samedi 24 juin 2017

brutes



quand je déjeune le jeudi matin
avec la gang de charlots
je me dis que je fréquente vraiment des champions
je me tiens toujours avec les meilleurs

dans la vie
je dépense plus que je gagne
je vis toujours un peu au-dessus de mes moyens
j'ai de l'ambition
et beaucoup de prétention
je vis à crédit
je flambe du cash pour en faire
i fake it till i make it

quand j'étais à l'école
je voulais surement faire partie
de la gang de cool
et pas de la gang de losers

vous me lisez assez pour savoir
que je déteste les faiblards
ceux qui morvent et braillent
ceux qui disparaissent sous la terre
les insignifiants

je ne les fréquente pas
ils ne m'apportent rien

j'aime l'envergure
même si souvent
je n'en ai pas l'étoffe
je ne travaille pas aussi fort
je ne suis pas assez tough
des fois je suis une imposture
comme dimanche alors que j'abandonne
en plein milieu de la course
parce qu'un rien d'effort
devient psychologiquement trop dur
dans ces moments
je veux croupir sous terre
je suis en colère de n'être pas bonne
de n'être pas la meilleure
à la hauteur de mes ambitions
de détruire l'image que je veux incarner

puis après je retourne
me coller aux champions
parce qu'ils ne disent rien
ils ne me jugent pas
ils sont occupés à faire
ils ont mieux à faire
alors je ferme ma yieule
j'arrête de brailler
et je remets l'épaule à la roue
let's move on babe
if you want it go get it

ces gens-là ils carburent
ils savent que rien ne vient sans effort
mais qu'une vie sans accomplissement
c'est drabe et c'est déjà la mort

je les aime ces gens-là
et je voudrai les côtoyer toute ma vie

ceux qui écrivent des livres
courent des marathons
courent la gaspésie en relais amoureux
tricotent des sculptures
taillent le bois
coupent le métal
soufflent le verre
chantent dans le métro
traversent l'océan pour vivre l'amour
se cassent un bras en vélo
font des triathlons
se lèvent à l'aube pour fendre le chlore
vont plaider à la cour
se creusent les méninges pendant des heures
font des double dec
écrivent une thèse
font de la politique
aspirent à un monde meilleur
verdissent les ruelles
plantent des légumes sur la rue
cuisinent pour les autres
font de la boxe
font le ironman ce dimanche
le demi l'olympique ou le sprint
enfilent un wetsuit
portent un casque de bain sans broncher
fouettent les blancs d'oeuf
font le ménage
changent les draps
ouvrent les fenêtres
construisent des maisons
enseignent aux enfants
apprennent aux adultes
font du bénévolat
chantent des chansons
voyagent autour du monde
gèrent des hôtels et des restaurants
sont tous les jours en tablier
réalisent des idées
articulent celles des autres
font des mots croisés
jouent au scrabble et au crible
gagnent des tournois de pool
déménagent en couple
font leurs valises
crissent leur camp
font de la peinture
exposent sur les murs
rentrent en collection
rentrent dans les ordres
lavent la vaisselle
mangent de la crème glacée
conduisent des tracteurs
mènent les brebis
dessinent leur vie

voient le jour
voient chaque jour

ce sont mes champions
ceux qui me font pousser
ceux que mon coach david appelle tendrement

les bruuuuuuutes!!!

samedi 17 juin 2017

désamour



la vie de couple c'est dangereux
ça peut être rapidement rempli de désamour
si on ne fait pas attention chaque jour

la personne qu'on adulait à vingt ans
celle qui était la plus belle
et que l'on voyait lumineuse
dans nos rêves au lit le soir
en nous pressant de la revoir le lendemain
cette personne qui était la plus drôle
la plus intelligente
qui dépassait de loin tous nos camarades
celle avec qui on apprenait le plus
la personne la plus enrichissante
qui valait plus que nos parents
nos frères nos soeurs et notre meilleur ami
cette personne qui valait une carte confectionnée à la main
des mots d'amour recherchés rimés puis écrits
cette personne qui valait une bague
des cadeaux une demande en mariage

cette personne
cinquante ans plus tard
on l'a prise pour acquis
on la respecte moins que toutes les autres
parce que le rapport a changé
parce qu'elle n'illumine plus notre vie
parce qu'au lieu de continuer
à paver notre chemin de promesses
et d'être notre guide
dans le changement vers un monde meilleur
au lieu d'être restée cette partenaire dans le jeu
cette complice dans les réalisations
dans l'expérience de la vie
cette faiseuse de wow
cette personne est devenue celle qui prend soin de nous
celle qui fait les meilleurs repas de la terre
celle qui nous amène chez le médecin
celle qui prend notre température
celle qui écrit à notre place
celle qui s'occupe de nos moindres soucis
avec le temps elle est devenue un peu notre mère

tout d'un coup
cette personne qui nous tirait vers le haut
la capitaine de notre coeur est devenue une esclave
elle l'est devenue par amour ou par habitude
parce que nous étions la personne la plus importante au monde
parce qu'elle nous aimait
et que même malade vieux ou bedonnant
elle nous aime toujours
parce qu'on la rend importante et essentielle
parce qu'elle l'est évidemment réellement
parce qu'on est devenu sa raison d'être
parce qu'elle veut encore qu'on l'aime

audrey hepburn l'ingénue la délinquante
est devenue mère teresa la vertueuse la pieuse

la vie de couple c'est dangereux
si vous ne continuez pas à vous développer
à vous dépasser et à impressionner
si vous n'êtes devenus qu'une cellule fusionnelle
et n'existez qu'à travers l'autre
vous allez rapidement souffrir de désamour
vous ne serez plus la personne la plus intéressante
et la plus convoitée de l'univers
tout le monde sera meilleur que vous
tout le monde saura mieux jouer au billard que vous
qu'y connaissez-vous au billard d'ailleurs
tout le monde connaîtra la science mieux que vous
quand avez-vous le temps de vous instruire d'ailleurs
tout le monde saura raconter l'histoire mieux que vous
que savez-vous de l'histoire d'ailleurs
tout le monde pourra parler de l'art mieux que vous
vous ne savez pas parler de l'art
parce que tout ce temps-là
nous étions ensemble
tout ce temps-là
tu étais avec moi
tu n'étais pas là ailleurs
occupée à être une personne

il est dur de ne pas s'user
de demeurer pertinent et intéressant
il n'y a rien qu'à voir comment les marques
rafraîchissent leur image aux cinq ans
pour continuer à séduire
même leurs meilleurs clients acquis

ayez une vie bonyenne
amusez-vous le plus souvent possible
ne soyez pas dull et plein de devoirs
ne vous oubliez pas en chemin
tant que vous serez en vie
achetez-vous les plus belles robes
les plus beaux souliers
ramenez de la fraîcheur au foyer
ce frische luft dont on a tous besoin
pour continuer à grandir pour bien respirer
ne risquez pas le désamour
en emballant le vôtre trop serré.

samedi 10 juin 2017

saisons




je ne sais pas comment j'occuperais mon temps
si je recevais un verdict de maladie incurable
je ne sais pas si je planifierais mes journées
aussi touffument que je le fais

je me lève ces jours-ci
une heure plus tard qu'à la même période l'an dernier
et me couche à la même heure
outre cette heure supplémentaire passée à dormir
être plus près de la tombe
je cours encore après mes heures et mes minutes

depuis le premier mai
je suis un cours intensif soit deux sessions par semaine
au lieu de quatre cours de janvier à avril
à la fin mai j'ai terminé le mandat
qui m'occupait un jour par semaine
et je ne suis plus occupée le soir
avec les dossiers de vingt clients

pourtant mon outlook est toujours aussi plein

il y a un peu plus d'orange
soit ma catégorie sociale
le temps que je prends pour voir des gens
il y a du rouge
soit la catégorie maison
alors que j'ai débuté mes rénos
et que je consacre encore deux heures les lundis
à faire l'épicerie et le gâteau
il y a toujours du bleu
soit la catégorie académique
alors que je vais aux cours j'étudie et je produis
puis il y a de plus en plus de mauve
soit la catégorie professionnelle
alors que je fais des suivis de dossiers
j'apprends des logiciels
je vois des clients

bien sûr les occupations changent
je vois une diététiste
j'assiste à des conférences
je cours un peu plus
je rénove
j'apprends toujours

mais le temps me manque
et même si je ne gagne pas de sou
je me lève chaque matin pour entamer la journée
avec un horaire chargé

il y avait aussi à l'agenda
une heure d'écriture par jour
depuis le premier mai
je me suis dit que j'aurais le temps
et l'espace mental
puisque je passais de quatre cours à un

il n'y a ni temps ni espace mental
je n'ai réussi à y consacrer que quelques heures
depuis le premier mai

je ne sais pas pourquoi les gens rêvent de la retraite
le temps file un point c'est tout
c'est au-delà de nos forces
n'essayons pas de tout contrôler
toutes ces occupations sont futiles la mort venant

je chante cabrel
la feuille d'automne emportée par le vent
en ronde monotone
tombe en tourbillonnant.

samedi 3 juin 2017

grand faiseux


lampe en chêne par thomas aucoin-lo

hier je suis allée au lancement d'espace fabrique
une coopérative manufacturière
co-fondée par emmanuelle raynaud artiste visuelle
et son co-fondateur machiniste
ça leur a pris cinq ans pour mettre sur pied
leur projet et aller se chercher
un million de dollars de financement
par investissement québec
la ville de montréal
le fonds de solidarité ftq
et un ange financier du domaine manufacturier

je suis allée pour voir les machines
ces choses conçues et fabriquées par l'humain
qui nous permettent de matérialiser
des objets que nous avons dans la tête

l'expérience est positive
et je vous en parlerai davantage
lorsque j'irai la première fois faire mes cours
de santé et sécurité
puis de gosser avec de l'équipement industriel
et mon petit bout de bois

ces jours-ci j'ai besoin de faire
de fabriquer avec mes mains

je suis à la recherche de mes habiletés de survie
je sais cuisiner
je sais courir pour m'enfuir
je sais nager pour ne pas me noyer
je peux rouler un peu en vélo
je sais conduire vite
je sais tricoter pour me vêtir
je sais faire de la dentelle qui ne sert à rien
je sais emballer des cadeaux
je sais faire des noeuds papillons
je sais faire des collages
je sais scier du bois et des fois couper du métal
je sais visser avec un tournevis et avec une drill
je sais me servir d'une crow bar autrement que pour tuer
je sais partir un feu dans l'âtre
je sais hacher du petit bois
je sais couper des légumes et de la viande
je sais sabler et vernir des planchers
je me sers d'une scie ronde d'un banc de scie
et de tous les appareils à main
sauf une chain saw qui m'horripile encore
je sais lire et écrire
je sais compter avec ou sans calculatrice financière
je sais peut-être patiner
je sais crocheter pour me mettre la corde au cou
je sais convertir des miles en kilomètres
je sais faire de la soupe
je sais me servir de la colle à bois qui n'est pas bonne à sniffer
je sais relier un livre avec du fil
je sais recoudre tous les boutons du monde
je sais nettoyer une salle de bain à la brosse à dents
je sais tirer des joints même s'ils sont moches
je sais rôtir un poulet
je sais pêcher de la truite mais pas tant jouer avec l'appât
je sais faire fructifier des sous
je sais ouvrir des douzaines d'huîtres dans une soirée

mais

je ne sais pas encore

faire pousser des herbes et des légumes
plier du métal
guérir des blessures
consoler un humain
recoudre une plaie
conduire une moto pour m'esquiver
tuer un animal pour me nourrir même si
je pense devenir végétarienne pour m'en sauver
boxer pour me battre
plonger au fond des mers pour je ne sais quelle raison
me mettre du rouge à lèvres
réparer un ordinateur ou une télévision

j'ai besoin d'avoir ce kit de survie
j'ai donc besoin de savoir fabriquer
avec mes mains mon cerveau et toute ma coordination
j'ai longtemps été une technicienne mentale
puis une spécialiste
et une experte de la chose pensée
mais j'étais avant tout une créatrice
dessinant partout depuis ma tendre enfance
j'ai besoin de me savoir autarcique
de pouvoir reproduire les recettes
directement chez moi dans l'assiette
de pouvoir dessiner et coudre le vêtement
de ne plus être une consommatrice passive
mais de devenir comme ma'
qui rapièce tout son linge et celui de pa'
depuis toujours et des années
j'aimerais réparer ce qui se casse
ne pas jeter ne pas gaspiller

devenir une grande faiseuse
parce que ça me donnerait plus confiance
parce que j'aimerais mieux faire partie de la chaîne
plutôt que d'être à sa traîne.

(okay, quand tu viendras chez moi,
il n'y aura pas de set de tables en macramé,
ni de chandelier tricoté,
c'est pas là que je m'en vais, t'inquiète!)

samedi 27 mai 2017

go get it!!!



daliyah marie arana, 4 ans,
a lu 1000 livres

les envieux et moi on a quelque chose en commun
on s'haguit mutuellement des fois
ces fois-là ils me causent des émotions viscérales
comme rager contre la convoitise oisive

on a lu quelque part
dans les comportements de ceux qui évoluent
qu'ils n'envient jamais leur entourage
mais qu'ils les supportent et les félicitent
ceux qui mènent la parade tirent et inspirent les autres
puis chacun leur tour
ils se dépassent mutuellement
comme un peloton de cyclistes

personne n'est source de jalousie ou de mépris

we don't make decisions based on money
we make decisions based on what's good for us
c'est steve wozniak qui l'a dit vendredi matin
alors qu'il parlait longuement d'innovation
et du fait que ce n'était jamais le côté économique
qui orientait le changement en matière de créativité
mais bien un meilleur résultat attendu

l'argent est toujours un mauvais guide
l'argent n'est qu'un moyen

de mes quatre cent vingt-cinq amis facebook
personne n'a le droit de m'envier
ni de me mépriser
aucune d'entre elles ne fait partie
de populations marginalisées
handicapées physiquement ou mentalement
et n'ayant pas accès à l'éducation publique au québec

je prends des décisions
et me booke des activités et un chemin de vie
non en fonction de combien ça coûte
mais en fonction de ce que je veux faire
et c'est ainsi que j'ai toujours vécu
un peu au-dessus de mes moyens
je me suis toujours tenue avec des gens meilleurs que moi
simplement guidée par ce que ma vie veut être
voir et aller un peu plus loin
évoluer

payer de ma poche une conférence de trois jours
n'est rien d'enviable
je le fais parce que j'ai envie d'être là
parce que ça m'apporte quelque chose
dans mon coeur et mon esprit
c'est autant d'argent que j'ai généré en travaillant
et que j'ai mis de côté comme en l'an deux mil
quand j'ai emmené mes ti-loups à walt disney
c'était des dollars durs à ramasser
mais qui en valaient tellement la peine
aujourd'hui mes intérêts sont ailleurs
je me prive des plaisirs parentaux
et je stimule mon coeur et mon esprit autrement
l'argent n'en est pas moins dur à ramasser

il ne faut pas non plus envier
des participants invités à ces événements
il faut faire la juste part et se rappeler
que s'ils sont invités et pas nous
c'est qu'ils la font la job pour se trouver là
ils y vont aux cinq-à-sept qu'on abhorre
ils les font les contacts
consacrent leurs énergies à réseauter
font une job importante
choisissent des fournisseurs avec qui transiger
et des fois on leur dit merci
on les invite à une conférence
même si on a l'impression
qu'ils y sont moins à leur place
qu'on y serait
ça c'est présomptueux
ils sont à leur place justement

lorsque j'ai connu c2mtl pour la première fois
je travaillais pour une petite banque
qui avait décidé d'être le partenaire
de leurs premières éditions
et des fois on avait des billets pour assister
à une ou une autre séance de la conférence
en autant qu'on y invitait deux ou trois clients importants
je n'ai jamais réussi à me qualifier
pour y assister à ce titre-là
et les présidents de nos entreprises clientes
ne connaissaient pas la conférence
et n'avaient aucun temps à consacrer
à aller y voir de plus près
ni même envie d'aller y entendre
sir richard branson

alors en deux mil seize
n'étant plus à l'emploi de cette banque
je me suis dit que si je voulais y aller un jour
je devais m'arranger moi-même pour y aller
combien ça coûte
c'est quand
trouver le tarif le moins cher
mettre des sous de côté
prendre une semaine de vacances à mes frais
bang je le fais
je n'ai jamais regretté cette liberté
de prendre les moyens pour vivre à ma guise

il ne faut jamais envier
you want there
you go there

quand j'accompagne des clients
et qu'on discute de plan d'affaires
je leur dis toujours d'enlever la contrainte de l'argent
s'il n'y en avait pas
que ferais-tu
quelle serait ta vision idéale
quel serait ton rêve
astheure
comment fait-on pour y arriver

on va trouver les moyens
si tu as envie d'y aller

si tu as envie d'y aller
si tu as envie d'y aller

aujourd'hui je ne gagne pas de sous
mais je réalise un rêve
j'étudie à temps plein
si je ne pensais qu'à l'argent
je retournerais faire du neuf à cinq
sur le marché du travail

mais comme je n'ai qu'une vie
j'essaye de faire ce qui est plus important pour moi
en ce moment
de suivre ce que mes viscères m'indiquent
avec tous les sacrifices que mon choix comporte

quand je regarde les autres autour de moi
je ne les envie pas
quand ils font des trucs trippants qui m'interpellent
je ne suis pas jalouse
je m'écrie plutôt
comme la petite daliyah marie arana

oh my gosh!!! i can do that!!!


pour la magie de daliyah, voyez-la s'écrier ici.

samedi 20 mai 2017

désir collectif


lucie, sa tuque vcmdlm, et son sourire,
malgré la situation alarmante
d'une inondation de sa maison à oka

en mars deux mil huit
il y avait une tempête de neige
et les voisins de la rue de normanville
s'aidaient les uns les autres
pour déblayer et déprendre leurs autos respectives
des fabuleux bancs de neige
j'avais écrit un billet à ce moment
qui parlait de solidarité

du cinq au quinze mai deux mil dix-sept
notre chumette lucie et son amoureux rené
ont tenté de se défendre de mère nature
qui a largué de l'eau en grande quantité
et fait monter le niveau du lac des deux-montagnes
au-dessus du solage de leur maison
comme de nombreux résidents riverains
ils se sont battus jours et nuits
pour ne pas abandonner leur maison
à une imminente et désastreuse inondation

lucie a rapidement appelé à l'aide
et de façon très pragmatique
donné toutes les instructions claires
pour que ceux qui pouvaient aller les aider
se sentent le plus utiles possible
elle n'émettait aucune plainte
ne demandait aucune charité
voici ce qui en est
si tu veux on a besoin de toi
elle a publié sur les réseaux sociaux
des informations pertinentes décrivant l'état des lieux
et à tout moment on pouvait savoir quand
et comment se joindre à leurs efforts

on sentait que la situation était dramatique et éreintante
mais que son espoir et sa force
luttaient contre l'abattement
et après dix longues journées
alors que le niveau d'eau baissait
ainsi que le danger d'inondation
une des premières choses que lucie a faite
fut de remercier tout le monde
et publier de nombreuses photos
de tous ceux qui les ont aidés
ont passé des nuits blanches
avec des prénoms et des visages
des fonctions et des provenances
bref elle a exprimé sa grande gratitude

lucie a même mentionné
qu'elle avait le sourire aux lèvres
en repensant à tous ces efforts déployés
et c'est ça qui m'a rappelé
ce grand sentiment du coup de foudre collectif
que l'on ressent
lorsqu'on fait ensemble des choses utiles et significatives

je lis justement actuellement
l'essai de catherine dorion
intitulé les luttes fécondes
où elle parle de ce désir si fort
existant au début d'une relation amoureuse
ainsi que lorsqu'on s'engage dans la lutte citoyenne
et qui s'éteint progressivement
alors que l'organisation s'installe et se sclérose

quand je pense à lucie
je pense aux amis avec qui j'ai des liens très spéciaux
ceux que je vois rarement
mais avec qui j'ai fait des choses spéciales
par exemple les coureurs
du vingt-quatre heures de tremblant
que je n'ai côtoyés que l'espace d'une nuit
avec qui j'ai souffert du même effort
ou ceux avec qui j'ai participé à la corvée
pour monter la rallonge de la maison chez jacques
dans cette belle campagne ensoleillée
il n'y avait rien
puis en fin de journée
les murs étaient montés
ces gens avec qui j'ai réalisé un projet commun
avec qui j'ai intensément vécu
mes souvenirs d'eux se limitent à ces moments-là
ils ne se diluent pas dans le quotidien
dans la déception ou les chichis
ils restent ancrés dans ces moments de lumière
toujours incandescents

je pense que réside là
l'attrait de l'action collective
ce besoin de faire ensemble
quelque chose d'inouï
je suis du genre
à vouloir faire collectivement
pour pouvoir partager l'effort et la réussite
faire dans l'ombre est bien entendu valable
mais beaucoup plus difficile
il ne tient qu'à la force intrinsèque
alors que le mouvement collectif soulève
déploie et décuple la motivation

pensons au printemps érable
ce fabuleux mouvement
qui a fait descendre des milliers en liesse
dans les rues du québec

il est impossible d'encapsuler cette énergie

et même si elles sont momentanées
ces étincelles de groupe
nous font vibrer
les organismes caritatifs l'ont bien compris
et exploitent chez nous ce désir de faire grand
et nous les faisons tous ces beaux défis
le scotia le grand défi pierre lavoie
les constructions d'école pour habitat pour l'humanité
et tutti quanti
ils réussissent à nous faire vivre cette expérience
à satisfaire notre besoin de réalisation
à allumer notre soif de passion
notre envie de nous donner à fond

bravo encore à la belle lucie
pour avoir alimenté la flamme
et été une guerrière noble
une capitaine rassembleuse
et pleine de gratitude

de loin tu m'as fait vivre de beaux moments
et transformé un drame en quasi conte de fées.

les remerciements et photos de lucie ici
avant la deuxième partie de la corvée
de ménage de poches de sable
le lien vers les luttes fécondes ici.

samedi 13 mai 2017

#lesgens


(revisiter zola)

j'haguis les gens qui
pis ceux qui
et encore ceux-là

je me souviens il y a quelques mois
sinon il y a un an ou deux
que crispi avait publié la photo d'une dame connue
qui disait n'avoir plus de patience ni de tolérance
pour certaines personnes
je pense qu'il s'agissait de meryl streep

il y a en effet des gens
qui me tapent sur les nerfs
enfin pas des personnes telles quelles
mais lorsqu'elles disent ça ou encore ça
ou lorsqu'elles se comportent de certaines manières

tu sais
avoir des mauvaises habitudes
être négative
chiâler
rire des autres
vouloir avoir raison
être dogmatique et fermée
ne pas prendre le temps d'analyser
ne pas se mettre à la place des autres
avoir des préjugés
faire une mauvaise blague
avoir la chienne
dire non
dire oui puis dire non
s'excuser sans le penser
se trouver des excuses
être paresseuse
être trop enthousiaste
être désorganisée
être dépassée
être fataliste
être pessimiste
envier les autres
être au-dessus de tout cela
mettre tout sur le compte de la ménopause
blâmer tout et rien
en vouloir à la température
en vouloir à l'hypothèque
vouloir tout contrôler
ne rien réaliser
se plaindre de la solitude
dire oui mais

ça ces trucs-là
ça me lève la peau
ça me fait fuir à toute vitesse

quand j'y pense avec recul
je sais bien que c'est parce que
je me vois toujours un peu là-dedans
ce sont toutes des faiblesses que j'ai
et qui risquent de m'envahir insidieusement
si je ne porte pas attention quotidiennement
si je ne suis pas vigilante
si je lâche la garde
de vouloir être gentille et ouverte
et on n'a pas toujours l'énergie de devenir meilleure
mais c'est pourtant ce qu'on doit faire
du moins en société

parce que sincèrement
quand je vois ces trucs chez les autres
j'ai peur de devenir ça

une vieille crisse aigrie.

samedi 6 mai 2017

transformation mentale



hier matin je suis retournée me coucher
après un réveil matinal
pour me relever quelques heures plus tard
dans une humeur totalement paresseuse
avant de sortir du lit
je furetais sur les réseaux sociaux
et me suis attardée à comprendre
le changement qu'avait entrepris
une de mes connaissances sur facebook

depuis décembre
elle semble travailler sur une transformation physique
qui allie un régime alimentaire spécial
à un entraînement physique intense
après cinq mois
sa silhouette a complètement changé
elle a possiblement perdu du poids
et musclé certaines parties de son corps
à la fin du mois elle portera des talons hauts
se fera bronzer la peau
et participera à un concours de fitness
je ne sais pas ce que cela implique
je ne connais rien là-dedans

ce qui m'interpelle
c'est cette transformation
ce total makeover
qui est possible en si peu de temps
perdre du poids
redevenir cut

vous avez l'impression
que je suis obsédée par mon poids ces temps-ci
et vous avez un peu raison

mais en fait le poids n'est que le déclencheur
je suis occupée à ravoir une silhouette saine

le cent quarante livres sur la balance
dans le vestaire des filles au centre sportif de l'uqam
dépassait de loin ma conception de moi-même
m'a fait prendre conscience de mon corps
et m'a dit
fille tu t'es laissée aller
bien sûr il y a l'âge et les hormones
mais non c'est trop facile
heu
je n'ai jamais jamais jamais pesé cent quarante livres
même pas cent trente à ma connaissance
voyons-donc
pis je le sais ben trop que je ne me sens pas bien
dans aucun pantalon ni aucune brassière
ce n'est pas vrai que je vais commencer
à avoir un ventre plus gros que mes seins
parce que je suis à la veille d'avoir cinquante ans
et à soixante j'aurai l'air de quoi
et à soixante-dix
et à cent quatre
non mais ça va faire

je ne fais que revoir un peu mon alimentation
comprendre ce que je peux changer
pour être en meilleure santé
pas être mince
pas mourir de faim
pas devenir une femme que je ne suis pas
pimbeche ou anorexique
juste en meilleure santé
plus légère du dedans
et plus délicate à la course
parce que mon poids
il faut que je le déplace
et c'est franchement lourd vingt livres de trop

outre mon alimentation
le défi est d'intensifier mes entraînements physiques
pas de faire de l'activité physique
ça je n'y manque pas
mais de la faire rigoureusement

lorsque je regardais les transformations
de nombreuses personnes hier matin
leurs témoignages parlaient de total engagement
et maintes fois je lisais
que les femmes ou hommes ayant pris cet engagement
trouvaient que le résultat attendu valait mille fois
le mal et la souffrance que l'entraînement leur occasionnait
cette gêne de sortir de leur zone de confort
de changer leurs habitudes de vie
et de forcer autant physiquement

je peux totalement compatir
c'est dur pour moi l'effort physique

ce matin si cela a lieu malgré la pluie
je vais aller à mon entraînement
malgré que ce soit dur et que je n'aime pas forcer
courir plus vite que mes capacités
faire des burpees et des exercices abdominaux
je déteste cela
mais je vais essayer de garder en tête
ce nouvel objectif qui me tient à coeur
et me rappeler que si j'y mets l'effort
je pourrai peut-être l'atteindre

le changement
c'est d'abord dans la tête que ça se passe
et quand l'objectif est réaliste
et que la tête travaille en harmonie avec le corps
je peux progresser.

samedi 29 avril 2017

le progrès



cette semaine
il y a eu cet excellent papier de geneviève
relatant la volonté de s'améliorer
elle y parlait du prodigieux michel
et de ses progrès à la course à pied

j'ai adoré
parce que c'est toujours impressionnant
de lire que les gens se dépassent
et aussi parce qu'avouons-le
michel n'est pas qu'un homme qui se dépasse
à la course à pied
c'est un être humain d'une énorme générosité
et d'une grande humilité

des fois quand on lit un papier comme ça
on pense à la culture de la performance
et on se dit
oui mais
de un
ce n'est pas donné à tous
de deux
on n'est pas obligé de performer dans la vie

de un
d'accord
il y a des handicapés physiques
des déficients mentaux
et des gens avec pleins de contraintes
de deux
on pense trop souvent à la performance
comme du dépassement dans des sphères
très précises
comme la carrière ou le sport
des choses qui se voient et dont on parle dans les journaux

or ce dont il est question dans le papier de geneviève
c'est simplement de la volonté de faire mieux
michel court de mieux en mieux
et de plus en plus rapidement
parce qu'il aime courir
et décide d'y investir le temps et le coeur
d'autres aiment faire des mots croisés
jouer au badminton
faire des gâteaux ou enseigner
tous veulent s'améliorer
sans qu'on ait à y dénoncer
la culture de la performance

j'ai commencé à faire des sudoku
il y a quelques semaines
parce que la prof de mon cours de compta financière avancée
avait mentionné un lien avec ce genre de problèmes
j'avais déjà essayé avant et n'avais jamais réussi
ne sachant pas la logique et la perspective à aborder
depuis quelques temps j'en ai réussi quelques-uns
et chaque fois je me dis
qu'avant je ne savais pas faire ça
et maintenant je sais

j'apprends l'italien aussi
avant je ne savais pas parler italien
maintenant je sais

et comme toute personne normale
j'ai aussi des déficiences
pleins si vous me demandez
mais on les voit moins
mais ce que je fais j'aimerais faire mieux la prochaine fois
parce que j'en suis capable

pas parce que je veux être wonderwoman
pas parce que je suis meilleure que les autres
je ne veux pas être performante
d'ailleurs il faudra aborder ce thème
qui est trop souvent péjoratif
mais ce sera pour une autre fois

je veux juste être meilleure
meilleure à cinquante ans qu'à vingt
meilleure à ma mort qu'à ma naissance
pour le progrès.

sinon quoi?

lisez le papier de geneviève.

samedi 22 avril 2017

chouchous



ils sont seize
à m'avoir fait confiance
à avoir demandé mon aide
à m'avoir confié leurs plus précieuses informations
à m'avoir écrit parlé lue écoutée
dont j'ai écrit le nom
calculé les revenus les dépenses les crédits
découvert les occupations les habitudes financières
pour qui j'ai créé des dossiers
que je tiens au chaud dans mon classeur verrouillé
et que je chéris comme la prunelle de mes yeux

ce sont mes nouveaux chouchous
ce sont mes clients

seize individus de tous âges
de toutes professions
et de toutes conditions
qui me font découvrir seize univers

il y a presqu'un an
yann m'avait dit que j'aurais du succès comme pigiste
car je savais faire tant de choses
je n'en espérais pas tant
mais je retiens souvent sa phrase
depuis la dernière année
elle me donne confiance lorsqu'il m'arrive de douter

je vous écrirai un jour un autre billet
sur l'indépendance financière
que beaucoup pensent que j'ai
et qui me permettrait de vivre mes passions
d'avoir fait le saut entre un emploi rémunéré
et les études à financer
ainsi qu'un travail autonome
je vous parlerai alors de l'indépendance
que j'ai acquise face aux choses financières
plutôt que de la possibilité d'arrêter
de générer des revenus
ce qui est totalement l'opposé de ma situation

mais elle est importante
cette indépendance
elle modèle mon esprit

car en fait des clients je n'en cherchais pas si tôt
alors que j'étais et suis encore dédiée
à la raison pour laquelle
j'ai laissé mon travail à temps plein
c'est-à-dire les études sept jours sur sept
je suis concentrée à me rapprocher de jour en jour
d'un titre professionnel que je trime dur à obtenir
d'ici deux ou trois ans
comme je l'ai dit à des amis jeudi
cette fois-ci j'aimerais bien ne pas mourir
avant de l'avoir obtenu

donc
cette indépendance
qui ne criait pas
je veux des clients
j'ai besoin d'un job
je veux des sous
elle me permet de rester cool

alors ils sont venus
un à un
parce que je n'étais pas pressée
parce que je savais ce que je faisais
et que j'avais le loisir de le faire ou de le refuser
je savais que si j'accueillais de nouveaux mandats
en février mars et avril
cela bousculerait ma session universitaire
qui se termine avec des examens
en même temps que la saison fiscale

alors j'ai mis mes limites
j'ai dit
voici ce que je sais et peux faire
et voici ce que je ne peux pas faire
avant le premier mai
et ils ont tous embarqué

et je les aime
j'ai été chanceuse
ils sont tous extras
je n'ai pas attiré de morons de malfrats de malhonnêtes
de névrosés de psychopathes de dramatiques

rien que des gens formidables

j'ai donc commencé à avoir des clients

j'ai appris en février mars et avril
qu'on ne peut développer une entreprise
que lorsqu'on croise le besoin d'un client
on ne peut pas créer une entreprise
on ne peut pas avoir cette vision mythique
si elle ne croise aucun besoin
tout reste théorique
tant qu'on n'a pas un service concret à offrir

c'est en lançant cette idée de faire les impôts
dans le bon timing
que les clients ont choisi de me faire confiance
ont décidé de changer de comptable
tu y penses
ils ont changé de comptable pour moi
en ne me connaissant pas
c'est fort une réputation
il y en a même qui ont décidé de me payer
pour faire quelque chose qu'ils faisaient eux-mêmes
et sans le vouloir
j'ai commencé de nouvelles et formidables relations
et j'ai même rentabilisé ma license de logiciel d'impôt
je me suis instruite encore davantage
alors que je n'en demandais pas tant

et oui cher ami yann
je vais avoir du succès
parce que je vais continuer à bien faire
ce que je sais faire
et surtout écouter mon coeur et mes capacités
à trimer à mon rythme
à vouloir être là
investir
bien servir
travailler avec des gens intéressants
qui triment aussi dur que moi
des clients responsables
qui payent et qui comprennent

vois-tu
je suis en lune de miel
je ne pensais pas que cela m'arriverait encore

i fully heart.


MERCI À TOUS POUR VOS COUPS DE POUCE LES BABES!!! XXX

samedi 15 avril 2017

last call



s'il y a une chose qui me rend
bête et méchante
c'est les losers

je sais
j'ai promis un certain jeudi
que j'essaierais de moins dénigrer
parce qu'au fond je ne peux pas juger des gens
qui suis-je
que sais-je d'eux

mais bon
quand il y en a vraiment trop au pied carré
je peux juste hurler ark
gang de losers

je sais
tu veux me tirer des roches
je suis une femme hautaine
tu ne me pensais pas comme ça
mais non
je suis une femme heureuse
je me tiens loin de l'échec
de la honte
de la mièvrerie

j'évolue parmi des gens positifs et équilibrés
qui font des choses
qui regardent et entendent autour d'eux
qui se lèvent le matin
qui ont des projets
des gens d'action
qui profitent de la vie

pas des gens qui se retrouvent
dans des bars miteux
tous les samedis depuis quarante ans
et qui écoutent de la bonne musique
seulement si on l'entend une fois par an
mais pas tous les samedis
alors que le deejay a le même âge qu'eux
pour leur rappeler le bon vieux temps
tu sais en mil neuf cent quatre-vingt-cinq

non la vie continue
et il faut continuer avec

pas écouter marjo milène farmer
pis niagara en boucles
pour oublier
qu'ils sont encore là
à consommer
à fuir la vie et chercher les chimères
qu'ils ont d'ailleurs déjà abandonnées
édentés d'avoir mal vécu
et sans dessein autre que de tenir une baguette de pool
et s'ils avaient pu
ils auraient la cigarette entre l'index et le majeur
dont la cendre tombe sur le tapis de billard
parce qu'ils la tiennent en même temps que la baguette
ceux-là même qui n'ont aucune conversation
ceux qui te font baisser la tête
lorsqu'ils te passent devant parce qu'ils sont tellement pleutres
parce qu'ils n'ont pas changé d'un iota
depuis deux mil huit
ceux qui portent des souliers laids et usés
et dont les visages n'ont aucun relief
les losers
tu sens mon dédain
et tu me hais d'être vile

on a récemment reparlé
d'une des plus ancienne performance
de marina abramovic datant des années soixante-dix
où elle se tenait debout pendant des heures
pendant que les spectateurs pouvaient disposer de son corps
comme ils l'entendaient
ayant à leur disposition différents objets

après un certain temps
les gens sont devenus cruels et humiliants
la blessant physiquement autant que psychologiquement
par la suite elle a marché parmi eux
et peu d'entre eux pouvaient la regarder dans les yeux
ayant honte de ce qu'ils avaient fait

je ne veux pas voir les losers
savoir que si j'étais parmi eux
je m'abaisserais à leur niveau
ça me rend méchante cruelle et inhumaine
je ne veux pas penser que si je me tenais là
je deviendrais comme eux
ils voudraient me séduire
et je n'aurais plus la force de fuir

hier nous parlions des gens malheureux
ceux qui commettent des délits honteux
parce qu'ils ont besoin d'amour
parce qu'ils veulent de l'attention
l'homme-chat en sage vénérable
disait que nous étions tous un peu comme ça
que nous l'exprimions chacun à notre façon
ce grand besoin d'amour
alors je te le dis
mieux vaut le crier haut et fort
créer des choses belles et douces
te trancher les veines sur une scène
faire de la poésie du punk militer
que de marcher la tête entre les jambes
tellement insignifiant
que tu te lèches les couilles

ne sois jamais
au grand jamais
un crisse de loser
un estique de nul
sois unique heureux malheureux
en quête de
mais sois fier
lève-toi

ressucite bonyienne
c'est pâques simonac!


samedi 8 avril 2017

écrire l'autre



le salon du livre de québec bat son plein
avant ça il y a eu des lancements
des auteurs et auteures parmi mes amis
beaucoup d'auteurs
pleins de coureurs
comme si l'un allait avec l'autre

le salon du livre du québec
ouvre également la saison de course
celle où tous à part les vikings de l'hiver
sortiront dans leurs tits kits serrés

depuis murakami
l'auteur est coureur
d'ailleurs les auteurs ne sont pas que des coureurs
ils sont des coureurs de fond
des endurants
ça prend la même discipline
est-ce complémentaire ou renforçant
je n'en sais rien

je ne possède pas la discipline
du coureur de fond
fournir un effort continu
pendant de longues heures
m'a toujours été difficile
je ne possède pas non plus
l'art d'être auteur

je parle d'écriture ce matin
car lorsque je lis tant de fabuleux romans
je me demande encore
si un jour j'en serai capable

j'ai beaucoup envie d'écrire
et je me dis tout le temps que ce sera facile
le jour où je m'y mettrai
puis quand je commence à penser à un début de
je suis à la même place
que lorsque j'ai débuté mon bac' en compta
avec tout à apprendre
à ne rien savoir

ça m'a flashé ce matin
je ne sais pas faire la fiction
je n'écris pas sur les autres
peut-être devrais-je commencer à le faire
cela me permettrait d'utiliser
le je moins souvent
et de voir évoluer des personnages

je ne sais écrire que mon journal intime
je ne sais que io i je uo

peut-être devrais-je m'astreindre à mieux courir
en réfléchissant à écrire

encore
encore travailler
j'avais cette idée romancée de l'écriture
celle du talent inné
celle de liz gilbert disant
que l'histoire passe par l'auteur
mais trouvera sa voie pour s'exprimer
et qu'il faille juste être assez sensible
pour trouver le fil

j'aimerais me faire hypnotiser
trouver le début de la bobine
le mot
elle
lui
un jour
ici
là-bas

bref tu comprends
je vais aller faire quelques devoirs
me calmer le pompon
et courir pour la fondation pour l'alphabétisation

chacun sa place dans l'univers.


samedi 1 avril 2017

entrevue



le week-end dernier je lui ai demandé
s'il pensait qu'untel était amoureux d'unetelle
ou s'ils ne faisaient que former un couple
une cellule fonctionnelle

il a trouvé ça étrange comme question
il n'avait jamais pensé à l'absence d'amour
il m'a dit qu'il pensait qu'il l'aimait
j'ai voulu me rassurer en lui demandant s'il m'aimait
il m'a répondu oui

mardi j'ai eu peur qu'il me quitte
je crois que cela ne me soit arrivé
que deux fois en seize ans
c'est trop peu

c'est angoissant quand ça arrive

j'ai eu ce guts feeling au nord de mes entrailles
toute la journée enfermée dans une tour du centre-ville
je le sentais
je ne voulais pas lui écrire
il était occupé
c'était sa fête
il avait tant besoin de liberté

hormis son anniversaire
il n'y avait rien de spécial
pas d'escarmouche
pas de malentendu
rien qui puisse mettre
un iota de nuage dans notre vie idéale

juste cette impression
qu'il voulait partir

en sortant du boulot pour aller
à notre date où il ne savait pas s'il serait présent
à cause de l'heure inconnue de son rendez-vous
avec un enième contracteur pour nos sheds
je me suis transportée cinq minutes
dans son âme et son coeur
de jeune garçon
et me suis vu fuir cette vie
cette vie calme et rangée
où tout va si vite
où l'on doit exécuter des gestes
pour ne pas lâcher
où l'on a des projets
et où l'on se repose
cette vie qui exténue
mais où l'on donne tant
parce que c'est le temps de donner
cette vie où l'on s'imagine déjà dans le futur
à south beach ou à la campagne
avec des acres de bois
du feu partout des chiens et des chats
cette vie faite de travaux
de gâteaux de vaisselle de bouffe
de vidanges à sortir
de locataires à gérer
de devoirs à faire
de voyage à booker

cette vie

s'enfuir

quitter

notre cellule fonctionnelle

j'ai eu un haut le coeur dans le métro
qui m'a humecté les yeux
en enflammant mes joues au passage
j'avais une mini peine d'amour
j'avais la chienne
j'avais une peine d'ego

s'il partait
ce serait ma faillite
mais je savais aussi que non
s'il partait
ce serait parce qu'il veut autre chose
une autre vie

et je me suis demandé
comment je pouvais l'aimer autrement
que de la façon dont je l'aime depuis seize ans
il y a pourtant tant d'amour
d'affection de respect de sollicitude entre nous
il y a de la tendresse et du bien-être
il y a du confort du rire
de la grande amitié
il y a de la passion à nos heures
c'est mon meilleur ami
c'est mon complice

comment donc l'aimer autrement

il n'est pas parti
il est venu au rendez-vous
la vie a repris son cours

comment ferais-je donc
pour que parmi toutes
il me choisisse encore
il me faut passer cette entrevue
et la passer encore
chaque jour comprendre entendre
séduire aimer émerveiller

avoir peur de perdre.

samedi 25 mars 2017

fugacité



ma vie est un embranchement
un réveil ignorant
fruit du seul hasard
fonçant vers la mort
en ne sachant pas plus
où mène l'autre route

ma vie n'est pas bataille
elle est une suite de gestes
des rituels insensés
qui escamotent la beauté

ma vie est aveugle
elle a si peu de temps
pour attraper l'essence
les effluves organiques
l'héritage
la civilisation
la science
la technologie
la littérature
l'art
l'architecture
et la mathématique

ma vie ne sait pas où aller
elle sait seulement avancer
avec des indications abstraites
une voix qui lui parle
d'abysalles entrailles

ma vie ne sait rien des autres
elle est un peu superflue
elle ne se lie ni aux fleurs
ni aux parfums de celles-ci
quand par hasard elle s'arrête
pour contempler ses semblables
ma vie sourit mais sans savoir

elle n'a pas d'existence
elle est diaphane
elle va disparaître
sans grand souci ni dégât

ma vie passe
elle est sans conséquence
rien ne sert donc de l'alourdir
avec de graves importances.


samedi 18 mars 2017

la ferme



je me demande ce qu'être fermé le samedi
a en commun avec la ferme
d'ailleurs il n'y a pas de lion à la ferme
il faudrait que je fouille dans antidote
ou wikipedia y a-t-il encore un larousse
je veux dire en ligne tu sais
qui m'expliquerait l'étymologie
du verbe fermer

il n'était pas question de fermer ce matin
sous prétexte de me lever tard
ou de manquer de choses à dire

j'ai une certaine fierté à tenir ce blogue
et à y pointer régulièrement
comme à la ferme où tout est orchestré
comme un ballet russe
malgré les aléas de la nature
mais réglé quand même au quart de tour
à la technique pomodoro

donc pas question de fermer ce matin
loin d'être une obligation une cassure
le fait de coucher dans l'univers une centaine de mots
pendant une heure le matin
est plutôt une hygiène de vie
une façon de tisser des liens
là où on n'en verrait pas normalement
le fait de tracer un sentier
dans le champ allant de l'étable à l'écurie
juste du fait d'avoir mis le pied
dans une mare bouetteuse

il faut y être
just show up qu'ils disent
ensuite on verra

il y a toujours au hasard de l'action
un embranchement
comme les très beaux de pierre-léon
ceux qui nous sont encore inconnus
une chatte qui accouche dans l'étable
des oeufs chaudement pondus
ou de la sève qui coule

la ferme
non
on ne la ferme pas
pourquoi donc
plutôt que d'être béant à la vie
à la nouveauté et aux pensées modernes
qui ne sont pas nécessairement enrichissantes
mais toujours symptomatiques
de l'air du temps
lécher son index et le lever
sentir le zeitgeist
puis le tremper dans la crème

j'ai essayé d'être ouverte hier soir
et d'apprendre les nouveaux mots
que les convives prononçaient
lorsqu'ils m'expliquaient l'existence
de groupes auxquels appartenaient
des gens qui prenaient des positions plutôt radicales
mais je ne me souviens même pas des termes utilisés
j'étais un peu fascinée mais plutôt fatiguée
j'ai décidé que je m'y fermais
et qu'il n'y avait là pour moi aucun intérêt
rien qui vaille de mon temps chronométré
ni même errant
rien qui puisse me faire évoluer
pour les cinquante années qu'il me reste à pointer
du coup je me suis sentie vieille
comme quelqu'un qui s'était fermé
et qui à défaut de savoir ce qui se passait
s'était retranché dans ses convictions
et qui serait rapidement dépassé

je me suis dit que ces phénomènes
étaient marginaux et si spécifiques
qu'ils ne valaient pas la peine
qu'on ne peut pas tout savoir
mais voilà le hasard ne les a pas mis sur ma route pour rien
il faudra que j'en comprenne un peu plus
des gens vont naître et vont mourir
et pas juste naturellement
il y a beaucoup de haine ces temps-ci
on disait que les réseaux sociaux la nourrit bien

la vie suit son cours
mais prend des fois des chemins un peu sombres
dans l'univers des humains
elle leur fait dire des choses cruelles
penser des aberrations qui divisent plutôt qu'unissent
il faut savoir que ça existe
comprendre même superficiellement
ne pas rester fermé à ces réalités
mais pas que

il faut aussi continuer à vivre
en restant connecté
avec le plus profond de soi
ce qui est biologique
et spirituel
pas ésotérique
mais spirituel dans l'essence de nos vies

au moins les moutons les brebis les cochons
et autres trucs qui groinent
les plumés qui piaillent
ils ne racontent pas la haine
ce n'est pas à eux que l'on crierait
la ferme!

samedi 11 mars 2017

femina


polly jean harvey

je suis une fille je suis une femme
j'ai peigné pleuré peiné
me suis parfumée
j'ai séduit j'ai enfanté
j'ai nourri j'ai aimé
j'ai travaillé
j'ai jardiné décoré enjolivé
j'ai illuminé et donné

je suis une fille je suis une femme

depuis toujours j'ai évolué
parmi les filles et les garçons
les femmes et les hommes
dans la lumière et non dans l'ombre
dans une vie ouverte et bienveillante
avec le port altier
et la dégaine d'une rock star

je n'ai jamais souffert de mon sexe
les hommes ne m'ont jamais intimidée
ni écrasée ni violée
je n'ai donc jamais senti le besoin
de me battre pour faire valoir mes droits
ne me sentant pas diminuée
par rapport à eux

je dirais même que j'ai passé
une grande partie de ma vie
sans avoir grande conscience
de la condition féminine dans la société
proche moyenne ou lointaine

jusqu'a récemment
j'ai pensé que le combat féministe
était un combat ancien
très digne d'avoir été mené
de la même nature que les soldats canadiens
avaient donné lors de la deuxième guerre
un combat du passé envers lequel
j'étais reconnaissante

l'air ambiant me dit qu'il en est autrement
que plus je m'intéresse aux autres
plus je comprends que la majorité
n'est pas aussi privilégiée
qu'il y a de la violence et de la hargne
qu'il y a d'importants clivages
et j'haguis les positions sectaires
les retranchements sociaux

en mûrissant avec les années
je sais que mon être intérieur refait surface
je comprends que la vie a un sens
je le sens dans mes tripes
les parties profondes de mon identité
être une fille être une femme
être chinoise être mère
être une artiste être travaillante
se manifestent et veulent se camper
je ressens le besoin de définir ces identités
de les comprendre et les appréhender
d'une manière universelle

peut-être parce que je suis rendue là
j'ai reçu
je redonne

mais je ne vais pas crier
ce n'est plus le temps de crier pour moi
c'est le temps de faire du bien
parce que les femmes font le bien.


samedi 4 mars 2017

dossier complet



je veux me faire exorciser
le gène de l'abandon
celui qui me fait mourir en plein coeur de l'action

mais en douceur siouplait
avec effluves de lavande
et sans que je reste poignée
sur le sillon du disque où ça fait mal
où c'est douloureux
où je découvre un morceau de moi
qui soit vraiment honteux
et que je veuille abandonner
mes cinquante prochaines années

je ne voudrais pas non plus me faire soigner
et devenir demain une superachiever
qui ne pense qu'à tout terminer
et à gagner à n'importe quel prix
qui ne dort plus et devient ultracompétitive

le gène de l'abandon
oui celui qui vient me chercher
chaque fois que l'effort me coûte un peu plus cher
celui qui me fait révolter dès que je n'aime plus ça
celui qui me fait arrêter de courir en plein entraînement
des fois même en pleine course
la voix qui me dit d'abandonnner les études en beaux-arts
parce que je ne serais pas aussi bonne
que ceux qui m'entourent

vous savez ce dont je parle
vous l'avez lu dans le portrait de châtelaine
qui se termine sur ce fameux trait de caractère

celui qui permet de mettre en relief un regret
ce à quoi j'ai renoncé

quand je cours
ce gène de l'abandon me défie
je ne comprends pas pourquoi je n'arrive pas à le vaincre
d'où il vient et pourquoi il est en moi
il me cause un trouble de l'opposition
me met en colère contre tout encouragement
ne reviens pas en arrière me chercher avec une tape sur l'épaule
je vais t'envoyer promener même si tu as les meilleures intentions
si j'en ai envie je vais abandonner
et du coup la seule issue possible est l'abdication
la carotte n'est pas assez grosse
pour l'effort que cela me demande
il n'y a aucune conséquence négative
je n'ai pas de gun s'a tempe
alors je choisis souvent l'alternative
de fuir de partir de faire autre chose
plutôt que de me forcer et de terminer

je finis quand même plein de choses
et pas juste mes assiettes
mais je n'ai pas un parcours parfait
et même si ces abandons ne me dérangent pas
dans l'ensemble de ma vie
j'haguis m'avouer faible
et j'aimerais franchement
être capable de courir et de me dépasser
sans me rappeler tout le temps
que je suis une lâcheuse

sans me remémorer ces dossiers incomplets
mon bac en beaux-arts
mon permis de moto
les deux années à faire plein d'argent
pour l'entreprise ontarienne
mon triathlon mon demi au scotia deux mil seize

j'aimerais me débarasser de ce caractère infantile
du ça me tente plus de jouer
j'abandonne
je donne ma langue au chat
je vaux mieux que ça

je veux faire un rebirth
et comprendre pourquoi je suis si douillette
et que si tu me pousses le moindrement
je veuille te tuer
pourquoi comme la chatte dont on tire la queue
je deviens méchante
c'est pas fin ni pour moi ni pour mon entourage

je ne suis pas de nature à l'introspection
et à fouiller en dedans
comme tout le monde j'ai mes bébites
et je ne tiens pas à les remuer
je fonctionne très bien dans l'action
et suis mentalement équilibrée

mais ça me ferait du bien
parce que ces temps-ci
ces unfinished qui m'envahissent
m'emplissent d'urgence de colère et d'aigreur
pis dieu sait que ma vie n'a pas ce loisir-là.


samedi 25 février 2017

chérir



quand tu viens chez nous
c'est beau
c'est pas laid
c'est pas anodin
c'est beau
c'est pas le tapis
c'est pas la lampe
c'est pas le foyer
tu ne sais pas ce que c'est
mais c'est beau

c'est beau parce que j'ai décidé
que c'était beau
que la laideur n'existait pas
que les détails se pouvaient
et que l'ensemble doit être aimé

un de mes anciens amoureux me disait
que lorsqu'on a le choix
on devait choisir la beauté
plutôt que la laideur

entièrement d'accord
c'était dans mes cordes

je ne supporte pas la laideur
à vrai dire je ne la vois pas
c'est pour ça que tu aimes ça chez nous
les accidents de réno
de peinture de cadrage
de niveau
ils sont beaux chez nous
parce qu'ils côtoient le reste
ils fréquentent les objets choisis et chéris
parce que tout est aimé

tu te sens bien quand tu viens chez nous
quand tu manges ma soupe
ou que tu portes mon hoodie
dans le sous-sol lorsqu'il fait déjà frais l'automne
parce que c'est naturel
c'est comme l'homme comme le chat
comme le couteau de cuisine
comme le poulet au four
comme le lion décrissé en avant
comme les feuilles mortes pas ramassées
comme le gazon jauni
comme les cheveux qui trainent par terre
dans la salle de bain
comme les taches sur le miroir pas toujours astiqué
ça baigne dans une aura de volupté

tu aimes ça chez nous
parce que je m'y sens bien
parce que nous y occupons l'espace
nous le meublons des pensées que nous aimons
des livres que nous avons lus
des toiles que nous avons regardées
des images qui nous sont offertes
des cadeaux qui nous sont donnés

tous les jours mon regard s'arrête et aime

rien n'est drabe ni laid
les lustres qui ne portent pas le bon doré
aux deux tons qui jurent dans la salle à manger
je les dépoussière les astique
et je finis par les aimer
comme des oeuvres abandonnées
qui ont le droit d'exister
chez nous

chaque détail reçoit ma contemplation
partout
depuis toujours

la lumière tricolore au coin de la rue
la pente du trottoir
les affiches et les graffitis aléatoires
les traces que mes pieds font dans la neige
les allées d'épicerie trop éclairées du marché chinois
le parquet presque luisant de notre corridor
les planches de chêne mal clouées au rez-de-chaussée
le cercle de peinture écaillée au plafond
les dessins et sérigraphies des fils
les cadres aux fils d'or
les dizaines de miroirs
ramassés sur les trottoirs de la ville

je trouve belles les poignées d'armoires
autant que les cuillers et les fourchettes
les tasses écorchées
et les vieilles bouilloires
je bichonne les objets
je les lave les astique les utilise
comme je contemple les fenêtres des appartements
de l'autre côté de la rue

j'aime quand la laideur se présente
le trash le rock l'incohérence
ils me font visite de temps à autre
et cherchent leur place dans l'univers
qu'ils finissent toujours par adopter
et où ils aiment se lover.

samedi 18 février 2017

interprétation libre




ah oui johanne j'aimerais bien
avoir la tête pleine d'idées et de mots
à vous livrer sur papier velin
chaque samedi matin

des fois j'ai l'impression d'avoir fait
cent mille fois
le tour de la question

je vous prends donc un peu d'inspiration
pour ma matinale interprétation

je crois nathalie que les chiffres sont importants
surtout lorsqu'on oublie de convertir
des degrés celsius en farenheit
car on risque d'essuyer un fâcheux échec
en exécutant une recette pour le gâteau sous la cloche
et de se retrouver avec une pâte molle
alors qu'on tente d'élever une meringue

un jour j'écrirai que j'aime les chiffres
ils traduisent dans un même langage
tant de réalités différentes
des concepts abstraits
que nous ne pourrions autrement
comparer mesurer ou relativiser

j'aime les chiffres
mais dans l'inspiration
j'aime bien entendu mieux la tarte au citron
carinne je ne l'ai pas encore mise au menu
alors que j'opterai lundi pour un marbré classique
vous savez ce genre de gâteau facile
qui m'évitera un autre cuisant
et je ne le répéterai pas deux fois
ce mot débutant par un e par un é même dirais-je
que sophie m'a hasardeusement déniché
car tellement j'abhore faillir

mais je ferai plaisir bien entendu
à ma princesse comète blonde
qui me suggère de vous chanter recette
qui comptera des chiffres
cependant ici en lettres

la recette donc
de la tarte au citron meringuée

comme il faut la réfrigérer
de sept à huit heures
ne la préparez pas à la dernière minute
mais plutôt la veille
surtout si vous recevez votre amant pour son anniversaire
dans lequel cas vous serez pris à baiser en cuisinant
parce que ce ne sera jamais prêt à temps

ok je vous ai perdu
revenez donc à la tarte au citron

merci

en bon élève vous serez outillé
d'un plat à tarte de neuf pouces de diamètres
d'un four chauffant en degrés farenheit ou en celsius
en autant que vous ayez une tête pour choisir
un réfrigérateur pour tout refroidir
un batteur électrique et un fouet manuel
quelques cul de poules
des tasses à mesurer à profusion
des cuillères de toutes tailles
de la fougue et de la bonne humeur
et des lunettes de lecture pour si

la croûte nécessitera
une tasse de farine
trois cuillères à soupe de sucre
une pincée de poudre à pâte
six cuillères à soupe de beurre froid coupé en dés
et un oeuf

il vous faudra réchauffer le four à quatre cent degrés
vous devinez que ce ne sont pas des celsius
ce seront donc des farenheit

mélangez au robot ou avec ce qu'il faut
tous les ingrédients secs puis ajoutez le beurre
et mélangez jusquà ce que la texture soit sablonneuse
mais pas bitumineuse
ajoutez l'oeuf pondu par la poule
et mélangez jusqu'à
ce que votre pâte soit granuleuse
prenez un temps d'arrêt et admirez
votre travail

sortez votre plat à tarte
que vous n'aurez pas besoin de beurrer
car devinez quoi
votre pâte contient assez de gras
pressez-la de vos doigts dans le fond
et sur les bords du moule
enfournez cette coquille pour vingt-deux minutes
soyons précis de grâce
et sur la grille du milieu pardieu
jusqu'à ce que la croûte soit dorée

en sortant la croûte du four
baissez la température à trois cent cinquante degrés
de la même race
pour tantôt vous verrez

comme il s'agit d'une tarte au citron
vous allez créer une garniture au citron en utilisant
une tasse et quart de sucre
un quart de tasse de fécule de maïs
quatre jaunes d'oeufs
gardez vos blancs pour la meringue qui suivra
le zeste râpé de deux citrons
le jus pressé de quatre citrons ce qui en fera trois quarts de tasse
une tasse et quart d'eau
deux cuillères à soupe de beurre

dans une casserole hors du feu
mélangez le sucre et la fécule de maïs
à l'aide d'un fouet incorporez-y les jaunes d'oeufs
puis le zeste et le jus de citron
ajoutez l'eau et portez à ébullition
laissez mijoter environ une minute
vous devinez que cela épaissira
un quart de tasse de fécule de maïs ma foi
retirez du feu
recouvrez-en la croûte de tarte
puis recouvrez la garniture de papier cellophane
et trouvez une place au frigo pour la laisser tiédir
à cette étape prenez réellement le temps
de faire une belle place au frigo
car votre tarte y passera tantôt
un plutôt long séjour
faites ça comme il faut please

vous entamerez la meringue suisse
pour décorer le tout
et vous fabriquerez cela avec
quatre blancs d'oeufs ceux pondus par la poule
dont vous avez déjà battu les jaunes en garniture au citron
dans l'étape précédente mais revenez ici
trois cuillères à soupe d'eau
une cuillère à thé de fécule de maïs
et trois quarts de tasse de sucre

dans le bain-marie d'eau frémissante
mélangez l'eau et la fécule de maïs
et cuisez jusqu'à épaississement
en remuant gaiement du fouet
retirez du bain-marie pour incorporer
les blancs d'oeufs et le sucre
puis rechauffez le mélange doucement
pour dissoudre le sucre
pendant environ une autre minute
à ce stade-ci je vous mets au défi
de voir sans vos lunettes si le sucre est bien dissout
retirez le bol du feu
et battez au fouet électrique
jusqu'à l'obtention de pics semi fermes
ne les comptez pas
les chiffres ne sont pas ici le sujet chère francine
il n'y a pas d'autre sujet que de regarder
toucher et sentir si les pics de la meringue sont semi fermes

faites-vous plaisir en recouvrant la tarte
du mélange meringué
puis enfournez à nouveau
à trois cent cinquante degrés farenheit
pour quinze minutes
jusqu'à ce que la meringue soit bien dorée

rappelez-vous que dans cette recette
la pâte doit être dorée
la meringue doit l'être également
mais la garniture au citron
sera quant à elle jaune bien jaune
même si vous ne la verrez la prochaine fois
que lorsque vous trancherez votre première tranche
mais jamais au grand jamais
sans avoir préalablement réfrigéré votre tarte
plusieurs heures qu'il faudra bien compter
car il en faudra de sept à huit
dans cette jolie place que vous lui avez préparée
au frigo entre le céleri ramolli
et la pinte de lait vide

je pense que vous avez terminé
mais si vous n'avez pas encore commencé
et que les nombres épelés vous irritent
je vous offre la recette du grand ricardo
rédigée avec expertise pour une exécution sans faille ici
pour les compteux que vous ne savez pas que vous êtes.


samedi 11 février 2017

les gâteaux de l'étudiante



je ne deviendrai pas pâtissière
ni boulangère
ça ne fait partie d'aucun de mes plans
ni de proche ni de loin
je fais des gâteaux pour me nourrir
et pour fabriquer quelque chose de mes mains

en décembre dernier
j'ai confectionné des biscuits pour les fêtes
et j'ai retrouvé le plaisir
de battre les jaunes d'oeuf
avec le sucre blanc
de passer ma main dans un bol de farine
d'y jeter sel et poudre à pâte
de moudre des amandes des pistaches
de faire fondre le chocolat au bain-marie
de jouer avec ma spatule
mon rouleau à pâte
et mon papier parchemin

je m'étais mis en tête
de cuisiner chaque soir de semaine dès janvier
ce que je réussis assez bien
à quelques exceptions près
en rédigeant un menu le dimanche
et faisant mon épicerie
le lundi après-midi

j'aime fabriquer ce que je manque
et les gâteaux du déjeuner sont exactement ça
chaque matin sous la cloche
j'ai quelque chose de délicieux à mettre en bouche
et c'est moi qui l'ai fait
c'est pour ça que je fais des gâteaux

je ne cherche pas le défi de la pâtisserie
un type de truc plutôt qu'un autre
je pense à ce que j'ai envie de manger
je trouve quelque chose sur google
et j'essaye de le fabriquer

ce qui est fantastique avec la cuisine
incluant les biscuits et les gâteaux
c'est la possibilité de créer quelque chose rapidement
passer de rien à quelque chose
je veux dire
c'est pas mal plus simple
de faire un pain au bananes
que de construire une maison disons
ou fabriquer un flo pendant neuf mois
j'ai besoin de ça régulièrement
un résultat matérialisé
qui diffère des résultats numériques
figurant à mes relevés de notes

des fois la pâtisserie c'est ardu
comme ce dernier croquant de cette semaine
qui m'a pris deux heures à confectionner
dont j'ai réussi toutes les meringues et les génoises
mais dont la crème au beurre au café m'a fait suer
sinon je manque rarement une recette de gâteau
ou de biscuits

j'ai constaté que j'aimais faire de la pâtisserie
car je suis une bonne élève
lorsqu'une recette est bien écrite
je la suis
simplement
une étape à la fois
c'est difficile à rater
mais il ne faut pas la contester
et partir avec sa propre initiative
des fois mon esprit de leadership
voudra la comprendre au complet
en la lisant maintes et maintes fois
et la validant avec l'image du résultat final
avant d'en entamenr le processus
des fois les recettes sont juste mal écrites
n'étant pas du tout chronologiques
même lorsque publiées par la brillante maison ricardo

sinon c'est simple
c'est un repos de mon esprit que j'adore
le lundi après-midi
tous mes neurones sont concentrés à la tâche
comme lorsque je fais du yoga
je ne pense à rien d'autre
que les gestes que j'accomplis minutieusement
sans savoir d'avance ceux qui suivront

bref je fais de la pâtisserie
pour me reposer
pour créer une chose qui dure quelques jours
que je peux voir sentir toucher
pour manger bon dans 'yieule
et pour publier de belles photos sur instagram

tadam.


samedi 4 février 2017

souriez vous êtes filmé



je me suis emportée
samedi dernier
en disant que les humains
étaient un peu niais
ne pensant pas pour le mieux de l'humanité

et pourtant
en bons animaux que nous sommes
nous n'avons plus de prédateurs
pour nous courir après
nous n'avons plus que nous-mêmes
pour nous reproduire
ad infinitum
dans le même univers
de ressources limitées
comme des matous en danger
nous défendons notre cour
notre territoire
notre descendance
nos possessions

mais nous avons un peu plus de cruauté
que toute autre espèce
pour anéantir notre compétition
et nous approprier toutes les ressources

mais n'allez pas croire
que je n'aime pas les humains
loin de là
je les adore
j'adore cette race

happy happy me

vous me direz que je suis née sous une bonne étoile
sous un ciel ensoleillé
et vous aurez raison

à l'âge de vingt ans
vous auriez plutot dit
que j'étais une fille d'intempéries
mais depuis l'âge adulte
je suis devenue très sage et calme
à cause de tous ces humains qui m'entourent
et qui n'ont jamais à mon égard
fait preuve d'animosité

happy happy me

donc
mon bonheur passe par les humains
pas juste les nombreux
les centaines que je fréquente avec bonheur
gourmandise et curiosité
sur les réseaux sociaux
qu'ils me connaissent ou non

mais surtout et de plus en plus
par les humains en chair et en os
ceux que l'on prend dans nos bras
à deux semaines ou soixante-douze ans
les humains dont les yeux s'illuminent
et dont la bouche se décore de dents blanches
dès qu'on place entre eux et soi
la copie du travail à faire en classe
dès qu'on leur dit bonjour
dès qu'on leur sourit dans le métro
dès qu'on les aide à monter la poussette dans les marches
dès qu'on leur dit merci
dès qu'on les appelle en levant la main
dès qu'on répond à leur question
dès qu'on enlève son manteau du siège à côté
dès qu'on leur cède sa place ou qu'on se tasse un peu
dès qu'on leur offre un café
dès qu'on prend un exemplaire de leur journal
dès qu'on s'intéresse à eux
dont on témoigne l'existence

ces humains-là
je les veux de plus en plus dans ma vie
j'en veux un par jour
au moins
car il apporte tant de lumière
encore plus que toute la lumière
autour de laquelle nous tournons tout ignescents
cet humain qui est reconnaissant
il apporte la lumière de la gratitude
la chaleur dans le coeur
la connexion
le synchronisme à la vie
le sentiment
l'amour
l'amitié

un sourire
souriez-moi
prenez-moi dans vos bras.

samedi 28 janvier 2017

ce cerveau prétentieux



les abeilles ont-elles du plaisir
des orgasmes une piscine creusée
un château de la loire
trois semaines de vacances
sur le bord de la méditérannée

les abeilles ont-elles des droits
des devoirs et des obligations
ou sont-elles strictement programmées
par leur code génétique
dictant leurs faits et gestes
dans le seul but de se nourrir
nourrir leur reine et ses rejetons
pour perpétuer l'espèce
quitte à mourir en cent vingt jours

pourquoi sommes-nous si différents
parce que nous vivons soixante-dix ans
plutôt qu'un tiers d'année
parce que nous sommes capables de la pensée
et qu'il nous faille donc trouver un sens
au-delà du devoir et des obligations

mais quels sont-ils donc ces devoirs
une fois que l'on déconstruit tous les systèmes
celui de la santé
celui de l'éducation
la primaire la secondaire la supérieure
le sytème économique
la main invisible
les cultes
les conglomérats et actionnariats
les bateaux les châteaux les gâteaux

une fois que ces constructions humaines
n'existent plus
que reste-t-il

des êtres humains
parmi d'autres espèces animales
trouvant des moyens de survie
pour se reproduire et durer

enfin je veux dire
quand je mourai
ce sera essentiellement ça ma vie
naître me reproduire et mourir
ce sera quoi d'autre sinon

je pense à tout cela alors que
depuis mercredi
mon thorax se serre en pensant
à la nécessité d'une journée de la santé mentale
à l'angoisse au stress au cancer
à l'épuisement professionnel
au manque de sens à la dépression
au suicide
au fait qu'on ne se sente jamais à la hauteur
au fait que mcsween nous ramène encore dans la face
notre devoir individuel
parce que nous n'avons pas réussi
à nous construire une collectivité
un essaim et un objectif humble
respectueux de l'écosystème biologique
dans lequel nous sommes partie

alors nous sommes seuls à nous battre
contre eux
ceux-là
les autres
les qui déjà
les abeilles
les dinosaures
les lions

mais contre qui nous battons-nous
si ce n'est que contre nous-mêmes
si ce n'est le mal dont nous nous emballons
les murs que nous érigeons
pour nous protéger individuellement
plutôt qu'agir ensemble
pour être plus fort et plus grand
dans l'âme le coeur et le corps
pendant soixante-dix ans
et des fois cent quatre

faisons l'amour
bien comme il faut
reproduisons-nous et cultivons des jardins
pour perpétuer la belle race humaine
et de grâce
arrêtons de trop intellectualiser
ce fait si simple
que d'exister
car malgré que nous ayons
le cerveau le plus développé
du règne animal
nous n'avons pas encore compris
que nous créons notre propre destruction
plutôt que notre évolution.


samedi 21 janvier 2017

pour le plaisir



en fait c'est plutôt pour la forme
mais je voulais absolument intituler ce billet
pour le plaisir
pour vous envoyer de suite écouter ce hit du kitsch
de notre flamboyant herbert léonard
pendant que vous lisez mon xième retour du balancier
au sujet de la course à pied

ça m'a frappé en pleine face
à l'aube mercredi matin
alors que mon corps voulait sortir courir
après neuf jours d'immobilisme

il n'y a pas un coureur qui passe
de si longues périodes de temps sans sortir courir
mais voilà
je n'aime pas vraiment ça courir
en fait sur les cent à deux cents fois de ma vie
où je suis sortie courir
pour m'entraîner ou dans le cadre d'une course officielle
je compte sur les doigts de mes deux mains
le nombre de fois où j'ai vraiment aimé courir
je veux dire trouver la grâce pendant que je cours

je cours non pas parce que je sois obligée de le faire
je n'ai pas le temps de m'astreindre à quoi que ce soit
mais parce que j'aime tant de choses
qui entourent la course à pied
d'abord l'idée de rester en forme à peu de frais
la simplicité de pratiquer ce sport
où que l'on soit sur la planète
ensuite les bienfaits de l'exercice
sur la condition physique et mentale
et puis avouons-le les médailles
et les accomplissements
le fait de m'améliorer de temps à autre

mais mercredi donc
je me disais que mon high typique de fin de course
du demi-marathon de septembre deux mil seize
m'avait donné envie de courir plus vite
et de me fixer des objectifs plus compétitifs
c'est toujours ça qui arrive
quand j'accomplis quelque chose
je suis soit contente ou déçue
et la déception arrive lorsque ma performance
est moins bonne qu'avant
je me dis que je n'ai pas assez travaillé
l'orgueil prend le dessus et la raison me dit
que tout est possible
je suis galvanisée par les endorphines
et me dis que la prochaine fois
je travaillerai plus fort pour m'améliorer

mais depuis le temps que je cours
je sais très bien que je n'ai plus la discipline
pour m'améliorer en course
je n'aime pas assez les efforts que cela implique

je pense que l'effort minimal que cela prenait
pour faire de moi une coureuse
a été effectué
je suis devenue une coureuse
je sais que je peux courir
j'aime courir et je veux courir longtemps
mais je n'aime pas être obligée de courir
quand je n'en ai pas envie

conséquemment

je laisse tomber mes objectifs
d'améliorer mon temps de course
je préfère vivre avec une déception de temps à autre
de m'inscrire à une course moins bien préparée
et finir avec un mauvais temps
que de me sentir coupable
chaque matin où je ne sors pas courir
au moins une demi-heure pour suivre un plan

j'aime trop la course pour la gaspiller
pour l'abandonner

j'ai hâte de courir pour le plaisir.


samedi 14 janvier 2017

la vie devant soi



fréquenter l'université me donne des ailes
de l'énergie et de l'ambition
comme si j'avais vingt ans
mais j'en ai trente de plus
j'ai envie de faire des trucs
puis je calcule les étapes en blocs
de deux ans trois ans quatre ans
pour me dire que lorsque j'aurai mon titre comptable
j'aurai cinquante-cinq ans
et que je n'aurai pas encore pratiqué
puis cette envie qui me vient d'enseigner
moyennant un doctorat
qui prendra un autre quatre ans
m'amenant à soixante ans
et n'étant plus à cet âge
employable par une université
avec tous les avantages conférés
aux professeurs titulaires
puisque je serai si proche de l'âge de la retraite

bref

une chance que j'ai lu hier le billet de marc
qui se sent aussi jeune qu'un jeune
et qui me rappelle que cette fougue
ne s'estompe pas avec les années
mais rend plutôt
la vie encore plus urgente

me vient avec l'âge une certaine sagesse
qui me fait réfléchir et calculer
et qui me rappelle
que c'est bon d'avoir des objectifs ambitieux
mais que le chemin pour y parvenir est encore plus important
apprécier la qualité du chemin
faire les choses pendant que je les fais
et non afin de me rendre à destination

parce que soyons honnêtes
je risque peut-être une crise cardiaque
au local DS-4375 de l'uqam
dans les prochains mois
ou de m'endormir de fatigue
pendant un examen
quoi que cela me soit vraiment arrivé
alors que j'avais vingt-sept ans
tout est possible je ne suis plus une pousse verte

ma chère ma'
a obtenu un diplôme d'enseignement à soixante ans
elle avait travaillé en californie
comme assistante enseignante sur demande
et ça lui avait fait aimer le métier
une fois son diplôme obtenu
elle n'a pratiqué qu'un an comme professeur
car l'emploi venait avec pleins d'autres responsabilités
rendant le poste aussi administratif
que passionnant

je ne pense pas qu'elle regrette d'avoir consacré
quelques années de sa vie
à aller prendre des cours
je suis sure que non
je ne l'espère pas
et elle est encore vivante
plus que vivante
à soixante-quinze ans
même si elle ne travaille plus
s'il y a une femme qui apprécie les détours
c'est bien elle

mais bref

peu importe comment cela s'insère dans mon plan de vie
qui dit qu'à cinquante-cinq ans
je me construis une cabane dans le bois
et travaille à temps partiel
et qu'il me faille donc ramasser des sous pour ce faire
je suis émerveillée de me rendre compte
qu'on n'arrête pas de rêver
ni de se penser invincible

et que ça
c'est un maudit plan de vie
qui nous garde en vie

on peut ben mourir après.



la photo : en 2015, à l'école secondaire riverview, n.b.
la direction, les enseignants et les étudiants
ont créé une semaine thématique harry potter
et transformé leur cafétéria à l'image
de la salle à manger de Hogwarts
vidéo ici.