connu tant de monde grâce au blogue
il n'y a qu'à voir mon blogroll
dans lequel vous reconnaîtrez de nombreuses
de mes connaissances facebook actuelles
qui plus est
de nombreux de mes amis actuels

pensez-y un instant
sans le web deux points zéro
qui m'amena d'abord au blogue
puis à facebook quelques mois plus tard
ainsi que les autres réseaux sociaux
vous fabuleuses personnes
existiez en même temps que moi
sur la planète terre
et je ne vous connaissais pas

pensez-y un instant
sans lancer fank-u
il y a de grandes chances que nos chemins
ne se soient jamais croisés

je pense que ça vaut la peine de continuer
à exprimer mes élucubrations
au nombre de trois cent soixante-trois
elles sont à peine moins nombreuses
que les citrons consommés dans une année
mais elles font partie
de saines habitudes de vie
celles alliant la pensée
l'humour la réflexion et les interrogations

et toujours et encore
ce son enivrant de mes doigts
sur le clavier

alors on danse
c'est la fête les babes
tchin tchin cawlice!!!

(lisez ici ma timide première)

samedi 15 juillet 2017

bleue



quand je nage
je ne performe pas
j'en suis incapable

quand je nage
j'essaye d'abord de ne pas me noyer
puis le temps de mon réchauffement
j'essaye de trouver un rythme
de reprendre mon souffle

quand je nage
je regarde le fond de la piscine
et quand le plancher baisse
en fonçant vers les profondeurs
mon coeur et mon esprit s'apaisent
et je me sens protégée
comme dans un utérus

quand je nage
il n'y a personne
que du mouvement de l'eau
presqu'un peu de vague
mais pas de coude qui touche
pas de pieds qui frappent
pas de voix qui parle
juste la mienne

jeudi j'avais pour mandat
pendant mon heure de nage
de réfléchir au coût et bénéfice
de refaire à neuf les sheds de notre duplex
j'ai eu le temps je pense
de faire le tour de toutes les variables
pour proposer mes recommandations
au conjoint et partenaire de ma vie
quelques heures plus tard

quand je nage
je compte les aller-retours
les cinquante mètres les cent mètres
les deux cent mètres
comme un métronome
comme une litanie comme un mantra

quand je nage
je suis dans une bulle d'eau
qui est à peine plus fraîche
que la température de mon corps
je ne respire plus le chlore
ni n'avale l'eau
parce que j'ai appris à faire

quand je nage
je fais aussi quelques exercices
que notre coach nous donne pour nous améliorer
ils sont faciles au début
et plus je les répète
plus ils sont durs parce que je me fatigue
et j'attends toujours impatiemment
les quelques dix minutes précédant
la fin de l'heure
pour simplement revenir à la nage

quand je nage
j'aime glisser dans l'eau
comme un cétacé un dauphin peut-être
beaucoup plus qu'un poisson
une espèce de mammifère marin
qui aime avoir la tête sous l'eau
qui a des fois une petite turbine
qui voit à cause de ses goggles
qui voit des choses impossibles
comme dans un vidéo de musique
des années quatre-vingt
quelque chose de géométrique
avec une ligne bleue tracée dans le fond
au-dessus de laquelle je flotte
avec quelques bouées délimitant le corridor
auxquelles je m'accroche quand je nage de biais

quand je nage
je suis bien
je suis apaisée
à l'abri des aléas de l'univers
s'il y avait la guerre
je voudrais nager dans une piscine
pour toujours.

samedi 8 juillet 2017

beau



depuis quelques temps
je me dis que j'aimerais arriver
à cinquante ans plus belle qu'à trente ans
les médias n'arrêtent pas
de nous noyer avec des images
de femmes plus âgées
super belles
helen mirren céline dion
meryl streep et j'en passe
notons que ce ne sont pas les moindres

que je me sente mieux dans ma tête
et dans mon corps
à cinquante ans qu'à trente ans
va de soi
c'est juste normal
lorsqu'on vit en occident
et qu'on n'a pas souffert de handicap physique
de maladie mentale
ou de sévices à l'enfance
qu'on se développe de cette manière
qu'on prenne conscience de la santé
qu'on fasse plus attention à soi qu'avant
qu'on prenne du temps pour soi
et pour les autres
qu'on ait trouvé son identité
qu'on vive bien avec

mais qu'on soit plus belle qu'avant
est un mensonge
c'est bien parce que la démographie nord-américaine
soit arrivée à majorité à quarante-cinq ans
que l'industrie nous vend l'image
de la femme belle à cinquante ans
je n'ai rien contre
c'est bon pour le moral
et ça continue à faire vendre du linge tight
et de la lingerie fine

mais croyez-moi
j'étais belle en crisse
à dix-sept ans
puis à vingt ans
puis à trente et à quarante

en fait je trouve qu'on ne célèbre pas assez
la jeunesse
c'est pourtant elle qui travaille
à sauver notre civilisation

la petite boulette qui vient de naître
le cinq juillet dernier
à l'issue de nombreuses heures de travail
au poids respectable de huit livres

augustin roy sept ans
qui fait le cube rubik
en à peine quelques secondes
et gagne un ruban de la persévérance scolaire
et qui est inscrit dans une école de bollés

laurence gagnon huit ans
responsable de la section danse
du spectacle de fin de camp musical
qui s'énerve de peur de ne pas bien accomplir sa tâche

lou-anne et lilimei tousignant
filles du futur

marion portelance violoncelliste dix-huit ans
qui a déjà joué au carnegie hall
en faisant un programme de musique
et un programme international au secondaire
et qui poursuit ses études au conservatoire de musique

thomas aucoin-lo vingt-six ans
qui donne ses mains et son coeur
à faire des lampes chez lambert et fils
après des voyages à travailler
dans l'ouest et dans le pacifique

gabriel aucoin-lo vingt-sept ans
qui dédie son énergie à la scène musicale montréalaise
avec passion depuis plus de cinq ans
et anime son émission de radio

anne bussière-godbout vingt-sept ans
conseillère stratégique chez kap
qui développe sa clientèle à une vitesse fulgurante
en élevant deux beaux enfants

gabriel nadeau-dubois vingt-sept ans
co porte-parole de québec solidaire
et député à l'assemblée nationale
qui a participé à soulever les masses
au jeune âge de vingt-deux ans
et faire marcher des milliers de personnes
dans les rues de montréal
pour décrier les politiques ankylosées
et oser vouloir changer le monde

odrey robillard trente-deux ans
nageuse de l'aurore aguerrie
conseillère en investissement responsable
à la caisse de dépôt et de placement du québec
qui contribue à mettre en oeuvre le plan d'action
de développement durable de la caisse

dominic leclerc dans la trentaine
cinéaste de rouyn-noranda
qui a commencé à produire
il y a plus de dix ans

julien niquet et david cayer trentenaire
qui cofondent glutenberg

émilie nollet trentenaire
qui co-fonde avec olivier demers-dubé
l'entreprise éau
créant des fermes d'aquaponie verticale
pour assurer l'autonomie alimentaire
et éradiquer l'exclusion sociale

moi dans la vie
j'aimerais mieux voir ces gens-là dans les médias
pour qu'on sache qu'ils existent
de tous les temps
c'est la jeunesse qui fait évoluer les choses
pas celle cosmétisée et habillée
celle qui sait faire
celle qui rêve
celle qui ose

c'est ça la beauté qu'on doit valoriser
la fougue l'espoir l'action
le monde des possibles.

samedi 1 juillet 2017

légère


leia organa et jabba the hutt

je ne sais pas combien je pèse
je le saurai le quatorze juillet
lorsque je me pèserai le quatorze juillet
pour la quatrième fois
depuis le premier mai

je ne me suis jamais pesée aussi souvent
de toute ma vie

j'aime le mot légèreté
je ne savais pas que c'était cet état
que je recherchais
lorsqu'au printemps je voulais rencontrer
une nutritionniste dès le premier mai
je ne savais pas alors
si j'avais des problèmes de poids
ou d'alimentation
ou de ménopause
ou tout cela à la fois
je ne savais pas et je n'avais pas le temps
de savoir ça
j'avais quatre cours
une saison d'impôt
un peu de course à pieds
et de la natation quand je pouvais

mais je n'étais pas légère
c'était clair

j'avais des fois des brûlements d'estomac
quand je buvais quelques verres
quoique j'avais déjà pris l'habitude
depuis un certain temps
de refuser de boire
quand le coeur ne disait pas oui
dès le premier coup
j'avais déjà appris à ressentir mes envies
face aux choses alcoolisées

j'avais aussi des trucs en-dedans
je ne savais pas ce que c'était
mais c'était à l'intérieur de moi
trop de bouffe trop de sucre du poison
je ne sais quoi
mais je pouvais difficilement faire des rotations
et lorsque je me regardais dans l'énorme glace
de la salle-de-bain
je voyais mon ventre assis sur mes cuisses
dépassant légèrement la pointe de mes seins

je savais qu'à quarante-neuf ans
je n'aurais jamais les seins que j'ai voulus toute ma vie
alors il était hors de question qu'en plus
j'ai un ventre me donnant l'air
de jabba the hutt

le premier mai
après ma session d'hiver
j'allais consulter
pour savoir quoi faire
quoi me foutre dans la 'yieule
et quand je l'ai rencontrée
j'ai dit à la nutritionniste
que j'aimais beaucoup manger
et que je ne voulais pas changer
mes habitudes alimentaires
ni entreprendre un régime
que je voulais juste aller comprendre
comment les choses marchaient

quand j'y pense avec du recul
je trouve que j'étais un peu arrogante
comme si j'allais chez le médecin
en lui annonçant tout de suite
que je ne prendrais pas de sa médecine

elle était wise la petite dominique
très fine psychologue je l'admets
et je ne sais par quelle magie
ça a été si simple à changer

ce que je redoutais le plus
soit couper du sucre et des cochonneries
a été tellement facile
et je n'ai pas du tout eu l'impression
ni de relever un défi
ni de me brimer
et encore moins d'avoir faim

peut-être que le choc de mon poids réel du premier mai
m'avait tellement fouettée
m'a tellement dit
que je m'étais défigurée
que ce n'était plus moi
cette femme de cent quarante livres
que je pensais toute ma vie peser cent vingt livres
ce poids me disait que j'avais perdu le contrôle
qu'il fallait que je prenne en mains cet aspect de ma santé

la jeune nutritionniste qui me conseillait
m'expliquait simplement des mathématiques
des plus et des moins
et mon esprit comprenait très bien ça
elle m'expliquait avec la science
quels aliments étaient nutritifs
et combien il en fallait dans une journée typique
quoi manger au déjeuner au lunch et au souper
et quels aliments n'apportaient absolument rien
sauf des livres en plus
et combien ces livres étaient difficiles à perdre par la suite
elle m'a expliqué les métabolismes
les calories en plus et celles en moins
les gras les sucres
elle m'a montré
en objets de plastique
les volumes correspondant aux poids
une livre de gras
une portion de viande de cent grammes
etcetera

quand je me suis pesée la deuxième puis la troisième fois
j'étais si ravie d'avoir perdu du poids
j'en chahutais dans tout le campus universitaire
mais les gens autour de moi me le disaient aussi
ça m'a fait tant de bien
je me suis trouvé légère
le teint meilleur
je mangeais des légumes aussi souvent que possible
je faisais encore des gâteaux
mais en coupant le sucre et le gras rajoutés
en faisant des purées de dattes
et en comptant sur les compotes de pommes
je comptais les amandes que je me foutais dans la bouche

le douze juin je me souviens
je pesais cent trente-deux livres
j'en avais perdu cinq en un mois
et quand dominique m'a montré sur la table
le jouet représentant une livre de gras
cette énorme masse et qu'elle m'a dit
que j'avais perdu cinq fois ça
c'est là que j'ai compris
ce qu'était la légèreté
cette grosse masse
je l'avais dans mon corps
c'est elle qui m'empêchait de vivre
de bouger librement
qui alourdissait mes pas
et obstruait mes organes
qui empêchait mon sang
de circuler fluidement
et qui me donnait sûrement
des maux de ventre et un teint gris

et depuis soixante-et-un jours
je note tout ce que je mange
sans compter les calories
mais en rapportant sur une feuille
ce que j'ingère aux déjeuners aux lunchs et aux soupers

car si le quatorze juillet ma balance
m'indique que j'ai repris du poids
je saurai pourquoi
j'aurai des traces

après deux mois
j'ai presque perdu mes nouvelles bonnes habitudes
je me sens un peu en danger
parce que je travaille moins
donc j'ai plus envie de manger
ça tue l'ennui
parce que c'est la saison de la crème glacée
et que même en réduisant de deux à une boule
il y en a plus au menu
qu'en plein coeur du printemps
parce que j'ai râté ma course du dix-huit juin
et que la possibilité de faillir
a repris sa place dans mon esprit
parce que je sens dans mon corps
la place de mon estomac
parce que j'ai relâché la garde
quand je prépare les assiettes au souper
parce que les pâtes sont bonnes
et que l'italie s'en vient

je vais resserrer la garde
même si c'est les vacances

j'ai l'air de la fille soucieuse de son apparence
victime des diktats qu'on dénonce
je le suis bien évidemment
ça fait partie de ma psyché
de me sentir belle
d'être bien dans ma peau

mais surtout j'ai tellement aimé ça
savoir que malgré la ménopause qui arrive
malgré mon amour de la bouffe
j'ai réussi à dompter mon corps
à écouter mon réel appétit
il y a des choses que je peux contrôler
si j'en ai envie
et je ne suis pas prête de les lâcher
parce que bien évidemment
je préfère être la belle
plutôt que la bête.

samedi 24 juin 2017

brutes



quand je déjeune le jeudi matin
avec la gang de charlots
je me dis que je fréquente vraiment des champions
je me tiens toujours avec les meilleurs

dans la vie
je dépense plus que je gagne
je vis toujours un peu au-dessus de mes moyens
j'ai de l'ambition
et beaucoup de prétention
je vis à crédit
je flambe du cash pour en faire
i fake it till i make it

quand j'étais à l'école
je voulais surement faire partie
de la gang de cool
et pas de la gang de losers

vous me lisez assez pour savoir
que je déteste les faiblards
ceux qui morvent et braillent
ceux qui disparaissent sous la terre
les insignifiants

je ne les fréquente pas
ils ne m'apportent rien

j'aime l'envergure
même si souvent
je n'en ai pas l'étoffe
je ne travaille pas aussi fort
je ne suis pas assez tough
des fois je suis une imposture
comme dimanche alors que j'abandonne
en plein milieu de la course
parce qu'un rien d'effort
devient psychologiquement trop dur
dans ces moments
je veux croupir sous terre
je suis en colère de n'être pas bonne
de n'être pas la meilleure
à la hauteur de mes ambitions
de détruire l'image que je veux incarner

puis après je retourne
me coller aux champions
parce qu'ils ne disent rien
ils ne me jugent pas
ils sont occupés à faire
ils ont mieux à faire
alors je ferme ma yieule
j'arrête de brailler
et je remets l'épaule à la roue
let's move on babe
if you want it go get it

ces gens-là ils carburent
ils savent que rien ne vient sans effort
mais qu'une vie sans accomplissement
c'est drabe et c'est déjà la mort

je les aime ces gens-là
et je voudrai les côtoyer toute ma vie

ceux qui écrivent des livres
courent des marathons
courent la gaspésie en relais amoureux
tricotent des sculptures
taillent le bois
coupent le métal
soufflent le verre
chantent dans le métro
traversent l'océan pour vivre l'amour
se cassent un bras en vélo
font des triathlons
se lèvent à l'aube pour fendre le chlore
vont plaider à la cour
se creusent les méninges pendant des heures
font des double dec
écrivent une thèse
font de la politique
aspirent à un monde meilleur
verdissent les ruelles
plantent des légumes sur la rue
cuisinent pour les autres
font de la boxe
font le ironman ce dimanche
le demi l'olympique ou le sprint
enfilent un wetsuit
portent un casque de bain sans broncher
fouettent les blancs d'oeuf
font le ménage
changent les draps
ouvrent les fenêtres
construisent des maisons
enseignent aux enfants
apprennent aux adultes
font du bénévolat
chantent des chansons
voyagent autour du monde
gèrent des hôtels et des restaurants
sont tous les jours en tablier
réalisent des idées
articulent celles des autres
font des mots croisés
jouent au scrabble et au crible
gagnent des tournois de pool
déménagent en couple
font leurs valises
crissent leur camp
font de la peinture
exposent sur les murs
rentrent en collection
rentrent dans les ordres
lavent la vaisselle
mangent de la crème glacée
conduisent des tracteurs
mènent les brebis
dessinent leur vie

voient le jour
voient chaque jour

ce sont mes champions
ceux qui me font pousser
ceux que mon coach david appelle tendrement

les bruuuuuuutes!!!

samedi 17 juin 2017

désamour



la vie de couple c'est dangereux
ça peut être rapidement rempli de désamour
si on ne fait pas attention chaque jour

la personne qu'on adulait à vingt ans
celle qui était la plus belle
et que l'on voyait lumineuse
dans nos rêves au lit le soir
en nous pressant de la revoir le lendemain
cette personne qui était la plus drôle
la plus intelligente
qui dépassait de loin tous nos camarades
celle avec qui on apprenait le plus
la personne la plus enrichissante
qui valait plus que nos parents
nos frères nos soeurs et notre meilleur ami
cette personne qui valait une carte confectionnée à la main
des mots d'amour recherchés rimés puis écrits
cette personne qui valait une bague
des cadeaux une demande en mariage

cette personne
cinquante ans plus tard
on l'a prise pour acquis
on la respecte moins que toutes les autres
parce que le rapport a changé
parce qu'elle n'illumine plus notre vie
parce qu'au lieu de continuer
à paver notre chemin de promesses
et d'être notre guide
dans le changement vers un monde meilleur
au lieu d'être restée cette partenaire dans le jeu
cette complice dans les réalisations
dans l'expérience de la vie
cette faiseuse de wow
cette personne est devenue celle qui prend soin de nous
celle qui fait les meilleurs repas de la terre
celle qui nous amène chez le médecin
celle qui prend notre température
celle qui écrit à notre place
celle qui s'occupe de nos moindres soucis
avec le temps elle est devenue un peu notre mère

tout d'un coup
cette personne qui nous tirait vers le haut
la capitaine de notre coeur est devenue une esclave
elle l'est devenue par amour ou par habitude
parce que nous étions la personne la plus importante au monde
parce qu'elle nous aimait
et que même malade vieux ou bedonnant
elle nous aime toujours
parce qu'on la rend importante et essentielle
parce qu'elle l'est évidemment réellement
parce qu'on est devenu sa raison d'être
parce qu'elle veut encore qu'on l'aime

audrey hepburn l'ingénue la délinquante
est devenue mère teresa la vertueuse la pieuse

la vie de couple c'est dangereux
si vous ne continuez pas à vous développer
à vous dépasser et à impressionner
si vous n'êtes devenus qu'une cellule fusionnelle
et n'existez qu'à travers l'autre
vous allez rapidement souffrir de désamour
vous ne serez plus la personne la plus intéressante
et la plus convoitée de l'univers
tout le monde sera meilleur que vous
tout le monde saura mieux jouer au billard que vous
qu'y connaissez-vous au billard d'ailleurs
tout le monde connaîtra la science mieux que vous
quand avez-vous le temps de vous instruire d'ailleurs
tout le monde saura raconter l'histoire mieux que vous
que savez-vous de l'histoire d'ailleurs
tout le monde pourra parler de l'art mieux que vous
vous ne savez pas parler de l'art
parce que tout ce temps-là
nous étions ensemble
tout ce temps-là
tu étais avec moi
tu n'étais pas là ailleurs
occupée à être une personne

il est dur de ne pas s'user
de demeurer pertinent et intéressant
il n'y a rien qu'à voir comment les marques
rafraîchissent leur image aux cinq ans
pour continuer à séduire
même leurs meilleurs clients acquis

ayez une vie bonyenne
amusez-vous le plus souvent possible
ne soyez pas dull et plein de devoirs
ne vous oubliez pas en chemin
tant que vous serez en vie
achetez-vous les plus belles robes
les plus beaux souliers
ramenez de la fraîcheur au foyer
ce frische luft dont on a tous besoin
pour continuer à grandir pour bien respirer
ne risquez pas le désamour
en emballant le vôtre trop serré.

samedi 10 juin 2017

saisons




je ne sais pas comment j'occuperais mon temps
si je recevais un verdict de maladie incurable
je ne sais pas si je planifierais mes journées
aussi touffument que je le fais

je me lève ces jours-ci
une heure plus tard qu'à la même période l'an dernier
et me couche à la même heure
outre cette heure supplémentaire passée à dormir
être plus près de la tombe
je cours encore après mes heures et mes minutes

depuis le premier mai
je suis un cours intensif soit deux sessions par semaine
au lieu de quatre cours de janvier à avril
à la fin mai j'ai terminé le mandat
qui m'occupait un jour par semaine
et je ne suis plus occupée le soir
avec les dossiers de vingt clients

pourtant mon outlook est toujours aussi plein

il y a un peu plus d'orange
soit ma catégorie sociale
le temps que je prends pour voir des gens
il y a du rouge
soit la catégorie maison
alors que j'ai débuté mes rénos
et que je consacre encore deux heures les lundis
à faire l'épicerie et le gâteau
il y a toujours du bleu
soit la catégorie académique
alors que je vais aux cours j'étudie et je produis
puis il y a de plus en plus de mauve
soit la catégorie professionnelle
alors que je fais des suivis de dossiers
j'apprends des logiciels
je vois des clients

bien sûr les occupations changent
je vois une diététiste
j'assiste à des conférences
je cours un peu plus
je rénove
j'apprends toujours

mais le temps me manque
et même si je ne gagne pas de sou
je me lève chaque matin pour entamer la journée
avec un horaire chargé

il y avait aussi à l'agenda
une heure d'écriture par jour
depuis le premier mai
je me suis dit que j'aurais le temps
et l'espace mental
puisque je passais de quatre cours à un

il n'y a ni temps ni espace mental
je n'ai réussi à y consacrer que quelques heures
depuis le premier mai

je ne sais pas pourquoi les gens rêvent de la retraite
le temps file un point c'est tout
c'est au-delà de nos forces
n'essayons pas de tout contrôler
toutes ces occupations sont futiles la mort venant

je chante cabrel
la feuille d'automne emportée par le vent
en ronde monotone
tombe en tourbillonnant.

samedi 3 juin 2017

grand faiseux


lampe en chêne par thomas aucoin-lo

hier je suis allée au lancement d'espace fabrique
une coopérative manufacturière
co-fondée par emmanuelle raynaud artiste visuelle
et son co-fondateur machiniste
ça leur a pris cinq ans pour mettre sur pied
leur projet et aller se chercher
un million de dollars de financement
par investissement québec
la ville de montréal
le fonds de solidarité ftq
et un ange financier du domaine manufacturier

je suis allée pour voir les machines
ces choses conçues et fabriquées par l'humain
qui nous permettent de matérialiser
des objets que nous avons dans la tête

l'expérience est positive
et je vous en parlerai davantage
lorsque j'irai la première fois faire mes cours
de santé et sécurité
puis de gosser avec de l'équipement industriel
et mon petit bout de bois

ces jours-ci j'ai besoin de faire
de fabriquer avec mes mains

je suis à la recherche de mes habiletés de survie
je sais cuisiner
je sais courir pour m'enfuir
je sais nager pour ne pas me noyer
je peux rouler un peu en vélo
je sais conduire vite
je sais tricoter pour me vêtir
je sais faire de la dentelle qui ne sert à rien
je sais emballer des cadeaux
je sais faire des noeuds papillons
je sais faire des collages
je sais scier du bois et des fois couper du métal
je sais visser avec un tournevis et avec une drill
je sais me servir d'une crow bar autrement que pour tuer
je sais partir un feu dans l'âtre
je sais hacher du petit bois
je sais couper des légumes et de la viande
je sais sabler et vernir des planchers
je me sers d'une scie ronde d'un banc de scie
et de tous les appareils à main
sauf une chain saw qui m'horripile encore
je sais lire et écrire
je sais compter avec ou sans calculatrice financière
je sais peut-être patiner
je sais crocheter pour me mettre la corde au cou
je sais convertir des miles en kilomètres
je sais faire de la soupe
je sais me servir de la colle à bois qui n'est pas bonne à sniffer
je sais relier un livre avec du fil
je sais recoudre tous les boutons du monde
je sais nettoyer une salle de bain à la brosse à dents
je sais tirer des joints même s'ils sont moches
je sais rôtir un poulet
je sais pêcher de la truite mais pas tant jouer avec l'appât
je sais faire fructifier des sous
je sais ouvrir des douzaines d'huîtres dans une soirée

mais

je ne sais pas encore

faire pousser des herbes et des légumes
plier du métal
guérir des blessures
consoler un humain
recoudre une plaie
conduire une moto pour m'esquiver
tuer un animal pour me nourrir même si
je pense devenir végétarienne pour m'en sauver
boxer pour me battre
plonger au fond des mers pour je ne sais quelle raison
me mettre du rouge à lèvres
réparer un ordinateur ou une télévision

j'ai besoin d'avoir ce kit de survie
j'ai donc besoin de savoir fabriquer
avec mes mains mon cerveau et toute ma coordination
j'ai longtemps été une technicienne mentale
puis une spécialiste
et une experte de la chose pensée
mais j'étais avant tout une créatrice
dessinant partout depuis ma tendre enfance
j'ai besoin de me savoir autarcique
de pouvoir reproduire les recettes
directement chez moi dans l'assiette
de pouvoir dessiner et coudre le vêtement
de ne plus être une consommatrice passive
mais de devenir comme ma'
qui rapièce tout son linge et celui de pa'
depuis toujours et des années
j'aimerais réparer ce qui se casse
ne pas jeter ne pas gaspiller

devenir une grande faiseuse
parce que ça me donnerait plus confiance
parce que j'aimerais mieux faire partie de la chaîne
plutôt que d'être à sa traîne.

(okay, quand tu viendras chez moi,
il n'y aura pas de set de tables en macramé,
ni de chandelier tricoté,
c'est pas là que je m'en vais, t'inquiète!)

samedi 27 mai 2017

go get it!!!



daliyah marie arana, 4 ans,
a lu 1000 livres

les envieux et moi on a quelque chose en commun
on s'haguit mutuellement des fois
ces fois-là ils me causent des émotions viscérales
comme rager contre la convoitise oisive

on a lu quelque part
dans les comportements de ceux qui évoluent
qu'ils n'envient jamais leur entourage
mais qu'ils les supportent et les félicitent
ceux qui mènent la parade tirent et inspirent les autres
puis chacun leur tour
ils se dépassent mutuellement
comme un peloton de cyclistes

personne n'est source de jalousie ou de mépris

we don't make decisions based on money
we make decisions based on what's good for us
c'est steve wozniak qui l'a dit vendredi matin
alors qu'il parlait longuement d'innovation
et du fait que ce n'était jamais le côté économique
qui orientait le changement en matière de créativité
mais bien un meilleur résultat attendu

l'argent est toujours un mauvais guide
l'argent n'est qu'un moyen

de mes quatre cent vingt-cinq amis facebook
personne n'a le droit de m'envier
ni de me mépriser
aucune d'entre elles ne fait partie
de populations marginalisées
handicapées physiquement ou mentalement
et n'ayant pas accès à l'éducation publique au québec

je prends des décisions
et me booke des activités et un chemin de vie
non en fonction de combien ça coûte
mais en fonction de ce que je veux faire
et c'est ainsi que j'ai toujours vécu
un peu au-dessus de mes moyens
je me suis toujours tenue avec des gens meilleurs que moi
simplement guidée par ce que ma vie veut être
voir et aller un peu plus loin
évoluer

payer de ma poche une conférence de trois jours
n'est rien d'enviable
je le fais parce que j'ai envie d'être là
parce que ça m'apporte quelque chose
dans mon coeur et mon esprit
c'est autant d'argent que j'ai généré en travaillant
et que j'ai mis de côté comme en l'an deux mil
quand j'ai emmené mes ti-loups à walt disney
c'était des dollars durs à ramasser
mais qui en valaient tellement la peine
aujourd'hui mes intérêts sont ailleurs
je me prive des plaisirs parentaux
et je stimule mon coeur et mon esprit autrement
l'argent n'en est pas moins dur à ramasser

il ne faut pas non plus envier
des participants invités à ces événements
il faut faire la juste part et se rappeler
que s'ils sont invités et pas nous
c'est qu'ils la font la job pour se trouver là
ils y vont aux cinq-à-sept qu'on abhorre
ils les font les contacts
consacrent leurs énergies à réseauter
font une job importante
choisissent des fournisseurs avec qui transiger
et des fois on leur dit merci
on les invite à une conférence
même si on a l'impression
qu'ils y sont moins à leur place
qu'on y serait
ça c'est présomptueux
ils sont à leur place justement

lorsque j'ai connu c2mtl pour la première fois
je travaillais pour une petite banque
qui avait décidé d'être le partenaire
de leurs premières éditions
et des fois on avait des billets pour assister
à une ou une autre séance de la conférence
en autant qu'on y invitait deux ou trois clients importants
je n'ai jamais réussi à me qualifier
pour y assister à ce titre-là
et les présidents de nos entreprises clientes
ne connaissaient pas la conférence
et n'avaient aucun temps à consacrer
à aller y voir de plus près
ni même envie d'aller y entendre
sir richard branson

alors en deux mil seize
n'étant plus à l'emploi de cette banque
je me suis dit que si je voulais y aller un jour
je devais m'arranger moi-même pour y aller
combien ça coûte
c'est quand
trouver le tarif le moins cher
mettre des sous de côté
prendre une semaine de vacances à mes frais
bang je le fais
je n'ai jamais regretté cette liberté
de prendre les moyens pour vivre à ma guise

il ne faut jamais envier
you want there
you go there

quand j'accompagne des clients
et qu'on discute de plan d'affaires
je leur dis toujours d'enlever la contrainte de l'argent
s'il n'y en avait pas
que ferais-tu
quelle serait ta vision idéale
quel serait ton rêve
astheure
comment fait-on pour y arriver

on va trouver les moyens
si tu as envie d'y aller

si tu as envie d'y aller
si tu as envie d'y aller

aujourd'hui je ne gagne pas de sous
mais je réalise un rêve
j'étudie à temps plein
si je ne pensais qu'à l'argent
je retournerais faire du neuf à cinq
sur le marché du travail

mais comme je n'ai qu'une vie
j'essaye de faire ce qui est plus important pour moi
en ce moment
de suivre ce que mes viscères m'indiquent
avec tous les sacrifices que mon choix comporte

quand je regarde les autres autour de moi
je ne les envie pas
quand ils font des trucs trippants qui m'interpellent
je ne suis pas jalouse
je m'écrie plutôt
comme la petite daliyah marie arana

oh my gosh!!! i can do that!!!


pour la magie de daliyah, voyez-la s'écrier ici.